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Tuesday, September 15, 2026

L’extrême droite recrute chez les jeunes Québécois

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« On pourrait s’arranger un meeting en personne si tu veux », nous lance Shawn Beauvais-MacDonald par message vocal. La Presse n’est entrée en contact avec lui que depuis peu par l’application chiffrée Telegram.

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« C’est une étape nécessaire avant que je t’intègre dans le groupe », ajoute-t-il.

À peine 15 % des candidats qui signalent leur intérêt pour rejoindre Second Sons Canada (SSC) franchissent toutes les étapes de recrutement, affirme l’organisation dans une de ses vidéos, se targuant d’avoir dans ses rangs d’anciens militaires, des premiers répondants, des champions d’haltérophilie et des adeptes de bodybuilding.

Shawn Beauvais-MacDonald, un militant néofasciste de longue date qui dirige le Frontenac Active Club de Montréal, se présente comme le « chef de division » montréalais du groupe suprémaciste blanc Second Sons Canada (SSC), qui fédère 18 clubs similaires au pays. C’est lui qui décide d’accepter, ou non, les nouveaux venus qui souhaitent intégrer sa section.

Dans une série d’échanges sur Telegram avec La Presse, M. Beauvais-MacDonald reconnaît faire personnellement la promotion du « fascisme amical » et du « nazisme bon enfant » (good guy national socialism), des idéologies « incomprises par la plupart des gens » selon lui, mais affirme que SSC est un groupe nationaliste non violent qui ne promeut pas ces idées.

Qu’est-ce que Second Sons Canada ?

Groupe masculiniste et ouvertement raciste, Second Sons Canada est un regroupement d’« active clubs » qui rassemblent des membres autour d’activités axées sur le combat physique, le développement de la force brute et l’activisme politique. L’organisation se décrit sur son site web comme une fraternité de « patriotes » et de « nationalistes » qui « partagent nos valeurs ».

Dans des balados et d’autres publications, ses dirigeants ont exprimé des propos antisémites et anti-immigration, visant en particulier les personnes d’origine indienne, qui s’appuient sur la théorie complotiste du « grand remplacement », selon laquelle l’immigration de masse est un génocide orchestré contre les Blancs.

La Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec ont toutes deux indiqué être au courant des activités de Second Sons Canada.

SSC compte présentement 18 clubs à travers le Canada, dont un à Montréal, le Frontenac Active Club, le seul pour l’instant au Québec, selon les informations recueillies sur le site internet de Second Sons, mais l’organisation prévoit la création d’autres groupes dans la province.

Je me souviens…

Shawn Beauvais-MacDonald, c’est aussi lui qui a revendiqué la manifestation suprémaciste à Shawinigan, en mai dernier, lors de laquelle une vingtaine d’individus masqués ont brandi une banderole avec l’inscription « Je me souviens d’un Québec blanc » et « Go back, tabarnak ! ». Des actions similaires ont été organisées par Second Sons le même jour dans sept autres villes canadiennes, dont Calgary, Regina, Sudbury et Halifax.

Une vidéo glorifiant ce coup d’éclat pancanadien a été diffusée par l’organisation trois jours plus tard sur Telegram, une plateforme prisée par les groupes extrémistes en tous genres.

La vidéo est parsemée de plans montrant des hommes cagoulés marchant en formation militaire au parc des Vétérans, à Shawinigan, et sur un viaduc près de la Porte de la Mauricie, à Yamachiche.

Elle a notamment été partagée par le compte du Quebec Youth Club, un active club qui dit faire « la promotion de la discipline chez les jeunes hommes de 15 à 18 ans, par le service communautaire, la forme physique, l’amélioration de soi et l’activisme politique », indique une description publiée sur Telegram.

La Presse a trouvé sur ce compte un lien pour adhérer et faire valider sa candidature (get vetted) à une des ailes jeunesse de l’organisation, qui fait la promotion de la « fierté blanche » (white pride).

Ces comptes jeunesse, très répandus aux États-Unis mais relativement nouveaux au Canada, diffusent « le même contenu radical et violent » et visent à « former des militants » pour qu’ils adhèrent à des active clubs dès leur majorité, selon le chercheur Mathieu Colin, spécialiste de la radicalisation à l’Université de Sherbrooke.

« Ils semblent fonctionner de façon indépendante, mais c’est impossible qu’il n’y ait pas un minimum de contrôle de groupes qui sont affiliés » à Second Sons, croit-il.

Nous avons indiqué être un jeune homme de 22 ans nouvellement arrivé à Montréal pour les études et qui se disait vaguement agacé de ne pas avoir les occasions qu’il souhaitait obtenir à l’université – pour tenter d’infiltrer l’organisation en utilisant ce lien. Un responsable du compte de recrutement de l’aile jeunesse nous a vite dirigé vers le site web de la section nationale SSC, où nous avons rempli un formulaire d’adhésion en ligne.

Shawn Beauvais-MacDonald soutient dans notre échange sur Telegram après nos démarches d’enquête que ces groupes jeunesse n’ont aucun lien avec Second Sons Canada. « Nous n’en faisons pas la promotion et nous décourageons les adolescents à s’impliquer politiquement jusqu’à ce qu’ils comprennent dans quoi ils s’embarquent », dit-il.

Premier contact

Près d’un mois plus tard, Second Sons Canada nous transmet par courriel un formulaire nous demandant d’autres détails. Elle cherche à connaître notre « historique familial au Canada », nos convictions politiques, notre opinion sur l’état actuel de la nation ou notre définition de ce qu’est un Canadien. Elle veut aussi savoir si nous avons des antécédents judiciaires.

Le formulaire interroge aussi les candidats sur leur condition physique et leurs compétences particulières. Nous avons indiqué être adepte de sport et aller au gym de quatre à cinq fois par semaine.

« Les membres à part entière doivent respecter la norme minimale de condition physique pour bénéficier du droit de vote lors des activités du club, ainsi que pour être considérés pour des responsabilités », peut-on lire sur leur site.

Le lendemain, Shawn Beauvais-MacDonald entre en contact avec nous par Telegram et nous échangeons avec lui une soixantaine de messages en quelques jours.

« Les hommes blancs sont mis de côté en faveur des gens racisés et même des femmes », se plaint M. Beauvais-MacDonald dans un message déplorant l’existence de politiques de discrimination positive au sein d’entreprises.

« On recherche des gens de bonne foi, de bon caractère, qui ont des liens avec cette terre, qui voient la valeur du Canada et qui veulent se battre pour [le pays] », précise le chef de division.

« Un message d’unité »

« On veut accueillir les Canadiens français dans notre organisation. Mon but est de propager un message d’unité », ajoute-t-il, spécifiant que Second Sons a des ressources pour recruter des membres « de souche canadienne-française » dans leur langue.

Plus de 4000 personnes suivent les activités de Second Sons Canada sur Telegram. « On a des centaines de personnes à travers le pays. Ce sont surtout des pères de famille », assure Shawn Beauvais-MacDonald.

Pour passer à l’étape finale, le candidat doit cependant signer un accord de confidentialité (voir autre texte). Un engagement mensuel de 20 $ est aussi requis pour soutenir les activités du club.

Phase finale : la rencontre

Mais avant toute chose, Shawn Beauvais-MacDonald veut nous rencontrer en personne dans un lieu public, mais surtout pas au parc du Mont-Royal ou au parc La Fontaine, des lieux qu’il juge « répandus de sales gauchistes », lance-t-il.

« J’ai fait l’erreur, il y a quelques semaines, de me balader au Mont-Royal pour parler à une recrue, dit-il. Je suis un homme infâme et notoire dans les milieux nationalistes ; ce n’est pas la meilleure chose de se mettre dans une foule. »

Nous finissons par nous entendre sur l’endroit. Ce sera au Vieux-Port de Montréal. « On peut se balader le long du port et apprendre à se connaître. Tu peux poser toutes les questions que tu as, et te sentir sécurisé pour partager l’opinion que tu ne partages pas avec les tiens », promet M. Beauvais-MacDonald.

Cette rencontre n’aura finalement jamais lieu. La Presse a finalement pris la décision de mettre fin aux échanges et de ne pas se rendre au lieu de rendez-vous.

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