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Saturday, September 19, 2026

Rapatrier une page clé de notre histoire

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J’ai relu trois fois la publication Facebook du musée de la Pointe-à-Callière. L’établissement du Vieux-Montréal presse le public de s’y rendre ce week-end parce que le seul exemplaire connu du traité de la Grande Paix de Montréal de 1701 qu’il expose va bientôt « quitter le Canada » et retourner « dans son pays d’origine ».

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Son pays d’origine ?

Aux dernières nouvelles, ce traité, qui a mis fin à plus d’un siècle de guerre, a été signé par le gouverneur de Nouvelle-France et 39 nations autochtones du Saint-Laurent et des Grands Lacs à l’endroit exact où il est exposé jusqu’à dimanche. Sur la « grande plaine » qui était au cœur du fort de Ville-Marie, l’ancêtre de Montréal.

Cette Grande Paix, qui a demandé plus de quatre ans de diplomatie sur de grands pans du continent nord-américain, a sauvé une tonne de vies parmi les colons français, leurs alliés autochtones et leurs rivaux iroquois et a permis à Montréal – une bourgade fortifiée et apeurée de 1200 personnes – de prendre de l’ampleur. Elle a aussi ouvert la voie à la fondation de Detroit et de Chicago.

PHOTO JAIME ANTONIO, FOURNIE PAR POINTE-À-CALLIÈRE, CITÉ D’ARCHÉOLOGIE ET D’HISTOIRE DE MONTRÉAL

Depuis le 21 juin, les visiteurs du musée de la Pointe-à-Callière peuvent voir une copie manuscrite de 1701 du traité de la Grande Paix de Montréal. Le document retournera en France, où il est conservé, dès mardi.

En d’autres termes, c’est un jalon incontournable de l’histoire canadienne et des relations entre Premières Nations et colons. Les trois ordres de gouvernement – fédéral, provincial et municipal – ont tous reconnu formellement la grande importance de cet évènement historique, qui, dès l’an prochain, sera commémoré tous les 4 août.

Donc, de quel « pays d’origine » parle-t-on ?

Apparemment, la France.

Le fragile document qui est exposé depuis trois mois dans le Vieux-Montréal repartira mardi vers les Archives nationales d’outre-mer (ANOM), qui sont situées à Aix-en-Provence. Cette institution regroupe les « archives transférées des anciennes colonies », notamment l’Algérie, Madagascar, l’Indochine, l’Afrique équatoriale française, peut-on lire sur le site web des ANOM.

L’organisation, disons-le, s’est très bien occupée du document historique. Il en existait un autre exemplaire – l’original –, mais il a disparu dans les limbes de l’Histoire. Celui qui est exposé à Pointe-à-Callière ces jours-ci est une copie manuscrite de l’époque qui a été envoyée au roi de France. Elle fait partie d’un livre de correspondance entre l’administration coloniale et la Couronne française, m’a expliqué Samuel Moreau, responsable des expositions au musée montréalais.

Les ANOM avaient prêté une première fois le document historique à Pointe-à-Callière en 2001 lors du 300e anniversaire de la Grande Paix de Montréal. À l’époque, l’évènement était peu connu du grand public.

Le document est ensuite retourné en entreposage et a dormi pendant près de 24 ans. L’an dernier, il a été exposé à Versailles avant de refaire le voyage vers Montréal.

Entre les deux prêts, les mentalités ont beaucoup évolué de ce côté de l’Atlantique sur l’histoire coloniale et la nécessité de mettre fin à l’invisibilité des Premières Nations.

Oui, Louis-Hector de Callière, alors gouverneur de la Nouvelle-France, a joué un rôle central dans la Grande Paix, mais cette dernière n’aurait jamais abouti sans le travail acharné du chef wendat Kondiaronk et sans le grand discours de paix de deux heures qu’il a prononcé quelques instants avant sa mort. À peine deux jours avant la signature finale du traité.

Ce traité est autant son œuvre que celle du représentant du roi de France ! Il est aussi le fruit du labeur de plusieurs jésuites, de coureurs des bois – dont mon ancêtre Nicolas Perrot – ainsi que de diplomates autochtones qui ont joué le rôle d’émissaires, de traducteurs, de facilitateurs pour l’aboutissement de ce traité sans pareil. Il a aussi demandé le ralliement d’une quarantaine de leaders des Premières Nations qui y ont dessiné leur emblème, leur totem. Ces derniers ont accepté de venir à Montréal même s’ils savaient qu’une épidémie d’influenza y couvait. Kondiaronk l’a payé de sa vie.

La moindre des choses, c’est que les descendants et héritiers spirituels de ce grand moment de l’histoire aient accès à ce précieux document. Un avis partagé par des historiens, des anthropologues et des artistes issus des Premières Nations que j’ai pu consulter à ce sujet.

« Ce document positionne Montréal comme une ville de paix. Et démontre les grandes habiletés diplomatiques des Premières Nations », m’a notamment dit l’artiste pluridisciplinaire Caroline Monnet, de mère anichinabée et de père français.

En ces temps troubles avec notre voisin du Sud et dans le monde, cette page de notre histoire commune devient d’autant plus précieuse, pertinente.

PHOTO JAIME ANTONIO, FOURNIE PAR POINTE-À-CALLIÈRE, CITÉ D’ARCHÉOLOGIE ET D’HISTOIRE DE MONTRÉAL

Pour recevoir le document historique de 325 ans, le musée a construit un abri tempéré au cœur de son exposition sur le fort de Ville-Marie. C’est à quelques mètres seulement de l’endroit où le traité de la Grande Paix de Montréal a été signé en 1701.

Dans ce contexte, le temps semble venu de demander à la France de céder le précieux document à Montréal. D’autant que nous avons la capacité d’en prendre soin. Et ça tombe bien, Mark Carney pourrait aborder le sujet dès ce dimanche avec Emmanuel Macron lors de leur rencontre à Saint-Pierre-et-Miquelon.

C’est une discussion qui ne se fera pas sans grincements de dents. Les archivistes – y compris ceux du musée montréalais – n’aiment pas l’idée de démanteler un fonds d’archives, aussi colonial soit-il. Mais il me semble encore plus inacceptable d’être dépossédé d’un traité qui a façonné Montréal et est inscrit dans l’ADN de beaucoup d’entre nous.

Pour en savoir plus sur l’origine de la Grande Paix, lisez la chronique récente d’Isabelle Picard.

Lisez la chronique « Ce qui se cache derrière la Grande Paix de Montréal » Lisez le texte du traité de la Grande Paix de 1701

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