Autres dangers à l’horizon
Décidément, Donald Trump a plus d’un tour dans son sac lorsqu’il s’agit d’exprimer sa détestation envers Volodymyr Zelensky et la question ukrainienne. Non seulement il a levé les sanctions sur les exportations de carburant russe, mais, dans la nuit de vendredi à samedi, il a exempté la Russie de nouvelles sanctions plus dures contenues dans une loi récemment adoptée par le Congrès. L’Ukraine ne peut plus espérer grand-chose de ce côté-ci de l’Atlantique. De l’autre côté, la prochaine année s’annonce pleine de dangers aussi.
À Bruxelles, la semaine dernière, le président ukrainien a reçu une ovation pour son courage face à son homologue américain. Zelensky a décidé de poursuivre les bombardements des raffineries russes défiant ainsi Washington et qualifiant indirectement Trump de traître. Tous les leaders européens présents ont manifesté leur solidarité et juré de poursuivre l’aide à l’Ukraine.
Cette année, ils ont commencé à décaisser une partie d’un prêt de 90 milliards d’euros voté l’année dernière. « Ce n’est pas suffisant », a dit Zelensky en présentant une nouvelle demande financière pour combler un trou budgétaire de 70 milliards d’euros pour la prochaine année. La demande n’a pas été accueillie avec enthousiasme. Déjà, plusieurs pays — Bulgarie, Slovaquie, République tchèque, Autriche, Belgique — soulèvent de nombreuses questions sur l’utilisation de l’argent accordé à l’Ukraine depuis le début de la guerre, et certains d’entre eux ne fournissent aucune aide militaire à Kiev.
Le pire reste cependant à venir. En effet, des élections législatives et/ou présidentielles vont avoir lieu dans une demi-douzaine de pays. Les résultats pourraient transformer le paysage politique et mettre l’Ukraine en difficulté. L’Allemagne et la France sont à surveiller. Avant même la présentation par Zelensky d’une nouvelle demande d’aide financière à l’Union européenne, les cheffes française et allemande des deux plus importants partis d’extrême droite en Europe et premiers dans les sondages ont tracé leurs lignes rouges.
Le mercredi 14 octobre, la cheffe du Rassemblement national, Marine Le Pen, a été très claire : au lendemain d’une victoire en mai 2027, elle maintiendra une aide à l’Ukraine pendant les six premiers mois de son mandat avant d’y mettre fin, estimant que « la France n’en avait plus les moyens ».
En Allemagne, les positions sont aussi tranchées. Emboîtant le pas à Marine Le Pen, Alice Weidel, coprésidente du parti Alternative pour l’Allemagne, a déclaré à l’hebdomadaire britannique The Economist qu’il serait « erroné » de continuer à financer ce qu’elle a qualifié de « guerre déjà perdue ». Empruntant un slogan du mouvement MAGA, celle qui pourrait devenir chancelière a rappelé que l’Allemagne était « sur le point de dépenser plus de 100 milliards pour l’Ukraine » et qu’aucun autre pays n’avait dépensé autant. « Je place les intérêts de mon pays au premier plan ; c’est l’Allemagne d’abord, et cette guerre n’est pas dans notre intérêt. »
Officiellement, il n’y aura pas d’élections générales en Allemagne avant 2029, toutefois, la coalition chrétien-démocrate/social-démocrate reste fragile et, en son sein, des voix s’élèvent pour réclamer un retour du gaz russe.
Enfin, en Italie, la première ministre, Giorgia Meloni, classée à l’extrême droite, maintient l’appui à l’Ukraine, mais elle a récemment perdu plusieurs députés, qui ont créé une formation encore plus à droite que la sienne, Futuro Nazionale, dont un des objectifs est de promouvoir un rapprochement avec la Russie.
Sur le plan intérieur, les nouvelles ne sont pas meilleures. La Russie profite de la faiblesse de la défense antimissile ukrainienne pour bombarder le pays nuit et jour. Selon le New York Times, Moscou aurait élaboré un plan visant à mettre hors service en un mois les infrastructures énergétiques des trois grandes villes du pays, Kiev, Kharkiv et Odessa, afin de plonger des millions d’Ukrainiens dans le froid et l’obscurité pendant l’hiver et de démoraliser la population. Si ce plan réussit, ces villes pourraient perdre jusqu’à 90 % de leurs capacités électriques et de leur approvisionnement en chauffage, avec de graves perturbations des réseaux d’eau et d’assainissement.
Pour ajouter à ce tableau, l’Organisation internationale pour les migrations a prévenu que plusieurs millions d’Ukrainiens rentrés chez eux après avoir fui les combats risquaient d’être déplacés à nouveau cet hiver. « Pour des millions d’Ukrainiens, la question n’est plus seulement de savoir s’ils peuvent rentrer chez eux, mais s’ils peuvent y rester en toute sécurité. Or, les conditions actuelles rendent cela difficile », a déclaré son porte-parole.
Dans ces circonstances, on voit mal comment l’Ukraine pourra éviter de sombrer encore davantage dans la violence et le chaos. Et si les grands pays européens se désengagent progressivement après la rupture entre Washington et Kiev, l’Ukraine risque de faire face seule à la Russie.
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