Baptêmes estudiantins : à l’ULB, fini le folklore de papa

Nous croisons Martin et Malo, deux premières années qui ont choisi de tenter l’aventure. Tous deux ont baigné dans le folklore. Leurs parents ont été baptisés avant eux. Mais ce qu’ils vivent en 2026 ne correspond pas vraiment à ce qu’on leur a raconté. "Je suis très surpris", nous confie Martin. "Notamment pas la place du consentement. Un comitard ne peut pas nous toucher sans qu’on lui ait donné l’autorisation". Il a d’ailleurs dû donner son accord pour qu’on lui rase la moitié de la tête. Accord dont on se passait largement par le passé.
Un baptême à l’eau, c’est possible
Martin poursuit la liste des choses qui l’ont étonné. " Par rapport à l’alcool aussi. On peut, par exemple, faire son baptême en ne buvant que de l’eau. Je ne savais pas que c’était possible. On a fait une activité avec de la bière sans alcool. Et les comitards nous ont même expliqué que la bière c’était quelque chose de mauvais et d’addictif." Malo, lui, nous explique qu’il fait son baptême dans le même cercle que sa maman à son époque. Ils comparent forcément leurs expériences. "Elle me dit que beaucoup de choses ont changé, notamment au niveau de l’organisation et des chants. Elle trouve que c’est en partie bien. Même si elle relève qu’à son époque c’était un peu plus dur", rigole-t-il.
L’adelphité a remplacé la fraternité dans les chants étudiants
Et ce qui marque le plus de prime écoute, c’est effectivement la différence dans les chants. Le folklore estudiantin a aussi connu sa révolution inclusive. " Ça s’est passé un peu après le covid. On a eu beaucoup le temps de réfléchir. Et il y a eu une vraie volonté de rendre le folklore plus inclusif", nous raconte Dominique Gilbert, membre de l’ACE, l’association des cercles étudiants.
Elle a fait son baptême sous l’ancien folklore. Elle a ensuite vécu la révolution des chansonniers. "La majorité des cris et des chants étaient exprimés au masculin. Et donc on voulait pouvoir le genrer en fonction de son propre genre". Aujourd’hui, même le Semeur, le chant doux et solennel qui clôture toutes les activités a été modifié. "Avant on disait 'frère lève ton verre', maintenant certaines personnes disent frère/sœur et d’autres disent… adelphe. Adelphe, c’est comme un frère ou une sœur, mais sans marquer le genre spécifiquement. Ça prend tous les genres en considération. Toutes les identités"
Et aujourd’hui durant les activités, on entend toujours les togés crier. Mais le vocabulaire a changé. "On ne peut plus donner de surnom de baptême en fonction d’une orientation sexuelle ou autre. J’ai des amis asiatiques qui ont des noms de baptême très racistes, par exemple. Aujourd’hui c’est quelque chose qui ne se fait plus du tout. "
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Ne dites plus bleus et bleuettes, dites blues
Parmi les mots de vocabulaire qu’on ne comprend pas tout de suite dans le discours de Dominique, il y a "blues". C’est en fait le nouveau nom générique pour les bleus, les futurs baptisés. Plus inclusif aussi. Mais pas uniquement. " A l’époque on disait bleu et bleuette. Mais on trouvait que bleuette c’était très infantilisant. Et donc on l’a transformé en bleu et bleue. Et quand on parle de l’ensemble, on dit blues, pour ne pas genrer."
Un bon togé est un togé studieux
Autre changement, les baptêmes sont désormais encadrés par une charte. Ambre, une ancienne présidente de cercle, avoue qu’elle n’aurait sous doute pas fait son baptême sans l’instauration des nouvelles balises. "Je suis très fière de ma génération. On est une génération qui se bat pour son avenir. Et je pense que je ne me serais pas fait baptiser avant toutes ces règles. J’ai fait mon baptême en 2022. J’ai beaucoup ri. On ne m’a obligée à rien. Evidemment on m’a crié dessus, je vous passe tout le tralala. Mais j’ai fait des rencontres folles. Et cette expérience a été d’autant plus folle que je ne me suis forcée à rien faire". Et ce qui la rassure particulièrement, c’est l’état d’esprit de réussite imposé par la nouvelle charte. " On met l’accent sur le fait qu’un bon togé est un togé studieux. Aujourd’hui, plus question d’être togé sans avoir 60 crédits de première année. Et c’est pareil pour les bleus. Un bon bleu est un bleu studieux. On les encourage à aller au cours. Si un bleu arrive en retard parce qu’il était au cours, ça ne lui sera jamais reproché. Les études, c’est le plus important", conclut-elle.
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