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Tuesday, August 25, 2026

Arrêté pour terrorisme | Un jeune homme de Québec partageait des vidéos choquantes sur le web

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Jeffrey Roussel, ce jeune résidant de Québec arrêté pour terrorisme au printemps, partageait des vidéos d’agression de femmes, de chats torturés à mort et d’automutilation sur des réseaux sociaux cryptés, selon des documents judiciaires consultés par La Presse.

Publié à

« C’est la violence pour la violence, le chaos pour le chaos. C’est la volonté de détruire la société telle qu’on la connaît, mais certainement pas de la remplacer.

C’est ainsi que le sergent de la GRC Simon Boisjoli résume en entrevue avec La Presse l’idéologie derrière le réseau terroriste 764, qui cible et exhorte des mineurs à commettre des actes dégradants.

Nous avons pu consulter le résumé de l’enquête soumis par les policiers au soutien aux mandats de perquisition ayant mené à l’arrestation de Jeffrey Roussel, 26 ans.

Automutilation, maltraitance animale : les documents judiciaires donnent un aperçu du contenu partagé dans les groupes auxquels participait Roussel, accusé d’avoir participé et facilité les activités d’un groupe terroriste.

Nathalie Prange, la directrice éditoriale du Terrorism Research Analysis and Consortium, qui regroupe plus de 2800 experts à travers le monde, suit l’affaire depuis les Pays-Bas, où elle réside.

Ces dernières années, elle étudie le réseau 764 en infiltrant des groupes de discussion privés sur des réseaux sociaux cryptés comme Telegram.

Elle se trouvait ainsi aux premières loges de l’arrestation de Roussel. « Le mot-clic #freejeffrey circulait dans certains groupes », raconte-t-elle.

Selon Nathalie Prange, Roussel correspond au profil classique du prédateur du réseau 764, à l’exception qu’il était plus âgé que la moyenne.

« Compte tenu de son âge, il disposait d’un avantage. Il savait vraiment ce qu’il faisait. Une personne de cet âge ne tombe pas dans ce genre de situation par hasard », croit Mme Prange.

Chats torturés, femmes agressées

Selon les documents judiciaires, Jeffrey Roussel est apparu sur le radar des autorités policières en février dernier, après avoir annoncé qu’il planifiait se suicider en direct sur Telegram.

En retraçant le numéro de téléphone et l’adresse IP associés au compte, la GRC identifie Roussel, un résidant de 26 ans de Québec.

Mais alors qu’elle s’inquiète initialement pour sa sécurité, la GRC découvre que le jeune homme se livre également à des activités criminelles en ligne.

Opérant sous le pseudonyme « Brandon James », il est l’un des administrateurs du groupe « Mentalyl/984/1984 », auquel les enquêteurs trouvent plusieurs similitudes avec le réseau terroriste 764, selon les documents judiciaires.

« Certaines publications dans le groupe présentent du contenu montrant de la bestialité, de la cruauté animale, de l’automutilation et font mention de pornographie juvénile », peut-on lire.

Jeffrey Roussel partage lui-même du contenu violent, dont des vidéos de chats torturés morts et d’hommes agressant une femme.

Dans un autre groupe de discussion dont il fait partie, un schéma attribue des points selon des actes criminels, dont l’extorsion et le meurtre.

Ces affirmations des enquêteurs n’ont pas encore été testées devant les tribunaux.

Le « Com »

En 2025, le Canada est devenu le premier pays à inscrire le réseau 764 sur sa liste d’entités terroristes, où il figure notamment aux côtés d’Al-Qaïda et du groupe néofasciste Proud Boys.

Mais le groupe se distingue simultanément des organisations terroristes traditionnelles : contrairement à elles, il n’a aucune visée politique.

Les membres du réseau 764 perçoivent l’effondrement de la société comme une fin en soi. Ils cherchent à corrompre la jeunesse, la vie étant insignifiante à leurs yeux.

Certains parlent d’une nouvelle forme d’extrémisme, l’extrémisme nihiliste violent, dont l’écosystème en ligne est parfois surnommé « The Com ».

Selon les mandats de perquisition, Roussel se vante d’avoir une « Com girl », dont il publie plusieurs images de ses bras mutilés dans le groupe.

PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

Jeffrey Roussel se vante d’avoir une « Com girl » de 17 ans, dont il publie plusieurs images de ses bras mutilés dans un groupe sur la plateforme Signal.

Un autre profil dédié à Roussel partage des photos de jeunes filles inscrivant sur leur peau « J’appartiens à Brandon » ou encore « Brandon est mon dieu » au feutre.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

  • Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

    PHOTO TIRÉE DE DOCUMENTS JUDICIAIRES

    Photos publiées sur un profil dédié à Jeffrey Roussel sur Telegram. Roussel utilisait le pseudonyme « Brandon James ». Des victimes écrivaient des phrases comme « Brandon is God » et « J’appartiens à Brandon » sur leur peau.

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Un fan de gore, selon un ancien ami

D’après des personnes qui l’ont côtoyé dans sa jeunesse, Jeffrey Roussel était un enfant timide, qui n’avait pas beaucoup d’amis.

Ugur Chen le décrit comme une personne influençable, qui se faisait « un peu intimider par tout le monde ». « Il me faisait de la peine », raconte-t-il.

Les deux jeunes hommes se sont connus il y a quelques années sur les réseaux sociaux. Pendant la pandémie, ils étaient actifs dans des groupes privés consacrés au partage de mèmes sur Facebook.

« Il y avait des Belges, des Québécois, des Français… C’était la pandémie, on s’ennuyait », raconte Ugur Chen, qui réside près de Lyon, en France.

Pour lui, Jeffrey Roussel était « le petit gamin québécois qui partageait des vidéos gore ». En effet, le jeune homme partageait régulièrement des vidéos qu’il trouvait sur le dark web dans les groupes dont Ugur Chen faisait partie.

« Il y avait tout ce que vous pouvez imaginer. Des gens qui se faisaient kidnapper et torturer, des vidéos de gangs criminels qui se vengeaient, des enfants qui se faisaient tabasser, énumère-t-il. À un moment donné, ça me dégoûtait. »

Il se souvient que Roussel se créait régulièrement de nouveaux comptes sur Facebook, car il se faisait bannir de la plateforme. Le jeune homme était également un fan d’armes et se vantait d’en posséder.

La Presse a pu consulter un « guide de destruction du monde » partagé dans un groupe de discussion dont faisait partie Roussel.

Le document d’une centaine de pages explique notamment comment manipuler et exploiter ses victimes en privilégiant des mineurs « insécures et en quête d’attention ».

Il donne aussi des instructions pour fabriquer une bombe, commettre un attentat ou encore se suicider. « C’est ce qu’on fait quand on veut foutre le bordel pour de vrai », conclut le guide.

Pas limité au monde virtuel

Les activités du réseau 764 sont sur le radar de plusieurs pays, notamment les États-Unis. Selon le FBI, les prédateurs sont principalement des jeunes hommes de moins de 25 ans et les victimes, des jeunes filles.

Seulement dans la dernière année, des jeunes ont été arrêtés aux États-Unis, en Grèce et en Italie parce qu’ils planifiaient des attentats liés au réseau. En Suède, au moins huit agressions, dont deux tentatives de meurtre, sont survenues en 2024.

Selon Nathalie Prange, il est extrêmement difficile d’estimer l’ampleur du réseau.

« Je suis membre d’une centaine de groupes sur Telegram, et ce n’est probablement qu’une fraction. Dans un groupe, le nombre de membres peut varier de dix à plusieurs milliers », illustre-t-elle.

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