La protection des routes côtières passe par celle des écosystèmes, estime le BAPE
Pour protéger les routes côtières, il faut savoir s’allier à la nature plutôt que de toujours tenter de la dominer, recommande le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) dans un nouveau rapport.
Cette recommandation à l’État québécois découle d’un examen du « programme décennal » de protection des infrastructures routières contre les aléas côtiers dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et aux îles de la Madeleine. Le rapport final du BAPE a été rendu public le 25 septembre, en pleine campagne électorale. Il doit permettre au ministère des Transports du Québec d’améliorer ce programme majeur et onéreux, qui vise la réfection d’une cinquantaine de tronçons des routes 132 et 199 en l’espace de 10 ans.
Dans les régions ciblées, des centaines de segments routiers sont vulnérables à des « aléas côtiers », comme la submersion et l’érosion. Ces aléas sont accentués par le réchauffement climatique, qui rehausse le niveau de la mer et qui réduit le couvert de glace lors des tempêtes hivernales.
Or, selon les commissaires du BAPE, le ministère ne doit pas se contenter de protéger les routes avec des roches, du sable ou des ouvrages de béton sans égard aux écosystèmes côtiers, tels que les marais littoraux. Il doit plutôt placer ces écosystèmes au cœur de sa stratégie. « [Les écosystèmes côtiers] sont la pierre d’assise de la résilience du littoral face aux changements climatiques », écrivent Antoine Morissette et ses collègues dans leur rapport de 89 pages.
Le programme décennal, qui coûtera vraisemblablement des centaines de millions de dollars, exprime la volonté du ministère des Transports de prévenir les dégâts plutôt que de réaliser des travaux d’urgence après des événements météorologiques destructeurs. Il s’agit d’une « amélioration des pratiques » du ministère, souligne le BAPE.
Lors des audiences publiques du printemps, des groupes écologistes, tels que Nature Québec et le Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent, s’étaient inquiétés d’une artificialisation massive du littoral qui nuirait à la biodiversité côtière.
Avec la montée du niveau de la mer, les écosystèmes côtiers sont poussés vers l’intérieur des terres. Freinés par des obstacles anthropiques, comme des routes, ils sont pris en sandwich. Quelque 43 % des écosystèmes côtiers de l’est du Québec n’ont ainsi « aucune possibilité » de migration, précise le rapport. Pourtant, les marais salés, les battures et les plages qui tendent à disparaître offrent des services précieux : ils atténuent les vagues des tempêtes, et les racines de leurs plantes solidifient le bord de mer.
« Ainsi, la commission considère que l’adaptation aux changements climatiques ne consiste pas uniquement à protéger les infrastructures existantes. Elle implique également de préserver, lorsque cela est possible, les processus écologiques qui contribuent naturellement à la résilience des territoires côtiers et qui permettent de réduire durablement la vulnérabilité des infrastructures, des écosystèmes et des communautés », lit-on dans le rapport.
Pour préserver des tronçons routiers des aléas côtiers, il existe des « techniques végétales » qui impliquent de planter des espèces indigènes en bord de mer. On peut utiliser des clôtures de bois pour protéger les plants pendant qu’ils s’enracinent.
Appel à la transparence
Dans leur rapport, les commissaires du BAPE formulent d’autres recommandations, notamment au chapitre de la transparence. Ils recommandent au ministère des Transports de « renforcer la participation » des municipalités visées par une intervention. Le plan actuel comprend seulement une consultation sous la forme d’un « sondage d’opinion ».
Les commissaires déplorent aussi le fait que le ministère des Transports ne prévoit qu’un mécanisme très limité — un questionnaire en ligne — pour consulter les citoyens sur les interventions dans leur milieu de vie. Le ministère doit donc « favoriser une participation plus large » des citoyens et « [mettre] en place des comités de liaison ancrés dans les réalités des communautés côtières afin de maintenir les canaux de communication ouverts », demande le BAPE.
Le programme décennal pourrait débuter dès 2027 si le ministère des Transports obtient le décret gouvernemental qu’il espère.
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