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Saturday, September 19, 2026

Enquête pour corruption à Toronto | Des échanges scabreux entre policiers et criminels dévoilés

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« Je sais que les lignes deviennent parfois floues, Tim, mais souviens-toi que tu es toujours un flic, hein ? Quand il y a une descente et que c’est toi qui t’enfuis, il y a un problème… »

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La boutade, lancée en riant par un trafiquant de drogue au policier Timothy Barnhardt il y a un an presque jour pour jour, montre à quel point le niveau de corruption dans la police de Toronto atteignait alors des proportions difficiles à imaginer. Même ceux qui étaient dans le coup semblaient trouver la situation bizarre.

La conversation a été enregistrée par des enquêteurs des affaires internes du corps de police torontois dans le cadre d’une vaste enquête baptisée Projet South. Sept policiers actifs et un policier à la retraite ont été arrêtés en février dernier pour corruption, trafic de drogue et divulgation d’informations au crime organisé dans le cadre d’un complot pour tuer un gestionnaire du système carcéral ontarien. Deux policiers de la police de Peel ont aussi été épinglés.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE X DE TIMOTHY BARNHARDT

Le policier Timothy Barnhardt était l’une des cibles principales de l’enquête anticorruption.

Les conversations interceptées pendant l’enquête font état de vente d’uniformes de police à des criminels, de trafic de drogue et de renseignements personnels et d’un complot pour ouvrir un salon de massage et des commerces de cannabis qui auraient été sous la protection de policiers corrompus.

« Le public a le droit de savoir »

Des centaines de pages de documents d’enquête du Projet South ont été rendues publiques par une juge cette semaine à la demande d’une coalition d’organisations journalistiques, dont La Presse. Les allégations, présentées à la cour pour justifier des perquisitions pendant l’enquête, n’ont pas encore été testées devant les tribunaux. L’avocat d’un des accusés a déclaré au Toronto Star que les accusés allaient se défendre devant une cour de justice, « là où les faits, pas les titres des journaux, déterminent le résultat ».

La juge Laura Bird, de la Cour supérieure de l’Ontario, s’est toutefois rendue aux arguments des médias sur l’intérêt de rendre certaines portions de l’enquête publiques dès maintenant.

PHOTO JON BLACKER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Les chefs de la police de Toronto et de la police régionale de York lors de l’annonce des arrestations pour corruption en février dernier

« Ce qui est peut-être le plus préoccupant à propos des allégations de corruption policière largement répandue dans ce dossier est le fait que la police régionale de York soit tombée dessus par hasard dans le cadre de son enquête sur le complot pour assassiner un agent des services correctionnels », écrit la magistrate.

« Il n’y a aucune preuve que quiconque ait soupçonné [les policiers impliqués] avant ce moment », poursuit la juge.

« Le public a le droit de savoir ce que les services de police à travers cette province font pour répondre à ce scénario troublant », conclut-elle.

L’agent Timothy Barnhardt, l’une des principales cibles de l’enquête interne, a notamment été enregistré alors qu’il discutait avec un trafiquant de stupéfiants qui pouvait lui fournir une « brique » de cocaïne.

« Si je t’amène une brique ici, peux-tu la vendre ? Peux-tu l’écouler pour moi ? », demande le trafiquant.

« Oui, je peux. À quel point tu dois l’écouler rapidement ? », répond l’agent.

Des tueurs chez un fonctionnaire

L’enquête a aussi révélé 17 cas où le policier avait effectué des recherches injustifiées sur les coordonnées personnelles de diverses personnes dans les banques de données policières, alors qu’il n’était même pas en service. Certaines des personnes visées avaient des dettes envers des groupes criminels et ont été victimes de menaces ou d’agressions.

Lors d’une conversation interceptée, Barnhardt s’est vanté de recevoir environ 500 $ en argent comptant chaque semaine pour ces recherches. « Ces affaires-là coûtent cher. Je demande beaucoup », a expliqué l’agent.

Un possible membre du crime organisé de la Ville Reine, Brian Da Costa, a d’ailleurs été enregistré alors qu’il se plaignait des frais qui lui étaient imposés. « Je suis celui qui doit jouer à la gardienne avec ce flic maintenant. Tu sais combien d’argent j’ai dû sortir de ma poche ? »

L’évènement le plus dramatique associé par les enquêteurs à ces recherches dans les banques policières est une tentative de meurtre contre un gestionnaire carcéral dont Barnhardt aurait fourni l’adresse à des criminels. Une équipe de tueurs est entrée chez le fonctionnaire en son absence, le 18 juin 2025, et a braqué une arme de poing sur le ventre de son grand-père.

Les tueurs sont revenus à la charge le lendemain, mais ils étaient attendus de pied ferme par des policiers qui leur ont mis la main au collet. C’est cet évènement qui a mené la police régionale de York à vérifier qui avait pu chercher l’adresse du fonctionnaire dans les banques de données policières, et à mettre au jour toute une série d’actes illégaux.

Des documents judiciaires rendus publics au début de l’été ont déjà révélé que les enquêteurs soupçonnent que l’attentat a été commandé par un associé de Ryan Wedding, l’ex-athlète olympique canadien accusé d’être devenu un baron de la drogue.

Toujours selon les documents déposés au tribunal, le crime organisé aurait bénéficié de l’aide d’au moins un policier corrompu pour acheter des vêtements de la police de Toronto, dont les pantalons, les blousons et d’autres pièces d’uniformes.

Prêt à passer à la vitesse supérieure

Le groupe semblait toutefois prêt à passer à la vitesse supérieure. Dans plusieurs conversations enregistrées, il est question que des policiers participent à l’ouverture de commerces de cannabis et d’au moins un salon de massage qui auraient bénéficié de leur protection. Les établissements auraient été avertis en cas de perquisitions à venir, pour pouvoir cacher tout élément incriminant comme des condoms ou du cannabis acheté sur le marché noir.

À un certain moment, un membre du crime organisé qui participait au projet s’est inquiété de la réaction des groupes criminels qui contrôlaient les établissements concurrents du secteur. Il y avait un risque qu’ils répliquent violemment à l’arrivée de nouveaux acteurs.

L’agent Barnhardt s’est alors fait rassurant. En tant que policier, il pourrait s’arranger pour organiser une riposte à toute attaque du genre par des groupes rivaux.

« S’ils font quoi que ce soit, ils vont fucking comprendre rapidement », laisse-t-il tomber.

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