51e État : les républicains s’excusent en privé, selon l’ex-délégué du Québec à Washington

Les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis auront pour effet de libérer la parole des élus du Parti républicain, pressent Benjamin Bélair, de retour au pays après avoir représenté les gouvernements caquistes de François Legault et de Christine Fréchette pendant plus de trois ans au cœur de la capitale américaine.
Désormais, les républicains n'auront plus peur du président
, soutient l'ex-délégué du Québec à Washington, qui a côtoyé, en public et en privé, de nombreux sénateurs et représentants au cours de son mandat.
Dans les dernières semaines, ce qu'on me racontait, c'est que, durant les midterms, tout le monde tenait la ligne pour avoir le meilleur résultat possible
, a-t-il expliqué en entrevue, mercredi, à Tout un matin, sur ICI PREMIÈRE. Mais déjà, on me disait que plusieurs républicains n'allaient plus voter [pour] les mesures du président.
Car les sénateurs et les représentants du Parti républicain, selon Benjamin Bélair, sont loin d'être tous d'accord avec les orientations prises par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Y compris celles qui concernent la souveraineté du Canada.
Moi, ce qui m'a fasciné dans les dernières années, c'est que j'ai rencontré facilement 100, 150 élus républicains, et chaque fois que je les rencontrais les portes fermées, ils s'excusaient pour la rhétorique du 51e État
, a confié l'ex-diplomate au micro de Maxime Coutié, mercredi matin.
La plupart d'entre eux me disaient qu'ils n'étaient pas d'accord avec la politique tarifaire du président et qu'ils le lui avaient mentionné
, a-t-il ajouté. Publiquement, toutefois, ces élus demeuraient toujours cois.
Le président tenait le Parti républicain, et il avait cette capacité, dans les primaires, à opposer des candidats qui lui étaient fidèles à des républicains "historiques" qui perdaient ces primaires-là. Donc ça, ça faisait en sorte que les rangs se tenaient serrés
, a expliqué M. Bélair, mercredi.
Mais là, à partir d'aujourd'hui, ce ne sera plus le cas, a-t-il prédit. Les républicains vont retrouver leur liberté de parole, et j'ai bien hâte d'observer comment le parti va se reconfigurer [d'ici la prochaine élection présidentielle, dans deux ans].
De retour au Québec
Benjamin Bélair revient au pays rempli d'optimisme, convaincu que le Canada et les États-Unis sont condamnés à s'entendre
du fait que leurs économies sont trop intégrées pour se permettre le luxe de s'auto-tarifer et de maintenir une guerre commerciale à long terme
.
Le délégué du Québec à Washington a quitté ses fonctions vendredi dernier avant de faire savoir, mardi, qu'il se joignait au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). Interviewé dans la foulée de cette annonce, M. Bélair a assuré que ce changement de carrière n'avait rien à voir avec l'arrivée au pouvoir du Parti québécois.
Après trois ans et demi à Washington, je sentais que j'étais allé au bout de mon mandat et je souhaitais relever de nouveaux défis professionnels dans le domaine des relations internationales pour partager mon expérience acquise dans les dernières années
, explique-t-il, tout simplement.
Son meilleur coup comme délégué? L'organisation d'un tête-à-tête, le 27 avril dernier, entre Christine Fréchette et le représentant américain au Commerce (USTR), Jamieson Greer. C'était la première fois dans l'histoire du Québec qu'on pouvait avoir une rencontre statutaire avec le USTR
, se félicite-t-il.

Benjamin Bélair s'est joint au CORIM cette semaine après avoir agi trois ans et demi comme délégué du Québec à Washington.
Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé
M. Bélair soutient que son ancien poste à Washington est devenu, dans les dernières années, un poste stratégique pour le réseau des représentations du Québec à l'étranger, un peu comme celui qu'occupe Henri-Paul Rousseau à la délégation générale du Québec à Paris.
La grande force de mon mandat, ça a été la capacité à exprimer à mes interlocuteurs que j'étais la voix du premier ministre du Québec ou de la première ministre du Québec
, explique l'ex-diplomate. Parce qu'à Washington, pour être pris au sérieux, il faut que les gens sentent que tu es proche du pouvoir
, insiste-t-il.
Joint par Radio-Canada, le ministère des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur a confirmé que M. Bélair avait quitté son poste de son propre chef pour se joindre au CORIM, indiquant que l'intérim avait été confié à Sophie Girard-Cartier, directrice États-Unis au ministère.
Aucun autre changement n'a été apporté dans les effectifs diplomatiques québécois depuis la formation du nouveau gouvernement, a-t-on précisé, ajoutant qu'il ne devrait pas non plus y en avoir à court terme
.
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