Il est temps de passer des promesses en itinérance aux actes
Vous avez fait de la lutte contre l’itinérance la grande priorité sociale de votre campagne électorale. Vous avez fixé une cible ambitieuse : réduire de moitié le nombre de personnes en situation d’itinérance d’ici 2030. Maintenant que vous avez les moyens d’agir, une question demeure : comment comptez-vous y arriver ?
Pendant la campagne, nous avons entendu quotidiennement les grands partis nous présenter leurs idées dans ce dossier. Jamais cette question n’avait occupé une place aussi importante dans le débat. Elle vous a rattrapé mercredi avec le décès tragique d’une femme dans un campement à Montréal-Nord. Cette attention accrue découle d’un phénomène social indéniable : la hausse marquante de l’itinérance au cours des dernières années, partout au Québec.
Au-delà de cette cible ambitieuse pour 2030, votre parti a pris de nombreux engagements afin de lutter contre ce problème sociétal grandissant. Un investissement d’un milliard de dollars sur quatre ans, dont 600 millions en programmes sociaux et en prévention et 400 millions en logement adapté, la construction de 2000 logements destinés aux personnes sortant de l’itinérance, une bonification des équipes de professionnels spécialisés en santé mentale, pour ne nommer que ceux-là.
Si je vous rappelle vos promesses, Monsieur le Premier Ministre, c’est parce qu’il est essentiel de les concrétiser.
L’itinérance est une crise sociale majeure qui touche directement plusieurs de nos concitoyens. Nous parlons souvent de l’itinérance comme d’un concept, mais ses visages sont multiples. Derrière les statistiques, il y a des personnes, des parcours et des vies… des Québécoises et des Québécois qui ont besoin de stabilité, de soins, de logement et d’accompagnement. Ces parcours sont complexes, et les difficultés et les embûches qui mènent à la marge sont beaucoup plus près de nous tous que l’on croit.
Pour que les engagements que vous avez pris pendant la campagne se traduisent en résultats concrets et durables, il faudra pouvoir compter sur ceux qui interviennent chaque jour auprès de ces personnes : les organismes communautaires. Vous avez d’ailleurs promis de leur offrir un soutien accru. Elle est là, à mon avis, votre plus grande promesse. Toutes les mesures promises n’auront jamais l’effet escompté tant que les organismes n’auront pas les moyens de leurs ambitions.
Il faudra aussi s’attaquer à un enjeu moins visible, mais fondamental : le financement à la mission des organismes communautaires. Ceux qui sont appelés à déployer les services d’intervention de crise, de toxicomanie, d’aide au logement et toute autre forme d’intervention sociale demeurent principalement financés par projet et doivent constamment chercher les ressources nécessaires au maintien de leurs activités. Pour agir dans la durée, ils doivent eux aussi pouvoir compter sur une certaine prévisibilité.
On demande aux organisations de communiquer entre elles, de travailler de pair et parfois même de créer des projets communs. Je vous demande donc la même chose : travailler de concert, de manière transpartisane, avec celles et ceux qui connaissent cette réalité sur le terrain. Des vies humaines sont affectées, et cela va au-delà de la politique.
Monsieur St-Pierre Plamondon, vous exercez maintenant de grandes responsabilités et vous avez du pain sur la planche. La population québécoise, les organismes communautaires et tout l’écosystème œuvrant dans le milieu de l’itinérance sont tournés vers vous.
Vous avez le pouvoir de réunir ces acteurs, de les écouter et de leur donner les moyens de contribuer pleinement à l’atteinte de la cible que vous vous êtes fixée. La volonté d’agir est là. À nous maintenant de mettre nos forces en commun pour changer réellement les choses.
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