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Wednesday, September 23, 2026

Her Private Hell : pourquoi ce thriller de science-fiction est si personnel pour le réalisateur de Drive ?

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De retour au cinéma après dix ans d'absence, Nicolas Winding Refn nous présente "Her Private Hell", thriller horrifique de science-fiction qui lui a été inspiré par sa propre expérience.

Par Maximilien Pierrette

Ca parle de quoi ?

Alors qu’une étrange brume engloutit une métropole futuriste et libère une présence mortelle insaisissable, une jeune femme troublée part à la recherche de son père. Au cours de cette quête, son destin croise celui d’un GI américain engagé dans un voyage désespéré pour arracher sa fille de l’Enfer.

Hell et lui

Her Private Hell étant le premier long métrage réalisé par Nicolas Winding Refn depuis The Neon Demon en 2016, sa présentation au 79ème Festival de Cannes était forcément un événement. Mais les choses ont pris une tournure plus inattendue et émouvante lorsque, en conférence de presse, ce réalisateur danois que l'on dit froid, a fondu en larmes après avoir raconté qu'une insuffisance mitrale (ou fuite de valve cardiaque) lui avait valu d'être mort pendant vingt-cinq minutes il y a quelques années.

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Et ça change la lecture de ce nouveau film porté par Sophie Thatcher et Charles Melton, au croisement de la science-fiction, du thriller, de l'horreur et du conte de fées (avec son lot d'éléments psychanalytiques) où il est question de voyage aux enfers et de mort qui rôde. Le projet étant né de sa propre expérience, nous avons évoqué avec lui cet aspect personnel ainsi que l'importance de la musique chez lui, en compagnie de son compositeur, le légendaire Pino Donaggio, célèbre pour son travail chez Dario Argento (Trauma) ou Brian de Palma (Blow Out, Body Double...).

AlloCiné : "Her Private Hell" est, pour vous, plus qu'un retour vers le cinéma : c'est aussi un retour à la vie. Est-ce que cela fait du film le plus personnel de votre oeuvre ?

Nicolas Winding Refn : Je ne sais pas si c'est mon film le plus personnel, mais mon désir était, ici, recréer ma découverte de la télévision à l'âge de 8 ans. Nous sommes arrivés à New York depuis Copenhague, et je me souviens avoir zappé pour la première fois et découvert toutes ces expériences, sans véritable fil conducteur entre elles. Il s'agissait juste d'expériences, qu'il s'agisse d'un film, d'une série, d'un talk-show, d'un match ou d'une publicité. Mais ce qui me plaisait, c'était de pouvoir créer mon propre récit intérieur.

Je pense donc que l'avenir du cinéma passe par une déconstruction du format, devenu si facile à coder que l'on pourrait presque le réduire à une simple case. À l'ère de l'information instantanée, où l'on cherche à tout étiqueter immédiatement, nous évitons les efforts de compréhension, car il est plus facile de consommer. L'idée que des algorithmes et la technologie contrôlent tout est néfaste pour nous. Cela n'élargit pas notre esprit, bien au contraire : je pense que cela se nourrit simplement de la même dopamine, et ne nous propose ni nouveauté ni défi. Sans ça, notre esprit ne se développe pas, et on ne vit pas pleinement.

Voilà pourquoi je voulais, avec ce film, créer une expérience similaire à celle de mes enfants lorsqu'ils font défiler des contenus, car c'est ainsi que j'utilise la télévision. L'idée est de parcourir différentes vidéos, chacune procurant sa propre dose de dopamine grâce à un extrait précis. Mais si l'on y passe suffisamment de temps, une narration se dessine, car certaines émotions se répètent. C'est pour cela qu'on a si peur de toucher l'écran, parce que cela veut dire que je vais en subir encore plus.

C'est donc une approche très intéressante et subtile, car on joue à un jeu, c'est très interactif. Dans les jeux vidéo, tout repose sur le désir du joueur de s'immerger dans cet univers et de vivre les aventures qui s'y déroulent. Il dispose d'un contrôle immense. Le cinéma est souvent vu comme un format passif, mais il n'est pas obligé de l'être : on peut stimuler l'esprit du spectateur, l'entraîner dans une odyssée mentale ou interagir avec lui de manière à ce qu'il interprète, contribue, recherche la clarté et commence à construire lui-même un récit parfaitement plausible.

Le titre "Her Private Hell" peut vouloir dire beaucoup de choses, compte tenu du grand nombre d'intrigues interconnectées, mais le film a été fait pour les enfants. Les enfants du futur.

"Le cinéma est souvent vu comme un format passif, mais il n'est pas obligé de l'être"

Quelle a été votre méthode pour déconstruire ces codes, comme vous le mentionniez plus tôt ?

Nicolas Winding Refn : En allant travailler chaque matin, et en me disant : "Aujourd'hui je fais un film d'horreur, demain de la science-fiction, cet après-midi un mélodrame, puis j'aimerais ajouter beaucoup de paillettes, du sexe, des dialogues, explorer la mode, parler de politique, des questions de genre, des enjeux sociaux, avec telle ou telle couleur..." C'est une évolution constante, et c'est évidemment pour cela que je tourne dans l'ordre chronologique, comme pour tous mes films : cela me permet de peindre ce que je ressens.

A quel point votre histoire personnelle, et l'accident que vous avez subi, a-t-elle eu une influence sur les histoires que vous racontez ici ?

Nicolas Winding Refn : Sur le papier, l'histoire avec les filles n'est pas si personnelle que cela car il s'agit de pères et de filles. Mais j'en ai moi-même, donc il y a un lien. Tout comme vous pourriez dire que l'histoire est proche de celle d'Only God Forgives, entre la mère et son fils. Mais le personne du Soldat K m'est très personnel, car il représente l'archétype que j'ai créé, d'abord avec Mads Mikkelsen dans Valhalla Rising, puis Ryan Gosling dans Drive, Vithaya Pansringarm dans Only God Forgives ou encore Angela Bundalovic qui joue Miu dans Copenhagen Cowboy.

Il y a une continuité, c'est un type de héros qui est mon alter ego, mon propre super-héros. Mais, ici, l'enjeu pour lui est de ramener sa fille des enfers car cela correspond à ma situation. Quand jai su que j'allais potentiellement mourir, ou qu'il y avait de fortes chances pour que je ne revienne pas à la vie, j'en suis arrivé à cette prise de conscience à travers les différentes étapes de la douleur et du deuil : j'avais passé 30 ans de ma vie avec ma femme, ma fille aînée Lola était assez grande pour que mon absence ne se fasse pas sentir de la même manière, car elle était prête à prendre son envol, mais ma cadette Lizzielou n'était pas prête à me voir partir. Donc j'ai dû revenir d'entre les morts pour être avec elle quelques années de plus. Et c'est en cela que le récit du Soldat K m'est viscéralement personnel.

"J'ai dû revenir d'entre les morts pour être avec ma fille cadette quelques années de plus"

L'un des éléments clés du film, c'est sa musique, qui me semble tellement importante que je l'imagine indissociable du projet au moment de sa conception. Etait-ce le cas, et à quel moment avez-vous songé à Pino Donaggio ?

Nicolas Winding Refn : Tout à fait, la musique faisait partie du projet dès le début. Et j'utilisais les œuvres précédentes de Pino depuis un certain temps, comme références pour les films sur lesquels je travaillais, que ce soit sur le plateau ou en post-production. Et comme je n'avais pas vraiment d'idée précise pour la bande-son du film, ce n'est qu'après la fin du tournage que j'ai commencé à l'envisager comme un opéra, car il comportait tous ces thèmes lyriques et était filmé comme un opéra, de manière très artificielle.

Je me suis alors demandé si Pino était dans le coin et, en faisant une recherche sur Google, j'ai réalisé que oui - merci internet (rires). J'ai alors contacté un ami qui le connaissait et nous nous sommes donné rendez-vous à Milan, où j'étais justement de passage. Nous nous sommes rencontrés et avons rapidement décidé de collaborer. Et vous avez tout à fait raison : je savais que ce qui allait donner sa cohérence au film, sur le plan émotionnel, narratif, immersif, et lui conférer sa dimension d'opéra, ce serait la musique de Pino. J'avais donc beaucoup à perdre, mais je misais tout sur cet élément : la musique devait être le pilier de l'ensemble.

Quel aspect du projet vous a le plus parlé, Pino ?

Pino Donaggio : J'avais d'abord envie de travailler avec Nicolas, parce que je connaissais Drive et que je me souviens l'avoir beaucoup aimé. Ensuite, il m'a dit qu'il voulait un opéra, un concert, quelque chose d'exceptionnel, et être musicien, c'est un peu comme assister à un mariage. C'est une joie de pouvoir travailler sur un film comme celui-ci, car on y partage sa propre expérience, et j'ai essayé de la retranscrire au mieux, de l'amplifier. Tu me disais parfois "Tu dois composer cette musique avant de mourir", car tu parles souvent de cela, mais je suis toujours là.

Sophie Thatcher, Nicolas Winding Refn & Charles Melton JACOVIDES-MOREAU / BESTIMAGE
Sophie Thatcher, Nicolas Winding Refn & Charles Melton

Qu'avait-il de nouveau et de différent des films que vous avez faits pour Dario Argento ou Brian De Palma par exemple ?

Pino Donaggio : Le défi a été de concevoir un opéra, ce qui se caractérise notamment par le fait qu'il n'y ait pas qu'un seul thème musical. Dans beaucoup des films que j'ai faits, et notamment ceux de Brian De Palma, le thème était unique, alors qu'il y en a plusieurs ici, qui s'apparentaient aux romances dans les opéras : il y a celui d'Elle, de sa belle-mère, du gâteau d'anniversaire... Mais j'ai suivi ses indications, et nous y sommes parvenus. Tout a été approuvé par Nicolas : dès que j'écrivais un morceau, je lui envoyais, il les écoutait, les corrigeait et me les renvoyait.

Entre l'importance du visuel et de la musique, "Her Private Hell" a-t-il beaucoup évolué entre la phase d'écriture et celle du montage, pour parvenir à la version que nous avons découverte ?

Nicolas Winding Refn : Le film n'a pas beaucoup changé, il a énormément changé ! Mais c'est aussi parce que le but de ce que je cherchais à raconter ne s'est pas révélé avant la fin. Cela demande donc de travailler à l'instinct, de concevoir des idées, de peaufiner la narration pour faire des ajustements. C'est comme déplacer des briques de Lego pendant que vous construisez.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 19 mai 2026

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