Marinvest Energy vante son projet comme un outil de «réconciliation» avec les Premières Nations
L’entreprise Marinvest Energy vante son projet de gazoduc et d’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) comme étant un outil de « réconciliation » avec les Premières Nations. C’est ce que révèle un document de présentation des détails du complexe industriel d’énergie fossile que les promoteurs veulent déposer au gouvernement dès le mois d’octobre.
Des détails de son contenu ont d’abord été révélés par Radio-Canada lundi et Le Devoir a également obtenu copie de ce document 27 pages. Celui-ci permet de mieux comprendre la stratégie mise de l’avant par les promoteurs pour obtenir les autorisations gouvernementales nécessaires afin de construire des infrastructures sans précédent au Québec et dont les coûts sont estimés à 30 milliards de dollars.
Ce document présente en effet ce qui serait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec comme une « initiative » de la nation attikamekw, qui doit maintenant rallier les Premières Nations anichinabées, cries et innues. À l’heure actuelle, ce ne serait toujours pas le cas.
Pour tenter de convaincre les Premières Nations, on y décrit l’exportation de 10 millions de tonnes de GNL par année vers l’Europe comme un « Corridor géostratégique énergétique transcanadien » qui a été conçu « Pour un Canada fort, dans un esprit de réconciliation ».
Le document de présentation affirme que cette exportation d’énergie fossile est un outil de « réconciliation économique ». « Ce modèle de propriété procure aux Premières Nations situées en régions éloignées des sources de revenus autonomes qu’elles peuvent investir dans le logement, l’éducation et la préservation de leur culture », peut-on y lire.
Une ébauche des différents tracés potentiels du gazoduc de 1000 km en territoire québécois est présentée dans le document, qui précise que les promoteurs veulent « ajuster » ce tracé dans le cadre des démarches « avec les représentants des communautés » au cours de l’été et de l’automne 2026.
Ce tracé, qui pourrait être en partie le même que celui que prévoyait GNL Québec, implique un déboisement en forêt boréale, au cœur de territoires ancestraux de Premières Nations et le passage à travers certaines zones forestières très vulnércables aux feux de forêt. On y fait aussi mention, pour la première fois, de la traversée de cours d’eau.
Financement public ?
Le projet, qui a d’abord été révélé par Le Devoir en juillet 2025, a été rebaptisé récemment « Kino Aski », une entreprise qui contrôlerait 50,1 % de « l’actionnariat ». Il prévoit le transport par gazoduc de gaz albertain jusqu’à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, puis sa liquéfaction dans trois usines flottantes installées directement dans le Saint-Laurent.
On y rappelle toutefois l’idée de construire au Québec de nouvelles infrastructures gazières a d’abord été élaborée par une « filiale » canadienne de l’entreprise norvégienne Marinvest Energy, qui « travaille depuis 18 mois sur un projet d’exportation de GNL de Baie-Comeau vers l’Europe ».
Le Devoir a d’ailleurs révélé que les promoteurs travaillent depuis plusieurs mois derrière des portes closes avec le gouvernement de Mark Carney, qui a déjà offert un appui politique et financier à d’autres projets conçus pour faciliter l’expansion de l’industrie des énergies fossiles au Canada. À titre d’exemple, des rencontres mensuelles organisées ont été organisées à partir de mai 2025 par le gouvernement fédéral pour « fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement » de Marinvest Energy.
Dans le cadre des nombreuses rencontres avec des membres du gouvernement Carney, il a été question de l’implication des Premières Nations, notamment afin d’éviter de répéter l’« échec » de GNL Québec, mais aussi en vue d’obtenir du financement fédéral pour la réalisation du projet.
Le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, a aussi évoqué récemment au Devoir le souhait d’obtenir des fonds publics, mais aussi que le projet soit soumis au Bureau des grands projets créé par le gouvernement Carney. Cela garantirait l’autorisation, malgré les répercussions environnementales, et permettrait d’accélérer le processus d’approbation.
Dans une réponse transmise lundi par le cabinet de relations publiques National, on indique toutefois que « Le projet suivra l’ensemble des processus réglementaires applicables, notamment ceux de la Régie de l’énergie du Canada (REC) et du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Ces processus prévoient des examens rigoureux et fondés sur des données scientifiques, réalisés en plusieurs étapes afin d’évaluer les impacts potentiels du projet sur les communautés, le territoire et l’environnement ».
À l’instar de ce que prétendaient les promoteurs de GNL Québec, les promoteurs de Kino Aski affirment que leur projet serait « carboneutre ». Le document n’évoque pas les émissions de gaz à effet de serre liées à l’exploitation du gaz, principalement par fracturation, ni celles de l’utilisation de ce gaz.
On y présente aussi le GNL comme une énergie de « transition » vers une sortie des énergies fossiles. Selon le président du comité d’experts qui conseille le gouvernement du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques, Alain Webster, ce nouveau projet de GNL représente plutôt « une vision préhistorique » de l’économie qui revient à nier l’urgence de la transition énergétique et à parier sur un avenir qui sera « une catastrophe » pour l’environnement et nos sociétés.
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