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Thursday, October 8, 2026

Quatre piliers pour faire fleurir l’ambition francophone

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Dans les 24 prochains mois, la Francophonie réunira ses plus hautes instances, dont dans deux sommets de ses chefs d’État et de gouvernement — au Cambodge en novembre prochain et au Canada à l’automne 2028.

Les mutations du monde, les enjeux propres à la Francophonie et la rareté des ressources obligent à un réexamen des priorités. Je plaide donc pour le regroupement des ressources au service de quatre grands domaines de coopération : l’économie ; l’éducation ; la culture et les communications ; la gouvernance.

L’économie

Ces deux dernières décennies, on a beaucoup évoqué la Francophonie économique sans jamais en proposer une structuration convaincante. De nouveaux groupes se sont constitués : l’Alliance des patronats francophones, les Rendez-vous d’affaires de la Francophonie… Ils représentent les intérêts du secteur privé de l’économie, et je me réjouis de leur existence. La poursuite par le secteur privé de ses intérêts n’équivaut toutefois pas à une politique de développement économique. Pour une action décisive, les États et gouvernements francophones doivent mettre leurs pouvoirs légaux et réglementaires, ainsi que leurs outils d’intervention, au service de la croissance de l’activité économique dans l’espace francophone international.

Je propose que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se dote d’un organe subsidiaire, un Institut francophone du développement économique, disposant d’un conseil autonome où se retrouveraient les responsables du secteur public et des représentants des secteurs privés de l’économie, de l’OIF et de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) ainsi que de la société civile.

Parmi les tâches prioritaires de ce nouvel institut, je retiens les éléments suivants :

1. Agglomérer les activités éparses du domaine et en assurer la convergence.

2. Voir à la production des instruments juridiques de facilitation du commerce entre les pays francophones. (La Chine vient d’abolir tous les tarifs sur les produits africains qu’elle importe. Serait-ce un bel exemple ?)

3. Voir à ce que les grandes institutions financières du Nord et du Sud, les caisses de dépôt, les fonds souverains, les coopératives d’épargne et de crédit, les sociétés d’assurance entreprennent des montages financiers permettant de répondre aux appels d’offres des institutions internationales, continentales ou régionales dans des domaines indispensables à l’activité économique, dont l’énergie, l’agriculture, le développement durable et les infrastructures numériques.

4. Organiser une conférence biennale des ministres de l’Économie des pays et des gouvernements membres de l’OIF chargée d’évaluer l’état d’avancement des politiques mises en place par l’institut et de faire des recommandations quant aux modifications et aux développements à leur apporter.

Une partie du financement de l’institut devrait provenir des milieux d’affaires, en compensation des avantages que leur apporte la Francophonie — des bénéfices politiques et une marque reconnue mondialement, d’autant qu’elle organise des événements d’importance, dont des sommets des chefs d’État et de gouvernement.

L’éducation

La Francophonie doit porter l’ambition d’être le premier partenaire des systèmes éducatifs nationaux des pays du Sud qui en sont membres.

Dans le prochain quart de siècle, 25 millions de naissances sont prévues annuellement en Afrique dite francophone. Des vagues continues de jeunes devront donc être accueillies dans les systèmes scolaires de ces pays. Le défi est colossal. Cette ambition répond à d’évidentes nécessités, dont le droit pour chaque enfant d’avoir accès à l’éducation. Il faut aussi noter qu’en Afrique, l’apprentissage de la langue française se fait quasi exclusivement à l’école.

Pour financer cette ambition, outre les ressources institutionnelles disponibles, je préconise la création d’une fondation internationale dotée d’un conseil d’administration assez puissant pour pouvoir conduire de vastes opérations de levée de fonds dans le monde. En clair : les défis éducatifs des pays francophones du Sud doivent aussi être ceux des pays du Nord, ou nous ne sommes pas les partenaires que nous prétendons être.

La culture et les communications

Les domaines de la culture et des communications sont au cœur de l’ADN de la Francophonie. De plus, ils constituent des secteurs vibrants de l’économie, de la création d’entreprises et de la création d’emplois.

Ces domaines sont durement secoués par les mutations actuelles du monde. L’offensive est conduite par les GAFAM, qui, avec l’appui du président américain, Donald Trump, envahissent les marchés, accaparent les ressources et captent les clientèles. Une contre-offensive de grande envergure s’impose. Soit la Francophonie et ses 80 pays membres ont un poids dans les affaires du monde, soit elle est condamnée à l’indignation verbale, à la marginalité et à l’effacement.

Je vous fais part de deux éléments de cette contre-offensive.

Après des années de coopération ayant permis l’émergence d’un grand nombre d’activités dans plusieurs domaines, y compris le numérique, la Francophonie doit les agréger et les inclure dans un ensemble qui structure l’espace culturel commun et forme un marché international des cultures francophones du monde. Indispensable, cette relance assurerait le dégagement d’un espace pour la circulation des œuvres et des artistes, un marché de plusieurs centaines de millions de personnes.

L’accessibilité aux produits culturels constitue le deuxième élément de la contre-offensive. Ces dernières années, des travaux d’importance et une conférence des ministres de la Culture de la Francophonie ont fait de la découvrabilité des contenus en français sur les grandes plateformes numériques, comme Netflix et Spotify, la solution au problème d’accès évoqué précédemment. Je respecte cette voie — et je souhaite bonne chance à ceux qui s’y engageront, même si je ne partage pas leur avis. Je constate que toutes les négociations souhaitées ont reçu une fin de non-recevoir assortie de réactions de grande hostilité.

J’estime que la Francophonie doit développer une plateforme numérique internationale où serait rendu disponible l’ensemble des productions culturelles des pays membres de l’OIF. Cette plateforme existe déjà à TV5 Monde, et elle connaît un véritable succès, avec près de 400 millions d’utilisateurs annuellement. Indiscutablement, il faut la transformer et la doter d’un statut et d’une gouvernance multilatérale propre. Il s’agit d’assurer la présence, dans l’espace numérique mondial, des cultures que la Francophonie a pour mission de fédérer et de faire rayonner.

La gouvernance

Les acquis de la Francophonie en matière de gouvernance sont d’une très grande importance. Adoptées il y a un quart de siècle, les déclarations de Bamako et de Saint-Boniface constituent leurs références communes, notamment en matière d’état de droit.

Je propose que ces déclarations fassent l’objet d’une révision par un groupe de travail comprenant des représentants gouvernementaux. Le tout serait ensuite suivi d’une conférence des ministres de la Justice et, si nécessaire, de délibérations et de décisions des chefs d’État et de gouvernement.

Ce regroupement des ressources et des travaux de la Francophonie apporterait une plus-value vérifiable. Pour les jeunes et ceux qui ont la charge de leur formation. Pour les artistes, techniciens et entrepreneurs qui rendent leurs travaux possibles et disponibles. Pour les acteurs du secteur de l’économie et du commerce. Pour, également, les responsables de la gouvernance commune, en appui à un vivre-ensemble apaisé et juste.

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