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Wednesday, October 14, 2026

Dépistage du cancer du sein : « Pour moi, il est trop tard »

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À quelques jours de la nomination du prochain Conseil des ministres, Eugénie Lacroix, atteinte d’un cancer du sein de stade 4, espère que le nouveau gouvernement va « se dépêcher » de mettre en place le dépistage précoce du cancer du sein, tel que recommandé par l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS).

Pour moi, il est trop tard, le chemin est fait. Je ne pense pas que je vais guérir. [...] C'est pour celles que je croise dans les salles de traitement, que je croise dans la rue, mes voisines que j'apprécie, mes amies que j'aime.

Eugénie Lacroix s’est fait diagnostiquer un cancer du sein en décembre 2024. Quelques mois plus tard, alors qu’elle devait se faire opérer après sa chimiothérapie, on lui annonce que son cancer s'est répandu dans les os, devenant un cancer de stade 4.

Maman de trois garçons, elle subit des traitements de chimiothérapie palliative. L'objectif de ma chimiothérapie, présentement, c'est de contenir la bête, d'empêcher que les métastases se répandent trop vite.

Une femme dans sa cuisine

Eugénie Lacroix pense qu'il faut rapidement rendre le programme de dépistage accessible aux femmes de 45 à 49 ans afin qu'elles puissent rapidement passer les mammographies si elles en ont besoin.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Brassard

Elle espère que son témoignage permettra d’alerter les autorités sur l’urgence d'élargir le programme aux femmes dès 45 ans, l'âge auquel elle a elle-même découvert son cancer.

Je ne pourrais jamais m'empêcher de me demander ce qui serait arrivé si mon cancer avait été pris avant, si on avait détecté cette masse-là alors qu'elle était plus petite. Un cancer triple négatif, c'est agressif, mais pris rapidement, ça se guérit.

Le Québec : dernier pour le dépistage, premier pour le nombre de cas

Eugénie Lacroix est loin d’être la seule à plaider pour l’élargissement du dépistage avant 50 ans. C’est le cas de l’Association des radiologistes du Québec, de la Société canadienne du cancer et, surtout, c’est la principale recommandation formulée par l’INESSS au gouvernement en septembre 2025.

Santé Québec a transmis notre demande au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui indique qu’aucun scénario ou échéancier n’est confirmé pour l’instant. Par ailleurs, le MSSS étudie actuellement la possibilité de faciliter l’accès au dépistage pour l’ensemble des femmes présentant certains facteurs de risque, peu importe leur âge.

Soulignons que le Québec est la seule province au Canada à ne pas offrir de dépistage avant 50 ans aux femmes sans antécédents familiaux. À titre d’exemple, en octobre 2024, le Programme ontarien de dépistage du cancer du sein a abaissé l’âge de début du dépistage de 50 à 40 ans.

Non seulement je trouve ça inacceptable, mais je trouve ça gênant, lance le Dr Grégoire Bernèche, président de l'Association des radiologistes du Québec. Le Dr Denis Soulière, hématologue-oncologue médical et porte-parole scientifique et médical de la SCC, partage son point de vue et ajoute qu’on constate une augmentation des cas chez les femmes entre 40 et 49 ans.

Portrait du médecin.

Le Dr Denis Soulières déplore le manque de décision au Québec concernant le dépistage précoce du cancer.

Photo : Radio-Canada / Jean-Baptiste Demouy

Le nombre de cas est passé de 130 à 145 cas par 100 000 de population, cela veut dire plus de 1000 à 1200 femmes par année qui auraient un diagnostic dans l'âge de 40 à 49 ans et qu'on espère pouvoir faire le plus tôt possible. C'est un groupe pour lequel le nombre d'années de vie qui risquent d'être perdues est considérable.

Taux d'incidence du cancer du sein pour 100 000 femmes

Québec : 158,5 cas 

Canada : 147,9 cas

Source : Gouvernement du Canada

C’est aussi le deuxième cancer le plus diagnostiqué chez les femmes et le troisième plus mortel, d'où l'importance du dépistage précoce, ajoute David Raynaud, de la SCC.

On parle de 8400 cas pour 1410 décès par an, selon les données de 2026.

Selon l’INESSS, le dépistage dès 45 ans permettrait de diagnostiquer, en moyenne, 350 femmes par année, soit 1734 femmes en 5 ans. Selon l’Institut, la mesure coûterait en moyenne 35 M$ par année, soit 177 M$ sur 5 ans, du diagnostic au traitement en passant par les tests.

Rappelons qu’actuellement, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein permet aux femmes de 50 ans et plus de passer une mammographie de dépistage tous les 2 ans, sans avoir besoin d’ordonnance.

2:38

Le reportage de Davide Gentile

Réduire les examens complémentaires non nécessaires

Par ailleurs, le MSSS dit étudier des stratégies pour réduire le taux de rappel, c'est-à-dire le nombre d'examens additionnels dans les cas où les résultats se sont avérés anormaux, une autre des recommandations de l’INESSS.

Ce serait une bonne mesure, selon le Dr Denis Soulière, mais elle ne doit pas pour autant ralentir le dépistage précoce. Comme dans bien d'autres choses, on est capables de mâcher de la gomme et de marcher en même temps. On est capables de faire les programmes d'assurance qualité pour diminuer le nombre de rappels et de faux positifs, mais on est capables aussi, en même temps, d'intégrer le groupe des 40 à 49 ans.

En décembre dernier, l’ancien ministre de la Santé Christian Dubé disait vouloir faire les choses par étapes pour ne pas mettre plus de pression sur le réseau de la santé et des services sociaux.

Il s'agit d'un argument peu valable, selon le Dr Grégoire Bernèche, puisque cela ajouterait environ 20 000 examens de plus par année pour la cohorte 45-49 ans dans le contexte où on fait, au Québec actuellement, 13 millions d'examens radiologiques par année, conclut le président de l'Association des radiologistes du Québec.

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