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Thursday, September 10, 2026

Le courage du temps long

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Il y a quelques jours, Télé-Québec dévoilait sa programmation 2026-2027. Au menu : nouveaux formats audacieux, grands rendez-vous rassembleurs, mais aussi prise de risque et créativité. On sent clairement le nouveau souffle du diffuseur public québécois qui, sous l’impulsion de son président-directeur général, Hugues Sweeney, accélère sa transformation — pas seulement numérique — de même que son virage jeunesse. « Emparez-vous de nous », propose maintenant le média public, qui invite l’ensemble de l’écosystème créatif à imaginer, avec les jeunes, de nouvelles façons de faire vivre la culture québécoise. Propulser la jeunesse, bousculer les idées et amplifier la culture. Voilà qui est rafraîchissant et témoigne, pour une institution, d’une réelle volonté de se remettre en question.

Et si cette posture d’ouverture pouvait également être source d’inspiration collective en nous invitant à envisager, à dessiner et à concevoir le Québec de demain ? En matière d’éducation, d’environnement, de culture, d’innovation, de vivre-ensemble… à quoi aspirons-nous réellement, collectivement ?

Une campagne électorale représente une occasion privilégiée de croiser les regards, de s’élever au-dessus des urgences immédiates et de proposer une vision claire et ambitieuse du Québec de demain. Or, jusqu’à maintenant, le temps court semble plutôt dominer les discussions. Évidemment, la guerre tarifaire, majeure et inédite, commande des réponses immédiates. Les développements des derniers jours nous rappellent d’ailleurs à quel point la situation demeure mouvante et exige une capacité d’action constante. Nos infrastructures vieillissent, la pression sur les services publics est bien réelle et les défis auxquels font face nos entrepreneurs comme nos créateurs sont nombreux. Il faut y répondre.

Mais répondre à l’urgence ne doit pas nous empêcher de penser la suite.

Quel Québec voulons-nous construire dans 10, 15 ou 20 ans ? Au-delà des débats sur son statut politique, quelle société souhaitons-nous façonner ? Si les décisions que nous prenons aujourd’hui contribuent déjà à en tracer les contours, une succession de mesures à court terme ne suffit pas, à elle seule, à définir un horizon collectif.

Ce que nos ambitions exigent

Encore faut-il avoir le courage de voir loin, d’agir avec cohérence et d’assumer les conséquences de nos décisions actuelles. Évidemment, nous souhaitons tous un Québec plus prospère, plus vert, inclusif, innovant, actif et fièrement francophone. Mais que signifient concrètement ces ambitions ?

Par exemple, du côté de la jeunesse, on peut viser une excellente maîtrise du français et souhaiter transmettre le goût de la langue, mais quelle place souhaite-t-on également donner à l’apprentissage d’autres langues ? Sur le plan de l’inclusion… que signifie accueillir de nouveaux arrivants, les inviter à participer pleinement au Québec, si leurs diplômes, leurs compétences et leur expérience sont difficilement reconnus ?

Sur le plan environnemental, quels choix sommes-nous prêts à faire aujourd’hui pour adapter nos milieux de vie aux changements climatiques et mieux penser les espaces que nous partagerons demain ? Enfin, comment repenser nos services publics pour gagner en efficacité et s’assurer que les processus et les indicateurs demeurent au service des résultats recherchés, et non l’inverse ?

En d’autres mots, nos ambitions collectives ne peuvent se limiter à énoncer ce que nous souhaitons : elles supposent aussi de nous demander ce que nous sommes prêts à faire différemment. Cela implique également de regarder ce qui se fait ailleurs — y compris au pays — comme à l’étranger, et de savoir nous en inspirer selon notre réalité.

Le temps long exige une vision, mais aussi la volonté de transmettre, de valoriser la continuité et d’inscrire l’action dans la durée. Or, le défi est bien connu : les cycles électoraux sont courts, alors que les transformations profondes prennent parfois une génération. En matière d’éducation, de culture, d’environnement, de productivité, de vivre-ensemble, les résultats ne sont pas immédiats. Ils se construisent dans le temps.

Sommes-nous alors capables de prendre des décisions dont les effets dépasseront le prochain mandat ? D’investir dans des choix dont d’autres récolteront possiblement les fruits ? C’est peut-être là une forme de générosité politique : accepter de construire aujourd’hui ce dont d’autres bénéficieront demain.

Voir loin exige aussi d’accepter une part de risque. L’ambition suppose d’essayer, d’innover, de se tromper. Et de recommencer. Tout le défi est peut-être là : répondre collectivement à l’urgence sans perdre de vue l’horizon.

Construire avec la prochaine génération

Et qui dit avenir, horizon et transmission dit inévitablement jeunesse. Mais quelle place accordons-nous réellement aux jeunes dans cette réflexion ? Comme le rappellent à juste titre les équipes de Télé-Québec, il ne suffit pas de « parler d’eux » : encore faut-il leur tendre le micro. Quel Québec souhaitent-ils ? Sommes-nous prêts à accepter que leur réponse ne corresponde pas exactement à ce que nous avions imaginé pour eux ? Construire le Québec qu’ils feront vivre demain suppose justement de commencer à le façonner avec eux dès aujourd’hui.

La campagne électorale se poursuit. Les partis préciseront leurs engagements au cours des prochaines semaines et plusieurs débats viendront nourrir la discussion.

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