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Wednesday, October 28, 2026

À Singapour, jogger au centre commercial pour échapper au smog

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Avant l’ouverture des boutiques, les claquements des chaussures de course résonnent dans les allées climatisées d’un centre commercial de Singapour, devenues un refuge pour les coureurs matinaux en raison de l’étouffant brouillard de pollution qui règne dehors.

La fumée des incendies en Indonésie voisine a fait plonger ces dernières semaines la qualité de l’air de la cité-État à son pire niveau depuis plus de dix ans, entraînant l’annulation des activités de plein air. Les habitants ont dû s’adapter.

Les adeptes du jogging et ceux qui s’entraînent pour des compétitions internationales ont trouvé une solution peu conventionnelle : les grands centres commerciaux.

En ce samedi matin, plus de 80 coureurs ont transformé les couloirs de l’un d’entre eux, le Marina Square, en pistes de course improvisées devant les vitrines sur deux étages.

« Pas de sprint, pas de dépassements, pas de cris, pas de hurlements », ordonne Eugene Beh, 52 ans, fondateur du Singapore Runners’ Club.

Le règlement interdit également de cracher et de courir de front dans les passages étroits.

Selon M. Beh, le club a dû annuler plusieurs sorties en extérieur à cause du brouillard de fumée, poussé par le vent depuis les incendies dans les îles indonésiennes de Bornéo et Sumatra.

« Comme à l’étranger »

Angeline Zeng, une employée bancaire de 57 ans, a effectué dix boucles dans le centre commercial, soit environ 10 kilomètres. Elle s’entraîne comme elle peut pour un demi-marathon qui aura lieu à Taipei dans moins d’une semaine.

Comme les tapis de course de la salle de sport de son quartier sont souvent pris, elle et ses camarades ont été ravis lorsqu’ils ont entendu parler du centre commercial.

« On s’est dit : “Waouh, on ne s’attendait pas du tout à ça !” raconte-t-elle à l’AFP. J’adore, parce que la climatisation donne l’impression de courir à l’étranger, là où il fait froid. C’est vraiment génial. »

Mais elle avoue que tourner en rond à l’intérieur d’un centre commercial devient vite ennuyeux.

« Pour des sorties courtes, ça va. Mais si vous devez faire de longues distances, ce n’est peut-être pas très adapté », dit-elle.

« Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse si frais […], mais si vous voulez mon avis, je préfère quand même l’extérieur », abonde Doris Tan, 42 ans.

Paul Wong, un retraité de 54 ans appartenant à un autre club, X-run, a quant à lui effectué 21 boucles dans le centre commercial.

À un mois seulement du Marathon international de Singapour, pour lequel il s’entraîne, M. Wong devrait courir jusqu’à 80 km par semaine. Mais le brouillard le contraint à rester à l’intérieur.

« Ces deux dernières semaines, j’ai couru près de 100 kilomètres sur tapis », explique M. Wong.

« La course dans le centre commercial est vraiment mieux, parce que sur le tapis, on se sent comme un hamster dans sa roue. On répète sans cesse la même routine », opine-t-il.

Pour être autorisés à courir dans le centre commercial, les clubs ont dû présenter un plan détaillé, raconte Eddie Chang, entraîneur principal de X-run. Il leur a fallu prendre en compte la largeur des allées, les virages serrés pouvant présenter un risque pour les coureurs, et organiser la course tôt le matin avant l’ouverture des commerces.

« Le plus grand défi pour l’entraînement en extérieur, c’est la météo. L’humidité est très élevée et maintenant, avec le brouillard, l’impact est doublé, voire triplé, donc c’est très difficile à gérer, se plaint M. Chang auprès de l’AFP. En passant à l’intérieur, vous réduisez forcément tous les effets des conditions extérieures et vous pouvez continuer à courir. »

La qualité de l’air à Singapour s’est améliorée lundi, et le pays est sorti mardi de la liste des 20 grandes villes les plus polluées au monde, selon le système de surveillance de la qualité de l’air IQAir, basé en Suisse.

Les deux clubs envisagent de prolonger les courses à pied dans les centres commerciaux si la mauvaise qualité de l’air persiste, et de demander à davantage d’établissements de leur ouvrir leurs portes.

« Je pense qu’il y aura des débouchés. C’est quelque chose de nouveau dans le paysage sportif », dit M. Beh.

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