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Wednesday, October 28, 2026

Douze femmes dans le bois pour envoyer promener le cancer

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Elles sont de partout au Québec. Sans se connaître, elles sont unies par la plus grande épreuve de leur vie : le cancer. Elles ont rendez-vous dans l’immensité d’une nature qui promet de prendre soin d’elles et de leur offrir une nouvelle force en cadeau : un clan.

En route vers la Pourvoirie du Lac Croche dans Charlevoix, je me laisse naïvement porter par les paysages à couper le souffle qui longent le fleuve Saint-Laurent.

La route est longue, mais la chute Montmorency, l’île d’Orléans, La Malbaie, Saint-Siméon et son immense côte offrant une vue incomparable sur l’infini du fleuve rendent le voyage agréable jusqu’à ce que le GPS indique de prendre un virage à gauche.

Les derniers kilomètres du chemin menant à la Pourvoirie du Lac Croche, en forêt, s’annoncent plus difficiles. À partir d’ici, on oublie le réseau et on ralentit! Le chemin est sablonneux, sinueux, avec quelques bons nids-de-poule à contourner. Les indications confirmant qu’on est vraiment sur la bonne voie sont rares.

Le parallèle à faire, entre ce bout de chemin et le parcours des femmes avec qui je m’apprête à passer quatre jours, est inévitable.

Les participantes 2026 au sommet d’une montagne.
La Tuque, Saint-Mathieu-du-Parc, Princeville, Chapais, Napierville, Montréal, Québec, Boucherville, Terrebonne, Saint-Hippolyte et Charlevoix : les 12 femmes dans le bois 2026 viennent de partout au Québec. Elles sont soutenues par des bénévoles, dont plusieurs habitent en Mauricie. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

La force du clan

La force du clan

Elles arrivent d’un peu partout au Québec. Choisies au hasard par les fondatrices de l’organisation 12 femmes dans le bois, Éloïse Harvey et sa cousine Véronique Chevrier, les douze femmes sont là pour poser leur lourd bagage, espérant revenir le cœur léger de cette aventure dans la nature.

On a toutes des parcours différents, mais on a toutes eu peur de mourir, me confie d’entrée de jeu Johanne Francoeur, de Saint-Mathieu-du-Parc, sous le chapiteau. Un sentiment que peu de gens peuvent comprendre de l’intérieur.

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Entre l’immensité des montagnes et la pureté des lacs éloignés, la nature apaise discrètement le poids des confidences partagées.

Dès le premier souper, je suis témoin de cette complicité qui s’installe tout naturellement. Elles se comprennent au-delà des mots.

Portrait de Johanne Francoeur.
Pour Johanne Francoeur, la force du clan est essentielle pour passer à travers une épreuve comme celle du cancer. Elle est convaincue que les femmes vont garder contact même après leur expérience dans la nature. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

Aussi bienveillante soit leur garde rapprochée, ces 12 femmes ont vécu une partie de leurs peurs dans la solitude et le brouillard de l’inconnu. Se retrouver ensemble est un cadeau inestimable.

Pour certaines, le cancer est encore là, pour d’autres, l’heure est à la rémission, mais, dans un cas comme dans l’autre, la maladie a laissé son empreinte indélébile sur le cours de leur vie.

« Ce n’est pas un billet gratuit pour l’éternité, notre vie. »

Une fois que tu as vécu ça, tu ne peux pas faire semblant que ça n’existe pas, ajoute-t-elle. On est beaucoup plus consciente que la vie a une fin. Même si elle a eu un cancer du sein il y a 10 ans, Johanne sait qu’une récidive fait partie des possibilités.

Une chaloupe, à quai, sur un lac brumeux.
Durant le séjour, les matins calmes et paisibles permettent aux femmes d’avoir des moments de relaxation avant le début des activités de pêche, de cueillette de champignons ou de randonnée. Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien

Une des choses que les 12 femmes dans le bois partagent implicitement, ce sont les sentiments de colère et d’injustice d’avoir pigé le numéro cancéreux à la loterie de la vie. Entre les parties de pêche et les randonnées en montagne, Andréa Laurence Tardif, la plus jeune du groupe, ne cache pas cette colère.

« Les regards de pitié, ça ne me tentait pas pantoute. »

Portrait d’Andréa Laurence Tardif.
Andréa Laurence Tardif garde le sourire malgré les inconvénients des traitements d’hormonothérapie qu’elle doit encore suivre à la suite de son cancer du sein. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

Il y a deux ans, elle a appris qu’elle avait un cancer du sein. Comme si la nouvelle n’était pas assez difficile, elle est survenue un mois après que son fils aîné de 5 ans eut lui-même traversé un cancer. Le sarcome embryonnaire indifférencié du foie de son enfant avait déjà entraîné la famille dans un grand tourbillon de peur, de tristesse et d’impuissance.

Moi, je les avais tous vécus, les regards avec mon garçon. Tu vas à l’épicerie, tout le monde te regarde.

Andréa était donc prête à tout pour que son propre cancer passe incognito. Ne pas pouvoir m’occuper de mes enfants, c’est ce que j’ai trouvé de plus difficile, confie-t-elle avec le trémolo dans la voix. C’est sûr que je vais pleurer, là.

La vie reprend tranquillement son cours pour la famille après ces deux cancers. Andréa mesure la chance qu’elle a d’avoir eu son conjoint à ses côtés pour traverser la tempête et de pouvoir maintenant vivre un quotidien normal avec ses deux enfants.

Portrait d’Andréa Laurence Tardif en traitement avec son casque réfrigérant.
À chacun de ses traitements de chimiothérapie, Andréa a porté un casque réfrigérant dans l’espoir de conserver ses cheveux. Le casque doit être changé quelques fois durant le traitement pour conserver sa température froide. Photo : Fournie par Andréa Laurence Tardif

« La vie, c’est du hasard. Il n’y a pas d’explications à ça. C’est juste qu’on a été les numéros pigés, pis that’s it. Il n’y avait aucune bonne raison que ça arrive. »

Le syndrome de la superfemme

Le syndrome de la superfemme

Il y a quelques années, Chantal Mondor, de Princeville, était le stéréotype parfait de la superfemme. Elle cumulait ses responsabilités de cheffe d’entreprise familiale, de directrice financière d’une autre organisation et de maman de trois enfants.

Elle n’avait aucune envie de ralentir, même après l’annonce coup-de-poing de son cancer du côlon. Au fur et à mesure que les traitements lui enlevaient ses capacités physiques, elle a dû se rendre à l'évidence.

Une femme dans une chaloupe avec une canne à pêche à la main.
Avant son diagnostic de cancer, Chantal Mondor, de Princeville, était le stéréotype parfait de la superfemme. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

« Je me suis dit : OK, il faut que j’apprenne à vivre. Il faut que j’apprenne à en profiter. Donc, c’est ce que je fais! »

Aujourd’hui, elle continue de se réaliser professionnellement, mais pas au détriment des moments passés avec l’homme de sa vie et ses enfants.

Ça m’a appris ça, parce qu’avant, j’étais dans la performance beaucoup. Maintenant, elle est fière de dire qu’elle réussit pas pire à ralentir.

Portrait de Marie-Claude Fortin et de la guide de pêche bénévole trifluvienne Sophie Boisvert.
Marie-Claude Fortin est particulièrement drôle malgré la peine qui l’habite par moments. Elle a subi une mastectomie partielle. Elle dit donc, en riant, qu’elle a maintenant un côté Marie et un côté Claude. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

La pêche, le yoga, la cueillette de champignons, la randonnée en forêt n’auront été qu’un prétexte pour créer des liens humains uniques entre 12 femmes qui repartent des montagnes de Charlevoix avec une nouvelle famille tissée serrée.

Leur clan n’a pas d’âge, pas de type de cancer, pas de degré de gravité de l’épreuve. Entre les moments d’écoute empathique et les éclats de rire énergiques, elles se comprennent, sans autre explication.

Nos conversations ont tellement été profondes et touchantes que ça me fait sentir moins seule, confie Marie-Claude Fortin, de Charlevoix. De l’autre côté de la chaloupe, Véronique Gendron, de Saint-Hippolyte, acquiesce. Ici, c’est sans jugement. On se sent vraiment comme une famille.

Dos du chandail de Marie-Claude Fortin avec la phrase : Dieu donne ses batailles les plus difficiles à ses guerriers les plus forts.
Chaque femme a choisi une phrase inspirante inscrite sur le dos du chandail qu’elle est invitée à porter durant le séjour. Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Julien

« On se connaît sans se connaître. »

On vit ce moment-là pendant quatre heures [dans la chaloupe], explique Marie-Claude, et ce moment-là va nous avoir transformées. [...] C’est un de ces moments-là, magiques, où tu t’y attends le moins.

Éloïse Harvey et Véronique Chevrier lors de la pige annuelle des participantes.
Lors de la première édition, en 2023, 175 femmes s’étaient inscrites pour participer à l’événement. Depuis, Éloïse Harvey et Véronique Chevrier ont entamé des démarches pour que l'organisme Douze femmes dans les bois devienne un OBNL. Photo : Fournie par Éloïse Harvey

En 2023, quand Éloïse Harvey a offert la nature en cadeau à sa cousine Véronique et à sept autres femmes, elle voulait donner une pause de son cancer à sa cousine.

Ça peut être lourd quand tout le monde te parle de ça et que tu dois réexpliquer. Je me suis dit que, si elle est avec du monde qui la comprend, peut-être qu’elles ne parleront pas que de ça , raconte Éloïse.

« C’est la compréhension sans explications. C’est la simplicité. »

Le cadeau d’Éloïse à Véronique est maintenant une tradition annuelle à laquelle s’est jointe une escouade bienveillante de guides bénévoles, où la Mauricie est largement représentée grâce aux amies d’Éloïse.

Chalet sur le bord de l’eau.
Durant les quatre jours à la pourvoirie, les femmes sont hébergées dans des chalets avec quelques participantes. Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu

Alors que le soleil se couche derrière la montagne, Éloïse et Véronique sont heureuses de voir que la magie a encore opéré.

Je pense qu’on fait du bien. Quand elles partent d’ici, elles sont heureuses, se réjouit Éloïse.

Tous ces sourires sur les visages, pendant les quatre jours dans la nature, donneront aux deux cousines l’énergie nécessaire pour recommencer tout ça l’année prochaine et permettre à 12 autres femmes de vivre cette expérience.

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