Les succès des conservateurs revigorent l’opposition au tramway de Québec
L’arrivée à l’Assemblée nationale d’un nouveau gouvernement, ainsi que d’une députation conservatrice ouvertement défavorable à la réalisation du tramway de Québec, énergise le mouvement d’opposition à ce réseau de transport. Prenez garde, si vous poursuivez sa réalisation, avertissent ses plus farouches adversaires, car la CAQ en a payé le « prix fort ».
« C’est sûr qu’il y a un bouillonnement », analyse Donald Charette, ancienne figure de proue de Québec mérite mieux, un regroupement citoyen sceptique des bienfaits vantés du tramway. « Il n’y a pas longtemps, tous les députés de la région étaient des partisans. Là, on a un portrait complètement différent. Il y a maintenant des possibilités qui n’existaient pas auparavant parce que c’était l’unanimisme à l’Assemblée nationale. »
Le chef conservateur, Éric Duhaime, a mené la fronde contre le tramway avant même la fin de la campagne. Sa dispute avec Bruno Marchand a culminé, la semaine dernière, avec ce dernier s’avançant sur la place publique pour rectifier les faits auprès de la « tribu » conservatrice.
Maintenant que le scrutin a scellé le sort de la CAQ et que le PCQ a conquis la région de Québec — et au-delà —, d’autres ont rejoint Éric Duhaime aux barricades pour réclamer la suspension de travaux « irréversibles » d’ici la présentation de la facture finale.
Dans une publication de 2700 mots publiée mardi sur les réseaux sociaux, Sylvain Juneau, le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, une ville limitrophe de Québec, a tiré à boulets rouges sur l’administration de Bruno Marchand et a appelé le nouveau gouvernement péquiste à « mettre le holà au saccage » provoqué à ses yeux par les chantiers en cours.
Sans l’élection d’une délégation conservatrice à l’Assemblée nationale, il n’aurait « probablement pas » publié sa prise de parole à ce moment-ci, dit le maire. « On a une nouvelle donne politique depuis maintenant deux semaines », observe-t-il. Selon lui, la vague conservatrice représente « le début du commencement de peut-être quelque chose ».
« Les gens ont élu un parti qui est foncièrement opposé au tramway, note Sylvain Juneau. Peut-être qu’il y a lieu, aussi, de réfléchir et de prendre la mesure de ça un peu. »
L’opposition municipale interpelle le gouvernement péquiste
À l’Hôtel de Ville de Québec, le chef de l’opposition a abondé, le même jour, dans le même sens. Selon Stéphane Lachance, le Parti conservateur n’a jamais caché son aversion à l’égard du réseau structurant au cours de la campagne électorale, et cette position a contribué à ce qu’Éric Duhaime et ses troupes évincent la CAQ de Québec.
« La précédente administration provinciale a payé le prix fort pour avoir ignoré la volonté populaire », a-t-il souligné à l’occasion d’un point de presse tenu mardi. « Allez-vous choisir enfin d’écouter les citoyens de la capitale nationale et d’arrêter les frais avant qu’il ne soit trop tard ? » a ajouté le conseiller de Val-Bélair à l’attention du nouveau gouvernement péquiste.
Le parti de Stéphane Lachance, Respect Citoyens, a écrit au premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, pour l’inviter à « écouter toutes les perspectives de la Capitale-Nationale » et, surtout, lui demander de connaître le « coût complet » du tramway avant d’investir « le prochain dollar ».
La précipitation s’avère mal avisée au sujet d’un tramway rejeté par la majorité de la population, répète Stéphane Lachance. Ce dernier a vu, au printemps, le gouvernement défait décaisser 55 millions de dollars pour devancer la réalisation de la trémie du tunnel prévu entre la Haute-Ville et la Basse-Ville. Le chef de l’opposition municipale à Québec en garde l’impression que les promoteurs du tramway veulent « toujours aller un peu plus vite pour rentrer le bras un petit peu plus dans le tordeur [et] dire que ce n’est plus possible de reculer ».
CDPQ Infra prévoit de présenter l’estimation finale de la facture au plus tard en juillet prochain. La plus récente évaluation, datée de 2024, prévoit que la réalisation du tramway coûtera 7,6 milliards de dollars.
Éviter « une commission d’enquête dans cinq ans »
Le sursaut d’opposition suscité par la victoire conservatrice arrive aussi « à un moment assez crucial dans le projet de tramway », souligne à titre personnel Donald Charette au Devoir. « On voit les travaux partout, et ce qui s’en vient, c’est encore plus dommageable, à mon sens, pour la ville de Québec, parce qu’on se prépare à creuser le tunnel au centre-ville. »
L’arrivée du contingent conservateur offrira un « contrepoids » aux camps péquiste, libéral et solidaire, tous rangés derrière le tramway, salue Sylvain Juneau. « On sort de Northvolt, on sort de SAAQclic, énumère le maire de Saint-Augustin. Il faudrait peut-être, à un moment donné, qu’il y ait un projet qui aille bien, qui n’ait pas de dépassements de fou. […] Il ne faudrait pas se payer une commission d’enquête dans cinq ans. »
Adversaire de la première heure du tramway présentement dans les cartons du gouvernement, Donald Charette a connu les hauts et les bas d’un combat que Québec mérite mieux a mené jusqu’en cour — pour se voir débouté en 2023 sous prétexte que « rien dans le recours des demandeurs ne pose obstacle au projet de tramway de la Ville de Québec ».
« À Québec mérite mieux, on a conclu que nous étions pas mal arrivés au bout de ce qu’on pouvait faire », analyse-t-il. Par contre, l’élection des troupes conservatrices sortira l’opposition de la rue pour la faire entrer au Parlement, se réjouit M. Charette.
« Il y a eu la campagne électorale, il y a eu la sortie de Sylvain Juneau, il y a eu la querelle entre Éric Duhaime et Bruno Marchand. Tout ça a créé une espèce d’effervescence, puis là, [le dossier du tramway] est revenu en avant de la scène. Je pense que c’est une bonne chose. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.