Budget 2026 : le milieu culturel entre « incertitude totale » et « bouffée d’air frais »

La présentation du budget fédéral de 2026 a été tièdement accueillie par le milieu culturel québécois jeudi. Si le projet d’un Crédit canadien pour la création est majoritairement – mais pas unanimement – bien reçu, le flou entretenu autour de la somme de 600 M$ annoncée l’été dernier pour compenser le recul du gouvernement Carney face aux géants du web inquiète le secteur de l’audiovisuel québécois.
En juin dernier, Ottawa avait annoncé l’injection de 600 M$ pour soutenir le milieu culturel à la suite de son recul sur l'obligation de contribution financière de base imposée aux services de diffusion en continu, comme Netflix et Spotify.
Cinq mois plus tard, les secteurs de l’audiovisuel et de l’audio n’ont reçu ni argent ni détails quant au versement de cette somme, et ceux qui espéraient trouver des réponses dans le budget déposé jeudi ont été déçus.

Le ministre François-Philippe Champagne présente son deuxième budget fédéral à Ottawa.
Photo : La Presse canadienne / Justin Tang
Dans l'incertitude la plus totale
Si cette mesure de 600 M$ figure bien au budget 2026, la manière dont cette aide sera répartie et le moment de sa disponibilité restent toujours inconnus.
On est satisfaits de voir ce montant être confirmé, mais on n'est pas beaucoup plus avancés quant à comment ça va se déployer.
On est dans l'incertitude la plus totale
, déplore Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM). Je vois les semaines qui s'écoulent et ça m'inquiète.
Laurent Dubois, directeur général de la Société des auteurs et autrices de radio, télévision et cinéma (SARTEC), abonde dans le même sens.
J'aurais aimé que tout ça se déploie aussi vite que l'Eurovision
, estime-t-il, en référence à la participation du Canada au prochain concours de l’Eurovision, envisagée dans le budget fédéral 2025 et annoncée seulement huit mois plus tard.

Laurent Dubois, directeur général de la Société des auteurs et autrices de radio, télévision et cinéma
Photo : Radio-Canada
Toutefois, le milieu de l’audiovisuel se félicite de l’engagement du gouvernement libéral à porter le financement additionnel de CBC/Radio-Canada à 300 M$ sur deux ans, le diffuseur public investissant de manière importante dans la production audiovisuelle. On s’en réjouit, car ça donne quand même un petit peu de prévisibilité au milieu
, dit Hélène Messier.
La Mégadéduction à la productivité inscrite au budget fédéral de 2026 pourrait aussi aider le milieu culturel à mieux s’équiper.
Les caméras, le matériel d’éclairage et de son ainsi que les postes de montage figurent notamment parmi les équipements mentionnés dans le budget
, explique l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) dans son communiqué. C’est une mesure qui pourrait rendre nos productions plus concurrentielles avec de l’équipement de pointe.
Un allégement fiscal pour les artistes
Dans son budget, le gouvernement Carney annonce également son intention de mener des consultations au sujet de la mise en place du Crédit canadien pour la création, destiné aux artistes. Cet allégement fiscal permettrait une exemption d’impôt sur des revenus artistiques pouvant atteindre 45 000 $.
La création d’un tel crédit représenterait une bouffée d’air frais
pour les écrivains qui peinent souvent à dégager du temps pour écrire, applaudit Pierre-Yves Villeneuve, auteur et président de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).
C’est une avancée potentiellement importante, estime Ariane Charbonneau, directrice générale de la Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs (SPACQ-AE). On est contents qu’ils reconnaissent la réalité des revenus des créateurs musicaux, car un auteur-compositeur ne gagne pas seulement sa vie au moment où il écrit une chanson.

Caroline Gignac dirige le Conseil québécois du théâtre.
Photo : Facebook/Conseil québécois du théâtre
De son côté, Caroline Gignac, directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT), se montre plus mitigée.
On le voit comme un premier pas vers la diversification des soutiens, ça faisait partie des conversations qu'on avait avec le fédéral. Toutefois, l'orientation du milieu était davantage ciblée vers une réforme de l'assurance-emploi, promise depuis de nombreuses années.
Quant à l’Union des artistes (UDA), elle juge que ce nouveau crédit soulève pour l’instant plus de questions que de réponses.
Quels artistes et quels revenus seront admissibles? Comment tiendra-t-on compte de revenus qui fluctuent fortement d’une année à l’autre? Et quel sera l’impact réel d’un crédit non remboursable pour les artistes à faible revenu? s’est-elle interrogée dans un communiqué. Nous craignons que pour un grand nombre d’artistes cette mesure n’aura pas l’effet escompté.
Peu de mesures structurantes
Dans son communiqué, l’UDA a fait part de sa déception devant le budget Champagne.
Malgré certaines mesures positives [...], le budget contient peu de mesures structurantes pour améliorer concrètement la situation des artistes-interprètes, des créateurs et des créatrices.
Autre motif d’insatisfaction pour le milieu théâtral : la maigre bonification de 20 M$ sur trois ans du budget du Conseil des arts du Canada, alors que le CQT et l'ensemble du milieu réclamaient une augmentation de 140 M$.
Cela nous inquiète, car on observe déjà un désengagement de la part du fédéral concernant la création théâtrale québécoise
, souligne Caroline Gignac.
Mieux soutenir le milieu du livre
Le deuxième budget du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, propose également la création d’une collection numérique nationale gratuite d’ouvrages d’auteurs canadiens.
Un peu plus de 32,2 M$ seront alloués sur quatre ans pour acquérir des livres et bâtir cette collection, qui devrait compter plus de 2000 titres d’ici 2031-2032.

Karine Vachon est à la barre de la direction générale de l'Association nationale des éditeurs de livres depuis 2020.
Photo : ANEL
Autre bonne nouvelle pour le milieu du livre : le budget de 2026 prévoit d’accorder 20 M$ sur quatre ans et 5 M$ par année par la suite pour renouveler le Fonds du livre du Canada.
On est à la fois soulagés et encouragés
, déclare Karine Vachon, directrice générale de l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), qui espérait tout de même une hausse plus importante.
D’autres mesures annoncées
La culture est le fondement d’un Canada fort, fier et souverain
, indique le budget déposé jeudi.
Le document prévoit notamment un montant total de 783 M$, sur la base de la comptabilité de caisse, sur cinq ans, pour soutenir les musées nationaux du Canada, la Commission des champs de bataille nationaux, le Centre national des Arts et Bibliothèque et Archives Canada.
Le budget propose également la gratuité de l’entrée dans les musées nationaux du Canada pour les moins de 25 ans.
Le Musée des beaux-arts du Canada recevra 60 M$ sur quatre ans, sur la base de la comptabilité de caisse, pour financer des expositions itinérantes et améliorer l’accès numérique à ses collections.
Le gouvernement renouvelle également, pour un été supplémentaire, le laissez-passer Un Canada fort, qui offre des réductions sur les trajets Via Rail ainsi que sur l’entrée dans les musées et les parcs nationaux.
Un financement de 225 M$ sera alloué l’année prochaine pour célébrer le 160e anniversaire du Canada, notamment à travers des festivals, des spectacles et les capsules Minutes du patrimoine.
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