L'yttrium, l’arme économique de la Chine contre les États-Unis

C'est un métal peu connu, assimilé à la famille des terres rares. L'yttrium sert autant à l'industrie de l'aérospatiale, qu'à celle des semi-conducteurs et pourrait être à l'ordre du jour de la prochaine visite de Xi Jinping à Washington.
Peu médiatique jusque-là, l'yttrium est sorti de l'ombre depuis que la Chine a décidé d'en limiter les exportations, en avril 2025, exigeant notamment que les exportateurs chinois d'yttrium prouvent que le métal acheté par leurs clients n'est utilisé qu'à des fins civiles.
Depuis, acheter de l'yttrium hors de Chine est devenu un parcours de combattant : pendant des mois, aucune cargaison n'est arrivée aux États-Unis, puis Pékin a joué le chaud et le froid au gré de ses relations avec Washington. Outre-Atlantique, le manque s'est vite fait sentir. Les pénuries ont été soulagées ponctuellement en mars dernier par une cargaison chinoise de 60 tonnes d'oxyde d'yttrium et une autre de près d'une trentaine de tonnes en juillet. Les livraisons sont restées cependant irrégulières depuis un an et demi et loin d'être à la hauteur de celles de 2024.
Approvisionnements industriels perturbés
Les États-Unis n'ont donc pas de visibilité sur leur approvisionnement, ce qui affecte directement l'activité des industriels : l'yttrium est utilisé dans les revêtements à barrière thermique, qui protègent les moteurs d'avion mais aussi dans la fabrication des écrans, des lasers et des puces électroniques. Ces derniers mois, « la Chine a fait en sorte de fournir le strict nécessaire pour éviter une confrontation ouverte » mais cela n'a pas suffi à apaiser la chaine d'approvisionnement résume Andy Home, analyste chez Reuters.
La production mondiale est de l'ordre de 10 000 à 15 000 tonnes, selon l'USGS, les services géologiques américains, et provient essentiellement de Chine où le minerai est aussi raffiné, d'où la dépendance problématique des États-Unis mais également des autres pays consommateurs.
Des prix records
Le Japon n'a quasiment pas reçu d'yttrium depuis novembre dernier, selon Reuters. Une mesure prise par Pékin en rétorsion aux propos de la première ministre sur la défense de Taïwan. Comme les entreprises américaines, les sociétés japonaises accusent le coup, elles sont de plus en plus nombreuses à faire état de difficultés en raison de procédures douanières à rallonge.
Ces restrictions imposées par Pékin ont bien sûr un impact sur le marché, qui s'est disloqué : d'un côté la Chine, où les prix ont peu évolué, et de l'autre, le reste du monde, où certains produits à base d'yttrium ont vu leur prix multiplié par 250.
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