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Friday, September 11, 2026

La décision de l’ONU modifiera-t-elle les cartes du monde?

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Finie, la distorsion cartographique aux Nations unies. Il y a quelques jours, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, à 164 voix pour et une contre, une résolution appelant à promouvoir des représentations cartographiques plus proches de la réalité. Le modèle à privilégier : celui d’Equal Earth, développée en 2018. Nos cartes sont-elles sur le point de changer ?

L’ONU a adopté vendredi une résolution présentée par une coalition de pays africains visant à « promouvoir des représentations cartographiques qui rendent plus fidèlement compte de la taille relative des continents ».

« Toute carte du monde déforme le monde d’une manière ou d’une autre », explique d’emblée au Devoir Rodolphe Gonzalès, professeur au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Que ce soit la superficie, la forme, la distance, il n’existe pas de carte parfaitement juste. Il existe des cartes qui sont utiles pour tel ou tel autre usage. »

La projection de Mercator date du XVIe siècle et a été développée par Gérard Mercator dans un but précis : faciliter la navigation maritime, à une époque où l’Europe jetait son dévolu sur la conquête de l’Amérique. Très fidèle à la représentation des angles, elle cause toutefois des déformations importantes à la superficie des continents.

GIF démontrant la distorsion des pays et continents dans une projection de Mercator.

Image : Wikimedia Commons La projection de Mercator cause des déformations importantes à la superficie des pays.

« On parle d’une injustice symbolique, une injustice géométrique entre les pays du Nord et du Sud, fait valoir M. Gonzalès. Dans l’historique colonial, c’est évidemment l’Europe qui y est représentée en plus grand, et donc, symboliquement, elle a l’air plus puissante, plus importante que les pays colonisés, qui sont plus proches de l’équateur. »

Un des exemples les plus flagrants de cette déformation s’observe lorsqu’on compare les tailles du Groenland et de l’Afrique sur une carte de Mercator. Bien que les deux territoires y semblent de superficie similaire, le Groenland est en réalité 14 fois plus petit que l’Afrique. Le Brésil, qui apparaît de la même taille que l’Alaska, est en réalité cinq fois plus grand.

La résolution de l’ONU juge qu’elle a mené à une « minimisation symbolique » de l’Afrique. « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde », a affirmé Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, pays qui a pris les devants de la campagne au nom de l’Union africaine.

À chaque projection son utilité

Ce sont donc des représentations, telle la projection Equal Earth, que promeuvent désormais les Nations unies. Elles sont plus fidèles à la superficie relative des continents : l’Afrique retrouve sa taille réelle et y est visiblement plus imposante que le Groenland, entre autres.

Le Canada est quant à lui rapetissé comparativement à la projection de Mercator. Il est aussi visiblement déformé : Rodolphe Gonzalès explique que, même si Equal Earth respecte la superficie relative des continents, elle déforme un peu « tout le reste ». « Toute projection doit faire des compromis pour répondre à un besoin. En l’occurrence, le besoin [ici], c’est de garder la superficie, mais ça déforme beaucoup. Au nord et au sud, on rétrécit beaucoup sur l’horizontale. Au pôle Nord, les choses sont très rapprochées. »

Si la projection Equal Earth offre une vision plus loyale à la superficie globale des pays sur une mappemonde, elle ne risque pas d’être utilisée dans d’autres contextes, plus locaux. Les cartes utilisées par les gouvernements, entre autres, préconisent souvent des projections adaptées à leur contexte.

Statistique Canada privilégie notamment une projection conique conforme de Lambert pour représenter le pays d’un océan à l’autre. Elle donne une représentation assez fidèle du Canada, mais plus on s’éloigne du centre, plus les extrémités ont tendance à pencher d’un côté ou de l’autre. « La Colombie-Britannique est très penchée vers la droite. Le Québec est très penché vers la gauche, mais globalement, ça marche », souligne M. Gonzalès. La projection de Lambert est souvent utilisée dans des contextes nationaux, comme au Québec ou en France.

Les projections varient aussi selon ce que l’on représente, ou selon l’outil sur lequel repose la carte. La projection de Mercator a d’ailleurs resurgi au XXIe siècle en raison de son utilisation en ligne. Les cartes représentées sur Google Maps ou d’autres navigateurs préconisent largement cette projection, puisqu’elle permet un zoom fluide qui évite les distorsions de forme.

Étant donné leur nature mathématique, il est impossible de chiffrer le nombre de projections cartographiques existantes. Rodolphe Gonzalès aime illustrer ces possibilités — et leurs limites — en comparant la Terre à une orange. « Si on veut peler cette orange sans lui déchirer la peau, est-ce que c’est possible ? La réponse est non. Il faut toujours casser quelque part. Une carte, c’est la même chose. Des projections déchirent, d’autres sont obligées d’étirer. Il faut choisir ce qu’on déforme. »

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