Exploitation sexuelle de deux adolescentes | Un entraîneur prédateur réclame de purger sa peine de prison la fin de semaine

Ni remords ni empathie pour ses victimes : un ex-entraîneur de hockey qui a exploité sexuellement deux adolescentes s’est apitoyé sur son sort mardi, se posant même en victime de la médiatisation de son procès. Il réclame une peine très clémente de prison la fin de semaine.
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« Honnêtement, ça a été dur… […] On ne fait plus de voyage, je suis allé en camping deux fois cet été… c’est pas la joie, mais je mange », s’est lamenté Tommy Bédard, mardi lors des observations sur la peine au palais de justice de Longueuil.
L’homme de 45 ans a perdu son poste d’enseignant de mathématiques pendant le processus judiciaire. Au procès, le kinésiologue et adepte des compétitions de CrossFit s’est plaint d’avoir perdu plus d’un million de dollars en commandites en raison de la médiatisation de ses accusations criminelles.
En février dernier, Tommy Bédard a été reconnu coupable de trois chefs d’exploitation sexuelle à l’égard de deux adolescentes de 16 ans. Le juge Marc-Antoine Carette n’a pas cru un mot du témoignage « malhonnête » de Tommy Bédard. Ce dernier a porté le jugement en appel.
Ses crimes remontent à 2007, lorsqu’il était entraîneur adjoint d’un club de hockey féminin à Varennes. Les deux victimes jouaient pour cette équipe. Le délinquant est devenu le « confident » de ces adolescentes vulnérables et les a agressées sexuellement chez lui, à des occasions distinctes. Il est notamment question de pénétration et de masturbation.
« Il était l’adulte dans la pièce. Il a usé de manipulation. Son degré de responsabilité morale est très élevé. L’équipe lui faisait confiance, les parents, les joueuses. Il a trahi et abusé de cette confiance », a plaidé la procureure de la Couronne, Me Anne Gauvin.
Elle réclame 30 mois de pénitencier.
« Aussi tough » pour lui, se plaint le délinquant
Dans une lettre lue à la cour par la procureure, une victime raconte avoir vécu de l’isolement et des crises de panique. Elle a reproché à Tommy Bédard de poursuivre le « supplice » en faisant appel, puis de l’avoir dévisagée durement dans le corridor pendant le procès.
À ce sujet, Tommy Bédard a répliqué que c’était « aussi tough » pour lui de croiser le regard de la victime. « Je ne voulais pas revoir ces personnes », a-t-il témoigné. Son avocat s’est insurgé contre les craintes de représailles exprimées par la victime, reprochant à la Couronne de ne pas avoir fait témoigner celle-ci.
« Je m’inscris en faux ! », a lancé son avocat, Me Mathieu Bourgon.
« L’agression sexuelle, c’est un trauma. Je vois dans cette lettre quelqu’un qui a vécu un trauma », a conclu le juge.
À la barre, Tommy Bédard n’a exprimé aucun remords à l’égard des victimes, se disant simplement « très, très désolé de la situation ». Dans une réponse alambiquée, il a expliqué comprendre qu’une « personne peut percevoir autre chose que lui ». Il affirme n’avoir aucune « problématique ».
« Je ne suis pas une personne qui viole les jeunes garçons et les petites filles. J’en ai coaché plein d’autres. Avec le procès, ça aurait sorti », a-t-il illustré.
Tommy Bédard a plutôt consacré son témoignage aux conséquences de la médiatisation du procès sur sa vie professionnelle et personnelle. Il s’est aussi mis à sangloter en parlant de son avenir et de celui de sa fille, encore bébé.
« Moi, c’est pas grave, au pire c’est fait, ma réputation, tout est détruit, peu importe si je suis coupable ou pas coupable », a-t-il soufflé.
Pas un viol dans une ruelle, plaide la défense
Tommy Bédard est toujours accusé de ne pas avoir respecté ses conditions en se plaçant en position d’autorité avec un adolescent. Interrogé à ce sujet, le délinquant a banalisé l’incident. Il explique s’être retrouvé par erreur comme arbitre d’un match de soccer, alors qu’un adolescent officiait aussi le match.
La défense réclame une peine de 90 jours à purger la fin de semaine, assortie de 240 heures de travaux communautaires et d’une probation de trois ans.
« Je ne vois vraiment pas en quoi ça va avancer la société et M. Bédard de l’envoyer au pénitencier pour deux ans et demi. […] On parle d’évènement d’il y a dix-neuf ans et demi », a plaidé son avocat.
Selon Me Bourgon, la médiatisation du procès a eu un « énorme impact » sur son client. « C’est pas l’Écho de Longueuil. On parle de La Presse ! », a-t-il plaidé.
Me Bourgon a aussi minimisé les crimes commis par Tommy Bédard, en illustrant qu’il n’avait pas « amené une victime dans une ruelle pour faire des attouchements ». Un argument – assimilable à des mythes et stéréotypes – qui a fait sursauter la procureure de la Couronne.
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