Montrer patte blanche
En table éditoriale avec Le Devoir, six jours avant les élections, Paul St-Pierre Plamondon avait expliqué que les travaux préparatoires au référendum, notamment la consultation préalable à la rédaction d’une constitution provisoire, commenceraient « assez rapidement » après une victoire du Parti québécois (PQ).
À ce moment-là, la formation d’un gouvernement majoritaire et la tenue d’un référendum dans l’année qui suivrait le départ de Donald Trump demeuraient des hypothèses très plausibles ; il fallait donc faire diligence.
Les résultats des élections de lundi ont totalement changé la donne. Dans son point de presse du lendemain, le nouveau premier ministre n’a pas fait mention de ces préparatifs. Le plan d’action qu’il a esquissé était celui d’un « bon gouvernement » qui aurait pu faire sien le slogan de campagne du Parti libéral du Québec (PLQ) : « Rassembler. Réparer. Bâtir. » Ce que traduisaient parfaitement le ton et le propos de M. St-Pierre Plamondon.
Les deux derniers gouvernements minoritaires au Québec ont eu une durée de vie inférieure aux 27 mois qui nous séparent d’un changement de locataire à la Maison-Blanche. Si celui-ci réussit à survivre un peu plus longtemps, ce sera vraisemblablement de peu.
Ce sont donc les prochaines élections qu’il convient maintenant de prévoir, et la préparation frénétique d’un référendum dont 70 % des électeurs ne veulent pas n’est sans doute pas le meilleur moyen de s’assurer d’une majorité parlementaire qui faciliterait beaucoup les choses. Il faut plutôt montrer patte blanche.
Avec un peu de tact, le nouveau gouvernement ne devrait pas avoir trop de mal à trouver les appuis nécessaires pour mettre en œuvre les mesures énoncées par M. St-Pierre Plamondon. Aucun d’entre eux n’a intérêt à le faire tomber dans sa première année de mandat.
La comparaison avec le gouvernement Lévesque, dont il dit s’inspirer, a cependant ses limites. Oui, la convocation d’un sommet sur l’itinérance, la création d’un Secrétariat à l’efficacité gouvernementale, le gel du salaire des députés ou encore l’abolition de la fonction de lieutenant-gouverneur ne sont pas sans intérêt. Mais on peut difficilement les comparer à la Charte de la langue française, à la loi sur le financement des partis politiques, à la protection du territoire agricole, à l’assurance automobile, etc.
Il faut malheureusement faire avec ce que l’on a. N’importe quel autre gouvernement aurait aussi eu à composer avec une situation financière qui n’autorise pas les excès de générosité. La tronçonneuse conservatrice mise à part, le cadre financier du PQ était cependant celui qui prévoyait la plus faible augmentation annuelle des dépenses et le retour à l’équilibre budgétaire le plus hâtif, soit en 2028-2029.
On peut comprendre que le PQ ait souhaité faire en sorte que le déficit zéro soit atteint au moment du référendum. À partir du moment où sa tenue doit être retardée, il serait bien avisé de retarder aussi le retour à l’équilibre budgétaire. Forcer les électeurs à se serrer un peu plus la ceinture n’est pas la meilleure façon de les séduire.
Le plus délicat sera d’en faire suffisamment dans la préparation d’un référendum pour ne pas décourager les souverainistes échaudés par des décennies d’attente des « conditions gagnantes » sans permettre pour autant aux partis d’opposition de transformer les deux prochaines années en campagne préréférendaire permanente qui pourrait compromettre la réélection du PQ.
Ils présenteront à coup sûr la nomination d’un ministre responsable du processus menant à l’indépendance — une mesure à laquelle il serait maintenant difficile pour le PQ de renoncer — comme preuve que toute l’action du gouvernement sera subordonnée à son obsession séparatiste. Il y a également un risque que les travaux d’une commission itinérante de consultation sur une constitution provisoire, qui seront hautement médiatisés, donnent lieu à une foire d’empoigne qui préfigurerait les divisions que provoquerait la campagne référendaire proprement dite.
On peut difficilement penser que les partisans du Non assisteront sans mot dire à un exercice consistant à dessiner aux frais des contribuables les contours d’un pays dont 70 % de la population ne semble pas vouloir. En 1995, le PLQ avait boudé la Commission nationale sur l’avenir du Québec, créée par le gouvernement Parizeau. Les absents ayant toujours tort, il pourrait revoir sa stratégie.
Enfin, il y a la toujours difficile relation avec Ottawa. M. St-Pierre Plamondon se dit prêt à collaborer avec Mark Carney dans la mesure où le Québec sera respecté. Malgré toute la bonne foi qu’il pourrait y mettre, le nouvel élan que le premier ministre canadien entend donner à son entreprise de nation-building afin de faire échec à Donald Trump est par nature incompatible avec le projet indépendantiste — et même avec les velléités autonomistes des partisans de la « troisième voie ». Seul le PLQ s’en accommode sans rouspéter.
Il ne sera même pas nécessaire de chercher la chicane : elle viendra d’elle-même.
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