Centre-ville de Montréal | Un policier suspendu pour avoir uriné sur un sans-abri

Des allégations de comportements humiliants ont mené à deux suspensions dans un même poste de police du centre-ville de Montréal au cours des dernières semaines. Les deux affaires distinctes auraient eu lieu au poste de quartier 21, aux premières loges de la crise de l’itinérance. Et dans l’un des deux cas, c’est un sans-abri qui aurait été la cible des gestes allégués.
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Fait à noter, ce sont des policiers de la base, choqués par les inconduites dont ils auraient été témoins, qui ont sonné l’alarme et dénoncé les comportements jugés inacceptables.
Dans la première des deux affaires, un policier affecté à la patrouille au centre-ville de Montréal a été suspendu de ses fonctions parce qu’il aurait uriné sur une personne en situation d’itinérance pendant ses heures de travail, un comportement qui a mené des collègues dégoûtés à le dénoncer, selon ce qu’a appris La Presse de plusieurs sources policières.
Le policier en question, qui n’est accusé de rien à ce stade, n’aurait que quelques années d’expérience au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), selon nos informations.
Il fait normalement partie de l’équipe du poste de quartier 21, qui couvre les secteurs de Ville-Marie-Est, de Centre-Sud et du Vieux-Montréal, où la crise de l’itinérance est criante. Il a été relevé de ses fonctions le temps qu’une enquête interne fasse la lumière sur les gestes qui lui sont reprochés. Il n’a pas encore eu la possibilité de présenter une défense.
Selon nos sources, le patrouilleur aurait été vu alors qu’il urinait volontairement sur une personne en situation d’itinérance, en pleine voie publique. D’autres policiers ont rapporté l’évènement à des supérieurs parce qu’ils étaient outrés par ce comportement.
Depuis, des vérifications ont été entreprises au sujet d’autres épisodes au cours desquels l’agent est soupçonné d’avoir fait preuve d’inconduite en urinant pendant des interventions policières.
À la Maison du Père, un organisme qui travaille avec la clientèle itinérante du secteur, aucun intervenant n’avait souvenir d’avoir entendu parler d’un tel évènement jeudi, selon ce qu’un porte-parole a mentionné à La Presse.
Deuxième suspension
Plusieurs agents du poste de quartier 21 ont tissé des liens avec des personnes en situation d’itinérance qui fréquentent le secteur, dont ils connaissent souvent les noms et l’historique de vie. En 2023, par exemple, le suspect principal dans le dossier de l’incendie mortel de la place D’Youville avait tenté de s’échapper en utilisant l’identité d’un sans-abri du secteur, à qui il ne ressemblait guère. Une policière du poste de quartier 21, dotée d’une fine connaissance du milieu de l’itinérance au centre-ville, avait immédiatement flairé la supercherie, ce qui avait mené à l’interpellation du suspect.
Selon nos sources, certains patrouilleurs craignent d’être éclaboussés par les agissements du policier suspendu et redoutent l’effet potentiel sur leurs relations avec les sans-abri.
Un autre agent du même poste de quartier a par ailleurs été suspendu dans le cadre d’un tout autre dossier au cours des dernières semaines, cette fois en lien avec des images sur lesquelles il semblerait prendre la pose et s’amuser à ridiculiser un suspect placé dans une position humiliante dans le cadre d’une interpellation, toujours selon nos sources. Lui non plus n’a été accusé de rien à ce stade, mais la direction a jugé qu’il ne pouvait pas demeurer en poste en raison de la nature choquante des images.
La direction veut aller au fond des choses
La direction du SPVM n’a pas voulu discuter de la nature des gestes posés jeudi. « Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme avoir procédé à la suspension de deux membres policiers du poste de quartier 21. La Division des normes professionnelles du SPVM fait présentement enquête », a déclaré le service des communications dans un courriel envoyé à La Presse.
« Toutefois, en raison de nos obligations légales en matière de protection des renseignements personnels liés aux dossiers internes des employés et afin de ne pas compromettre le travail des enquêteurs, nous ne pourrons pas donner plus d’informations », poursuit le message.
« Sachez que le SPVM prend au sérieux toute allégation visant l’un de ses membres et que, quelle que soit la nature de l’enquête menée à l’interne, nous sommes déterminés à aller au fond des choses et à prendre les actions requises », a ajouté le service des communications.
En juin dernier, le chef de police Fady Dagher avait fait un geste exceptionnel en démantelant une équipe complète d’une quinzaine de patrouilleurs du poste de quartier de Montréal-Nord, en raison d’allégations selon lesquelles des agents auraient commis ou toléré des gestes racistes. Deux policiers avaient initialement été suspendus, puis le chiffre était passé à quatre suspensions au fil des semaines.
La Presse avait révélé que des membres du groupe étaient soupçonnés d’avoir coupé les cheveux d’hommes appréhendés pour s’en faire des trophées. Là encore, c’étaient d’autres agents choqués par le comportement de leurs collègues qui les avaient dénoncés.
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