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Friday, October 16, 2026

Déneigement à Montréal | Gros sel, petit méchoui

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Il y avait beaucoup de goélands affamés et quelques machines d’un jaune vif, derrière la mairesse Soraya Martinez Ferrada et son responsable du déneigement, Luis Miranda, jeudi matin.

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Ils avaient convié les médias dans une cour de voirie pour faire l’étalage des équipements achetés par la Ville, en vue de l’hiver 2027.

Dans le lot : une souffleuse à neige flambant neuve d’une valeur de 300 000 $. Et un « méchoui », fraîchement sorti de l’usine. Cet appareil ressemble à une petite remorque sur laquelle on ferait griller un cochon, d’où son surnom. Il sert en réalité à transporter – puis à déverser – du bitume, que les cols bleus enfoncent ensuite dans les nids-de-poule.

Au-delà du jargon municipal, la nouvelle administration a voulu envoyer un message clair aux Montréalais : le déneigement et le colmatage sont de retour au sommet de la liste des priorités.

Soraya Martinez Ferrada a connu son baptême du feu, ou plutôt de la glace, en janvier dernier, quelques mois après son entrée en poste. Un bref épisode de verglas a mis la métropole sens dessus dessous pendant deux jours.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Une chenillette en action au centre-ville de Montréal, après la tempête du 15 janvier 2026

Manque d’abrasifs, mauvaise coordination entre la ville-centre et les arrondissements, accidents par dizaines : la situation est vite devenue chaotique.

Et ce n’était qu’une mise en bouche.

Peu après, des milliers de cratères sont apparus sur les chaussées. Plus profonds, plus nombreux et plus hâtifs qu’à l’habitude, gracieuseté du nombre exceptionnel de cycles de gel-dégel.

Dans les deux cas, la nouvelle administration a dressé une série de constats.

D’abord : Montréal manquait d’équipements. Et ceux qu’elle possédait étaient bien souvent au garage. Assez incroyable, pour une ville nordique dotée d’un budget de 7,7 milliards de dollars.

Ensuite : la chaîne de commandement baignait dans la confusion. Luis Miranda, le grand boss du déneigement à la ville-centre, a admis en janvier n’avoir aucun contrôle sur le déclenchement des opérations, décrétées par « des fonctionnaires ». Ce qui était un peu vrai, mais pas tout à fait.

Un fouillis, bref.

Après ces débuts chaotiques, Luis Miranda a effectué une tournée des 19 arrondissements de Montréal. Il a voulu comprendre la stratégie de chacun, et répertorier les équipements disponibles.

C’est le fruit de cette analyse qui a été révélé jeudi. Et les moyens pour corriger le tir.

L’administration Martinez Ferrada chamboulera à peu près tous les aspects du système actuel. Point de départ du rebrassage : elle a acheté 43 nouveaux équipements, d’une valeur de 13 millions.

Il y aura davantage de chenillettes (pour les trottoirs), de souffleuses, de « tasseurs de bancs de neige », et 11 camions épandeurs supplémentaires. Et ces véhicules pulvériseront surtout du sel, dorénavant, plutôt que le mélange habituel qui comprenait jusqu’à 80 % de gravier.

La mairesse estime que la « bonne vieille garnotte » ne suffit plus. Les lacunes du déglaçage se sont entre autres manifestées par des trottoirs de plus en plus encroûtés, au cours des dernières années. Pas terrible dans une ville à la population vieillissante…

La quantité de sel achetée par Montréal donne le tournis. Elle s’en procurera 200 000 tonnes, en provenance d’Égypte, pour une facture totale de 23 millions1. Un poids équivalent à 100 000 VUS de taille moyenne !

Une question de « sécurité » et non pas « d’idéologie », a fait valoir Soraya Martinez Ferrada. Même si tout ce sodium sera plus polluant et corrosif que le gravier.

La Ville intégrera au mélange une poudre d’étoiles de mer sud-coréenne, qui a déjà été testée à Dorval.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Dorval a testé un mélange d’étoiles de mer sud-coréen, que Montréal intégrera à ses abrasifs l’hiver prochain.

La substance permettrait d’atténuer certains effets néfastes du sel, en plus de protéger les pattes des animaux2. Une forme de caution écolo, peut-être.

La mairesse a annoncé un paquet d’autres mesures, comme le recours à l’intelligence artificielle pour détecter les nids-de-poule et la formation de huit nouvelles équipes de cols bleus qui se consacreront au colmatage. Montréal créera aussi une cellule de veille météo « pour anticiper les conditions hivernales », afin de déneiger plus efficacement. (Ça n’existait pas déjà ?)

Je comprendrais les Montréalais d’être sceptiques. Les promesses du genre ont été formulées à répétition au fil des années. Entre autres par Valérie Plante, qui s’était engagée en 2024 à « saler, saler et saler » pour rendre les trottoirs plus sécuritaires3.

La sortie médiatique très touffue de l’administration Soraya Martinez s’apparente plus à un buffet à volonté qu’à un méchoui, en fin de compte.

Dans tous les cas, les attentes des Montréalais seront à la hauteur de ce qu’elle leur laisse miroiter, dès la première bordée de neige.

1. Lisez l’article « Stratégie hivernale : du sel égyptien sur les trottoirs de Montréal » 2. Lisez le dossier « Planète bleue, idées vertes : la betterave et l’étoile de mer pour déglacer nos routes ? » 3. Lisez l’article « Trottoirs glissants : Montréal doit “saler, saler, saler”, dit Plante »

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