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Friday, October 16, 2026

Politique | Troll et député, ce n’est pas la même chose

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C’est une belle fonction, député. Noble, lorsqu’elle est pratiquée à son plus haut niveau. Je le dis sans cynisme.

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Une grande partie du boulot est immergée. Les clips de dix secondes à la télé, c’est la partie la plus visible, pour beaucoup d’entre eux. Pour la majorité.

Sinon, c’est le travail « en comité », où ils étudient des projets de loi, tentent de les améliorer. Ils posent des questions, font leurs devoirs.

Parfois, ils se découvrent une passion, ou découvrent une injustice. Ils portent ce dossier, le font découvrir.

Véronique Hivon a été la sage-femme du premier projet de loi Mourir dans la dignité.

Monsef Derraji a mis en lumière les angles morts de SAAQclic.

Amir Khadir a exhumé les petites entourloupettes de financement occulte au PLQ.

Et ainsi de suite.

Et il y a les « cas de comté », surtout. Le bureau du député est le dernier recours du citoyen lésé par la machine bureaucratique obsédée par les petites cases. Les députés, et leurs employés, font souvent des miracles anonymes.


Je fais ce détour pour parler de Marie-Josée Hélie, nouvelle députée de Montmorency du Parti conservateur du Québec. Elle débarque au Parlement, recrue comme des dizaines d’autres de tous les partis.

Je parle de Mme Hélie parce qu’elle incarne l’aile un peu bizarre des députés désignés du PCQ. Mme Hélie a « posé des questions » pendant la pandémie de COVID-19, mais le problème était le suivant : ses questions étaient idiotes…

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef conservateur, Éric Duhaime, et sa candidate dans Montmorency, Marie-Josée Hélie, à Sainte-Brigitte-de-Laval, durant la campagne électorale en septembre dernier

Tenez, un exemple : « Est-ce parce qu’il y a de l’argent à faire et qu’il y en a qui s’enrichissent dans le processus ? »

Un deuxième : « Est-ce parce qu’on veut nous imposer une identité numérique et qu’on se sert de la pandémie à cette fin pour des intérêts plus grands de la mondialisation en cours ? »

L’identité numérique, les vaccins qui n’existent que pour engraisser Big Pharma : les classiques indémodables du complotisme du début de nos années 2020 !

Mme Hélie a aussi dit que « vacciner la population de force » était un acte « génocidaire »…

Ses mots, pas les miens ! Ça n’a pas empêché le PCQ de recruter Mme Hélie. Ces propos carburant à la désinformation ne l’ont pas disqualifiée comme candidate.

C’est un choix.

Un choix assumé : la colère contre le système en général et contre les mesures sanitaires pendant la COVID-19 sont indéniablement dans l’ADN du Parti conservateur.

M. Duhaime ne semble avoir aucune envie de revisiter la pandémie. Il me l’a dit à la radio : pas question d’exiger du gouvernement du Québec un examen des actions gouvernementales de 2020 à 2023. Il a d’autres priorités.

Je dis : tant mieux.

Le modèle québécois tombe en ruine et les conservateurs peuvent imposer des thèmes qui n’ont pas d’écho à l’Assemblée nationale. Sur la prestation de services, sur la rigidité réglementaire, sur les missions de l’État : les conservateurs peuvent forcer des éclairages nouveaux.

Avec 19 députés, ils auront la tribune et le budget pour pousser la réflexion sur le modèle québécois. C’est sain.

Mais les députés comme Mme Hélie qui ont excellé dans la récolte de la colère numérique vont découvrir qu’il y a un immense décalage entre les chambres d’écho des réseaux sociaux et le travail de député, le vrai travail de député.

Lire ses dossiers, poser des questions en comité puis en chambre. Je parle d’accueillir des citoyens lésés par l’aide sociale, par l’hôpital, par l’école, par la SAAQ, par Hydro ou par le programme de prêts et bourses… Et tenter de les aider.

Ce labeur-là rapporte souvent peu de « likes ».

Je parle de Mme Hélie parce que la leader parlementaire du PCQ, Maïté Blanchette Vézina, l’a défendue, elle et ses « questions » passées, dans une entrevue au Devoir1 où elle a promis que les conservateurs allaient « brasser la cage » aux consensus scientifiques.

Les complotistes comme Mme Hélie ne posaient pas des questions quand les hôpitaux débordaient, quand on était à ça de manquer de lits aux soins intensifs : ils se levaient dans le cinéma plein de fumée pour hurler de continuer à regarder tranquillement le film, qu’il n’y avait pas d’incendie dans l’édifice…

Le PCQ a une aile de députés qui sont nés dans la contestation des mesures sanitaires. Je serais surpris que le jupon du complotisme ne se montre pas au Parlement…

Sur Marie-Josée Hélie, voici ce que Mme Blanchette Vézina avait à dire au Devoir : « Marie-Josée, elle a sa place, puis les autres aussi. Remettre en question l’ordre établi, moi, je ne trouve pas ça mauvais… »

Moi, je trouve ça mauvais de mettre « vaccination » et « génocidaire » dans la même suite d’idées. Mauvais en ta…

Remettre en question l’ordre établi ? Ça s’est vu : j’ai évoqué quelques exemples de députés qui ont fait œuvre utile au fil des années, en début de chronique. Aucun de ceux-là ne croyait aux chemtrails, comme un des nouveaux députés conservateurs !

Mme Hélie a déjà dit que les députés sont des plantes vertes…

Elle va avoir l’occasion de démontrer qu’elle n’est pas une plante verte.

Peut-être que Mme Hélie sera une révélation de la prochaine session parlementaire, peut-être qu’elle s’illustrera en jetant de la lumière sur des dossiers importants, en étant une députée qui voit ce que d’autres ne voient pas…

Ou pas.

Marie-Josée Hélie incarne une des questions les plus intéressantes du prochain Parlement : les députés conservateurs sont-ils capables d’être des pros qui ne jouent pas au troll ?

1. Lisez l’article du Devoir « À Québec, le caucus conservateur entend “brasser la cage” aux consensus »

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