Devant Trump, si on arrêtait de se battre entre nous ?

À 10 jours des élections, le Québec traverse un moment périlleux.
Pour répondre aux attaques de Donald Trump contre notre prospérité et notre souveraineté, nous devons repositionner stratégiquement notre économie.
Alors que le gouvernement accuse un déficit structurel, il faut aussi trouver de meilleures façons de livrer à la population des services qui répondent à ses attentes.
Le statu quo n’est pas une option viable. Avec la technologie qui avance à toute vitesse, faire du surplace équivaut à reculer par rapport aux autres.
Pour améliorer réellement notre niveau de vie, une des plus grandes préoccupations des Québécois, la véritable solution est de nous réinventer pour devenir plus efficaces, plus productifs.
Face à tous ces défis, nous n’avons pas le luxe de nous battre entre nous. Et pour imaginer des solutions d’avenir, les syndicats doivent faire partie de la solution.
Malheureusement, les relations de travail sont tendues.
Pendant des décennies, les entreprises avaient le gros bout du bâton : la mondialisation exerçait une pression à la baisse sur les salaires et sur les prix.
Aujourd’hui, la montée du protectionnisme redonne du pouvoir aux travailleurs, qui deviennent plus rares avec le vieillissement de la population et qui veulent être dédommagés pour l’inflation plus élevée.
La grogne monte.
Ces derniers mois, on a vu plusieurs actes de vandalisme syndical complètement décomplexé chez Metro ou chez Hydro-Québec1. Même si on est loin du saccage de la Baie-James, un apaisement des relations de travail est souhaitable.
Ottawa et Québec ont sorti les forceps pour mettre fin aux conflits de travail.
Cette semaine, le premier ministre Mark Carney a déposé un projet de loi mammouth qui vise notamment à imposer l’arbitrage lors de conflits qui vont à l’encontre de l’« intérêt national » dans des secteurs fédéraux. Ports, transport aérien et ferroviaire, postes…
L’an dernier, la Coalition avenir Québec (CAQ) était allée dans la même direction avec la loi 14 qui limite les grèves affectant de manière « disproportionnée » la « sécurité sociale, économique ou environnementale de la population ».
Il faudra voir si ces lois passent le test des tribunaux, car la grève est reconnue comme un droit constitutionnel.
Mais d’un autre côté, est-il normal que certains syndiqués disposent d’un levier de négociation disproportionné parce qu’ils travaillent dans un secteur qui leur permet de prendre la population en otage ?
Cela dit, l’arbitrage forcé n’est pas une panacée.
L’arbitre a tendance à rester près du statu quo, sans imposer de changements structurels. En fin de compte, les employés restent avec leurs frustrations. Et l’employeur continue avec ses vieux processus.
Il faut développer des façons de désamorcer les litiges en amont, au lieu d’attendre d’avoir le dos au mur pour négocier sous haute tension.
Mais on n’a pas le terreau culturel pour ça.
Trop souvent, les relations de travail baignent dans un climat d’opposition où chacun cherche à gagner au détriment de l’autre, au lieu de collaborer pour trouver une solution gagnante pour tous.
Du côté patronal, certains gestionnaires très compétents sur le plan technique ne mesurent pas l’impact humain de leurs décisions. Du côté syndical, bien des dirigeants ne veulent pas se donner un air propatronal.
En adoptant un ton radical, ils font grimper les travailleurs dans les rideaux… et ont ensuite du mal à les faire redescendre. On s’en rend compte lorsque des groupes de syndiqués – les paramédicaux, récemment – rejettent l’entente signée par leurs propres représentants. Et le conflit de travail s’étire…
Comment adoucir le climat ?
Les comités de relations de travail (CRT) pourraient jouer un plus grand rôle dans la pacification des relations de travail, comme on le voit en Europe.
Ces comités paritaires permettent aux cadres et aux syndiqués d’exprimer leur vision d’un défi commun, ce qui donne à chacun une meilleure compréhension de l’enjeu et favorise l’émergence d’une solution que ni l’un ni l’autre n’avait peut-être envisagée.
Les Forges de Sorel sont la preuve que l’outil fonctionne.
Le fabricant d’équipement pour l’industrie automobile a été durement frappé par les droits de douane américains. En adoptant des horaires partagés, l’entreprise a évité une vague de mises à pied qui aurait touché les plus jeunes.
Tous les employés ont accepté de réduire leurs heures de travail en compensant la perte de salaire avec de l’assurance-emploi. « Sauf que moi, il fallait que je vende ça aux plus vieux », dit le président du syndicat, Jean-François Cartier.
Cette solidarité a permis de sauver l’usine qui s’est diversifiée en exportant ses produits en Europe. L’entreprise a pu relancer la production rapidement, en rétablissant l’horaire normal, ce qui aurait été difficile si les travailleurs au chômage s’étaient trouvé un emploi ailleurs.
L’entreprise de 325 employés n’a jamais connu de grève depuis des décennies. La dernière négociation pour le renouvellement de la convention collective s’est réglée en un temps record. Dix séances, zéro accrochage. La CSN a dit : wow !
Le secret ? La confiance mutuelle. La transparence. Et le dialogue constant, grâce aux CRT.
Ces comités devraient être implantés partout. Mais pour que le mécanisme fonctionne, il faut que les participants soient formés et qu’on leur accorde le temps nécessaire, selon la littérature scientifique. Il faut aussi que des gestionnaires séniors s’impliquent2, 3.
Le Québec entre dans une ère de changement, ce qui crée toujours de l’inquiétude. Mais la transformation, ça se gère !
L’exemple des Forges de Sorel montre qu’en se serrant les coudes on peut contrer les attaques de Trump.
1. LISEZ l’éditorial « Le vandalisme syndical décomplexé » 2. LISEZ « Factors contributing to the effective operation of occupational health and safety committees » (en anglais) 3. LISEZ « Effectiveness of joint health and safety committees: a realist review » (en anglais)
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