Le coup de poignard de Trump
Le coup de poignard de Donald Trump contre Volodymyr Zelensky, le vendredi 9 octobre, alors qu’il a annoncé l’achat de diesel à la Russie de Vladimir Poutine, équivaut à une levée de facto des sanctions américaines contre Moscou. Et ce, à l’encontre d’une loi que Trump avait lui-même signée… trois semaines plus tôt !
C’est une trahison majeure, venant d’un homme qui a fait preuve d’une déloyauté systématique envers tous ceux qui ont croisé sa route, à une ou deux exceptions près.
On s’en doutait, mais le flux incessant, depuis 20 mois, de déclarations contradictoires et improvisées de la Maison-Blanche sur l’Ukraine — y compris cette toute récente signature de la loi portant le nom d’un sénateur défunt (Lindsay Graham), censée resserrer les sanctions contre l’Iran et la Russie — aurait pu faire croire le contraire.
À savoir qu’on se trouvait devant l’inconstance constitutive d’un président-enfant qui s’amuse de ses pouvoirs et les agite comme un hochet contre les uns et les autres, au gré de sa fantaisie.
Cette inconstance est réelle et générale chez Trump, mais elle souffre au moins une exception, qui a un nom : Vladimir Poutine.
Donald Trump recherche désespérément l’approbation et l’affection du dictateur russe. Il adore être avec lui et a mis sur les murs de la Maison-Blanche des photos de lui avec l’homme du Kremlin. Il souhaite son bien et fera tout son possible pour obtenir un accord favorable à Moscou dans cette guerre.
Ceux qui, au fil des mois, ont cru ou espéré le contraire, que Trump pouvait toujours, en fin de compte, se rallier à la cause du faible et de l’agressé — qui est aussi, pour le coup, le défenseur en première ligne d’une certaine idée de l’Europe et de la démocratie occidentale —, en sont aujourd’hui pour leurs frais.
Les États-Unis sont aux côtés de la Russie, et ce, depuis janvier 2025 : c’est Donald Trump lui-même qui l’affirme haut et fort.
En recoupant toutes ses déclarations, on constate que Trump a repris depuis le début, de façon pavlovienne, la vision de la guerre défendue par Moscou… L’idée folle que c’est l’Ukraine qui a déclenché la guerre. Qu’elle a eu tort de se défendre. Que la Russie l’emportera inévitablement du fait de sa taille.
Petit florilège, sur un an et trois quarts…
Au début de son mandat, le 18 février 2025 à Mar-a-Lago, à l’adresse de Volodymyr Zelensky : « Vous n’auriez jamais dû commencer. Vous auriez pu conclure un accord. »
Le 10 octobre 2026 à la Maison-Blanche : Zelensky « veut créer des problèmes au monde entier. Il veut causer des problèmes à nos agriculteurs et à nos éleveurs concernant le carburant diesel ».
Et entre ces deux dates :
« Il n’y avait aucune raison pour que la guerre entre l’Ukraine et la Russie éclate. Elle a commencé à cause de l’incompétence. »
« On ne déclenche pas une guerre contre quelqu’un qui est vingt fois plus puissant que soi pour ensuite espérer que les gens vous fournissent des missiles. »
« Il est temps pour l’Ukraine d’avoir un nouveau président. »
Tout cela, c’est la rhétorique russe, telle quelle et sans filtre, régurgitée avec conviction par le président des États-Unis.
Trump aime les dictateurs et les agresseurs. Il est fort avec les faibles, faible avec les forts. C’est comme ça. Et celui qu’il aime et admire par-dessus tout, le modèle entre tous, c’est celui-là. Soit dit sans vouloir offenser Xi et Kim… sur lesquels il ne crache pas non plus.
L’achat de diesel russe renvoie aussi à l’incompétence et à la courte vue de Donald Trump et de ses acolytes au pouvoir. Au-delà de son à-plat-ventrisme devant Poutine, une motivation accessoire est de freiner ou d’inverser la hausse des prix des hydrocarbures. Et plus précisément, celle du diesel, qui fait très mal aux agriculteurs américains, électeurs républicains essentiels.
Mais les chiffres mentionnés dans « l’accord » russo-américain sont dérisoires : il est question de 300 000 tonnes de diesel (deux millions de barils) « maintenant », suivis de 500 000 tonnes « en novembre ».
Tout cela, malgré l’importance politique de cette « reddition » symbolique de Trump à Poutine, équivaut au total à deux ou trois jours de consommation américaine. Rien pour faire baisser le prix à la pompe.
On retrouve ici un autre trait caractéristique de ce vendeur de rêve et de camelote : il présente souvent comme des réussites « énormes, gigantesques, sans précédent »… des mesures en fait insignifiantes, du moins sur le plan matériel.
La cause de l’Ukraine est-elle pour autant perdue ? Absolument pas : les trahisons et retournements successifs de Trump ont été systématiquement suivis, du côté de Kiev, par un renforcement des capacités militaires ukrainiennes, de plus en plus indépendantes des fournitures américaines.
Contrairement à ce que claironnent à l’unisson Trump et Poutine, la victoire russe n’est pas « inévitable ». Le front terrestre ne s’est pas seulement figé malgré l’envoi cynique de centaines de soldats russes à la mort chaque jour. Les dernières informations font même état d’une progression ukrainienne dans plusieurs zones, formant un vaste arc allant de l’oblast de Zaporijjia jusqu’à la frontière russe dans l’oblast de Kharkiv.
En outre, les bombardements ukrainiens contre des cibles économiques russes font mouche. Après la destruction de nombreux sites, la Russie a de plus en plus de difficulté à extraire et surtout à raffiner son pétrole.
Oui, les bombardements russes — ceux-là, délibérés, contre des cibles humaines et civiles — sont terribles, sanglants. Ils posent la question technique des défenses antiaériennes, en pénurie grave.
Mais aussi celle, politique, de l’Europe livrée à elle-même face à deux géants, la Chine et les États-Unis, qui soutiennent Moscou. L’Europe a la puissance économique et technologique à même d’aider l’Ukraine à gagner la guerre. Mais la grande inconnue est de savoir si elle a la capacité politique et stratégique ainsi que la volonté de mettre cette puissance à profit.
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