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Tuesday, October 13, 2026

La porte rouge, un théâtre professionnel de sous-sol d’église

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Sur le côté de l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, au coin des rues Mistral et Saint-Hubert, il y a une petite porte rouge. Elle donne directement au sous-sol, habité par une mini-salle de théâtre. Soixante-dix places, des sièges rouges aussi. Toute de bric, de broc, de bricoles et de mobiliers récupérés. Et charmante ainsi. C’est La porte rouge, le nouveau théâtre de quartier de Villeray, à la fois professionnel et communautaire. Visite.

Fondée en 2018, La porte rouge est une coopérative théâtrale. Elle lance cette saison sa toute première programmation de quatre spectacles, joués dans son studio d’essai, aux billets à bas prix — 25 $ pour tous, 22 $ pour les résidents de Villeray, 20 $ pour les étudiants et les aînés.

On pourra y voir bientôt deux monologues, Novecento, signé Alessandro Baricco (avec Silvio Orvieto, mise en scène de Cristina Iovita) et La Contrebasse de Patrick Süskind (mise en scène de Peter Batakliev).

La quarantaine de membres de la coop peut également profiter de la salle de répétition autant que du studio d’essai ou des ateliers de formation professionnelle — Catherine Cédilot et Peter Farbridge y enseignent cette saison. S’y donnent aussi cours et activités pour tous — chorale et jeu, par exemple.

Toutes les décisions à La porte rouge se prennent collectivement. Chaque membre s’engage à accomplir 10 heures de corvée par an. Plusieurs font davantage. Les membres sont de deux types : des vieux de la vieille qui ont tout vu, au carnet d’adresses et d’amis bien remplis, de 60 ans et plus ; et d’autres, fraîchement sortis de l’école de théâtre, qui ont entre 20 et 30 ans.

Qu’est-ce qu’ils trouvent dans cette structure un peu folle, carrément estudiantine ? « La liberté ! » s’écrie la metteuse en scène Cristina Iovita, soixante-dix ans passés, avec un large mouvement de bras. « Je peux faire ce que je veux ! Je n’ai pas à me soucier du mandat d’un théâtre ni à me demander comment m’y faire inviter. »

Peter Batakliev, lui, ne veut plus à son âge « faire des demandes de subventions tout le temps » avant de pouvoir jouer.

Et Robert Reid, qui enseigne parallèlement le jeu à l’université Concordia, aime « la communauté de comédiens qui croit en ce qu’on fait, qui appuie un projet. C’est fondamental. »

M. Reid a eu l’idée de ce lieu « après un séjour à Bologne où il y a beaucoup de coops artistiques, qui offrent une grande autonomie et une certaine pérennité. »

Et c’est une structure qui n’est pas un associé à un artiste phare. « Car le modèle québécois de financement pousse les artistes à fonder une compagnie pour obtenir des subventions », rappelle Robert Reid.

Ce qui fait que le Québec compte une pléiade de petites et moyennes compagnies. Qui entraînent, pour les artistes, « une part administrative et un cahier des charges énormes », poursuit celui qui a étudié à fond l’opéra chinois, entre autres.

« Nous, on part du principe que les artistes sont heureux dans un studio de répétition ; quand ils jouent ; quand l’imaginaire embarque ; et quand ils n’ont pas à devenir gestionnaires », poursuit Robert Reid.

Pour que cela advienne, et parce que les espaces coûtent cher, il faut se mettre ensemble, et les partager.

Le partage se fait aussi avec le diocèse de Montréal, puisque l’église est toujours active. Les sons de la messe se sont mêlés à la première donnée par le duo de clowns Tim and Joe en septembre dernier. Et les comédiens, après une autre représentation, ont été invités à partager le trop de grignotines post-service funéraire d’une famille en deuil.

Cette mixité des usages plaît à La porte rouge, qui aimerait toutefois un peu plus de sécurité face à son bail, comme le précise Peter Batakliev, pour pouvoir se projeter dans un avenir de cinq ou dix ans.

Car dans cette économie théâtrale du peu et du petit, qui doit rester simple pour fonctionner, ce qu’il faudrait de plus, « c’est une personne pour faire un peu de communications », estime Robert Reid. « Ça, ça nous manque », pour rejoindre les résidents de Villeray et des alentours — et ce, même si les premières représentations de la première saison du petit théâtre ont affiché complet.

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