Rencontre avec les chefs des Premières Nations | Wab Kinew appelle Mark Carney à abolir la Loi sur les Indiens

(Ottawa) Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a fait savoir au premier ministre Mark Carney que le Canada devrait abolir la Loi sur les Indiens.
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Alessia Passafiume et Kyle Duggan La Presse Canadienne
M. Kinew a dit lundi avoir fait cette remarque lors d’une réunion à Ottawa avec M. Carney, les premiers ministres provinciaux et les chefs des Premières Nations.
S’adressant aux journalistes pendant une pause à midi, Wab Kinew a brandi sa carte de statut, qui, selon lui, l’identifie comme un « Indien au sens de la Loi sur les Indiens ».
Il a ajouté que le Canada ne devrait plus avoir de « système d’identification fondé sur la race ».
Selon lui, la Loi sur les Indiens a fait son temps et le Canada a besoin d’une approche plus moderne.
Plus tôt dans la journée, M. Kinew avait confié aux médias, en français, espérer « avoir la chance d’écouter et aussi de peut-être appuyer, supporter les voix des chefs pour qu’on puisse créer de meilleures relations et réussir à construire, bâtir les grands projets dans notre pays, de livrer la qualité de vie pour ceux qui habitent sur les réserves ».
Mark Carney et la plupart des premiers ministres provinciaux rencontrent lundi à Ottawa les chefs de l’Assemblée des Premières Nations (APN) dans le cadre d’une discussion qui, selon la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, vise à contribuer à la prospérité des générations futures.
PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE
Cindy Woodhouse Nepinak et Mark Carney
Il s’agit là d’une première rencontre en personne depuis des décennies, tandis que des jeunes qui manifestent à l’extérieur réclament, eux aussi, une place à la table des négociations.
Dans son allocution d’ouverture, Mme Woodhouse Nepinak a affirmé que les Premières Nations devaient participer aux discussions lorsque des décisions sont prises sur les grands projets du gouvernement fédéral.
« C’est pourquoi nous sommes ici : pour assurer la prospérité et le bien-être de nos enfants et des sept générations à venir. Il ne peut pas s’agir simplement de faire passer en force des projets d’envergure aussi vite que possible. »
La réunion de lundi est la première du genre depuis les pourparlers de l’Accord de Kelowna de 2005, qui avaient réuni les premiers ministres provinciaux et le premier ministre fédéral de l’époque, Paul Martin, ainsi que des dirigeants autochtones afin de discuter des moyens de combler les écarts socio-économiques au sein des communautés autochtones.
L’Accord de Kelowna n’a cependant jamais été mis en œuvre, le gouvernement conservateur de l’ancien premier ministre Stephen Harper étant arrivé au pouvoir quelques mois plus tard.
Cette réunion intervient alors que le gouvernement de Mark Carney s’efforce d’accélérer l’approbation et le développement de grands projets – des efforts qui, selon certains chefs des Premières Nations, menacent leurs droits.
Les jeunes veulent être écoutés
Jeronimo Kataquapit, qui manifestait contre cette volonté de faire avancer les grands projets devant le lieu de la rencontre à Ottawa, a critiqué le gouvernement fédéral et l’Assemblée des Premières Nations pour l’absence de représentation des jeunes à cette réunion.
« Ces grands projets ne peuvent aller de l’avant sans notre consentement libre, préalable et éclairé. Or, ce sont les jeunes qui seront les plus touchés par les décisions prises aujourd’hui par l’ensemble des dirigeants, qu’ils soient autochtones ou non », a affirmé M. Kataquapit depuis le trottoir, devant l’édifice Diefenbaker.
Une autre manifestante, Katisha Paul – qui défend les intérêts des jeunes et des femmes – a remis en question le mandat de l’APN à négocier au nom des Premières Nations.
« Je ne suis pas dans cette salle aujourd’hui, mais je peux imaginer que les voix de nos ancêtres ne sont ni entendues, ni exprimées, ni amplifiées, car bon nombre de ces chefs de conseil de bande élus ont perdu le nord », a déploré Mme Paul.
Tensions entre Ottawa et les Premières Nations
Les tensions entre Ottawa et les Premières Nations ont atteint un pic peu après l’élection de Mark Carney, en 2025, lorsque son gouvernement a adopté une loi visant à créer un nouvel organisme chargé de rationaliser le développement des grands projets et de les approuver dans un délai d’un an.
PHOTO DAVID KAWAI, REUTERS
Les Premières Nations sont représentées à cette réunion à huis clos principalement par des chefs régionaux de l’Assemblée des Premières Nations.
Les dirigeants des Premières Nations ont averti que ces délais raccourcis porteraient atteinte à leurs droits et donneraient lieu à des recours judiciaires. Les gouvernements provinciaux ont adopté des lois similaires.
Mais les tensions s’exacerbent également pour plusieurs autres raisons, notamment le processus de revendications territoriales en Colombie-Britannique, le projet de pipeline Pacific Link récemment annoncé en Alberta et l’exploitation de la région minière riche en ressources du Cercle de feu en Ontario.
Les Premières Nations sont représentées à cette réunion à huis clos principalement par des chefs régionaux de l’Assemblée des Premières Nations. Une délégation de signataires de traités modernes et de représentants des traités n° 6, 7 et 8 participe également à la réunion.
Créer des débouchés pour tous
Le premier ministre Mark Carney a souligné lundi qu’il est « révélateur » de constater qu’il s’agit de la première réunion rassemblant des dirigeants fédéraux, provinciaux et des Premières Nations depuis deux décennies.
« Notre mission est double. Il s’agit d’abord de travailler ensemble pour créer des débouchés pour tous nos peuples, tout en bâtissant un pays plus fort, plus souverain et plus indépendant », a affirmé M. Carney.
« Ensuite, notre mission consiste à incarner pleinement nos valeurs : celles d’un Canada juste et inclusif. »
Si certaines Premières Nations s’opposent au programme de développement de M. Carney et à ceux des premiers ministres provinciaux, d’autres sont ouvertes à l’idée d’accroître l’activité économique sur leurs territoires.
La présidente de la Nation Nisga’a, Eva Clayton, a déclaré aux journalistes avant la réunion qu’elle soutenait les projets de M. Carney et qu’elle-même, ainsi que d’autres signataires de traités modernes, étaient présents à cette réunion pour apporter leur soutien au Canada.
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