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Friday, October 2, 2026

Les liens Londres-Abou Dhabi à l’épreuve de l’affaire Manchester City

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Le scandale financier de Manchester City menace de ternir l’une des plus éclatantes vitrines du « soft power » d’Abou Dhabi et confronte le Royaume-Uni à un délicat exercice pour préserver ses liens de longue date avec les Émirats.

« Je dois garder mes distances. Ce serait une erreur de ma part d’agir autrement », a réagi le premier ministre Andy Burnham, interrogé par la BBC après le verdict de la commission indépendante reconnaissant le club, propriété d’Abou Dhabi depuis 2008, coupable de graves infractions aux règles financières de la Premier League.

« Je serais très inquiet de les voir partir. Ils ont été un partenaire de taille dans la transformation de Manchester », reconnaît toutefois celui qui a dirigé le Grand Manchester de 2017 jusqu’à juin dernier, une région où les investissements émiratis sont très visibles.

Depuis son rachat par Cheikh Mansour ben Zayed al-Nahyane, vice-président et vice-premier ministre des Émirats, Manchester City est passé du milieu de tableau à l’élite mondiale, remportant huit championnats d’Angleterre et une Ligue des champions.

« L’ampleur de la transformation de Manchester City […] a procuré à Abou Dhabi d’immenses gains en matière de “soft power” », explique à l’AFP Kristian Coates Ulrichsen, chercheur au Baker Institute de l’université Rice, au Texas.

« “Aller à l’Etihad” est devenu une expression courante dans le monde du sport », ajoute ce spécialiste du Golfe, en référence au stade de City, baptisé du nom de la compagnie aérienne d’Abou Dhabi.

« Une décennie à profaner »

Le verdict rendu mardi vient ternir cette réussite. Selon la commission indépendante mandatée par la Premier League, City a eu recours, entre 2009 et 2018, à des montages gonflant artificiellement ses recettes et minorant ses coûts, pour respecter en apparence les règles financières du championnat.

« L’un des alliés les plus proches et les plus anciens du Royaume-Uni au Moyen-Orient aurait apparemment passé plus d’une décennie à profaner systématiquement l’un des éléments les plus précieux de la culture britannique », résume à l’AFP David Wearing, professeur de relations internationales à l’université du Sussex, en référence au soccer.

Le club, qui conteste le verdict, a jusqu’à vendredi pour faire appel. Une sanction doit encore être prononcée et pourrait aller d’une amende à des retraits de points, voire à une exclusion du championnat.

Mais le dossier touche aussi directement l’image d’Abou Dhabi : outre son propriétaire, City est présidé par Khaldoun Khalifa al-Moubarak, figure importante de l’establishment émirati.

« Étant donné que le club est incarné par deux des plus hauts responsables d’Abou Dhabi, il est probable que les dirigeants des Émirats arabes unis prennent cette décision très personnellement », estime M. Coates Ulrichsen.

« Le défi pour le gouvernement britannique […] sera de veiller à ce que le jugement soit traité comme une question réglementaire plutôt que comme un enjeu politique », ajoute-t-il.

Interrogé sur Times Radio, David Bernstein, ancien président de Manchester City et de la Fédération anglaise de soccer, redoute « un risque d’ingérence politique ». Il évoque la possibilité que City soit considéré comme « trop important pour tomber » ou que des intérêts nationaux entrent en jeu.

« Au-dessus des règles »

« Il ne saurait être question de laisser penser que quiconque est au-dessus des règles », a déclaré jeudi soir un porte-parole de Downing Street.

« Comme l’a clairement indiqué le premier ministre, le jugement initial est grave », a-t-il ajouté, soulignant qu’il s’agissait d’« une procédure indépendante toujours en cours », qui devait « aller à son terme » et dont l’issue devait être respectée.

Etihad Airways, garant principal de City depuis 2009, a annoncé examiner des recours juridiques contre la Premier League, accusée d’avoir porté atteinte à la réputation de la compagnie sans l’avoir interrogée dans la procédure.

Abou Dhabi pourrait également faire connaître son mécontentement ou, plus hypothétiquement, utiliser ses investissements comme levier, selon David Wearing.

Mais le rapport de force reste, selon lui, asymétrique : les Émirats, « pays relativement petit dans une région très instable », ont besoin de relations solides avec Londres.

Vingtième partenaire commercial du Royaume-Uni, ils ne représentent que 1,3 % de ses échanges, selon les données officielles, malgré des investissements et des projets émiratis dans l’énergie, les infrastructures et les technologies.

« L’affaire peut créer des sensibilités en termes de réputation », assure à l’AFP Salma Thani, spécialiste des études du Golfe à l’American University of Sharjah.

Mais la relation entre les deux pays « est bien antérieure au rachat de Manchester City et s’est développée dans les domaines de la diplomatie, du commerce, de l’éducation et de la sécurité », tempère-t-elle. « Elle a une profondeur qui dépasse le sport. »

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