Aide après le 11 septembre 2001 | Des soldats canadiens s’attirent encore des éloges des Américains

Ils ont été parmi les premiers à répondre présent. Dans les heures suivant les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont sollicité l’aide d’une unité des forces spéciales canadiennes pour traquer les chefs terroristes en Afghanistan. Là-bas, ces soldats d’élite canadiens sont devenus spécialistes des missions périlleuses de dernière minute. Vingt-cinq ans plus tard, ils s’attirent encore des éloges du côté américain.
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Robert Harward, vice-amiral à la retraite de la marine américaine, se souvient bien du sentiment d’urgence qui régnait au sein de l’appareil militaire après les attentats. À l’époque, il était capitaine dans les mythiques Navy Seals, ces troupes de choc dont les faits d’armes ont inspiré tant de films et séries télévisées.
Les ruines du World Trade Center brûlaient encore, les secouristes continuaient de sortir des corps des décombres, lorsqu’il a reçu un ordre de ses supérieurs. Il devait se lancer aux trousses des chefs terroristes du réseau Al-Qaïda, dont Oussama ben Laden, ainsi que leurs alliés du régime des talibans en Afghanistan.
PHOTO RUTH FREMSON, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Pompiers et autres intervenants d’urgence dans les décombres du World Trade Center
« J’ai reçu l’appel : “Allo, tu t’en vas en Afghanistan traquer ces gars. Tu es chargé de rassembler une coalition.” Alors j’ai appelé les Canadiens, j’ai appelé les Allemands, j’ai appelé les British », se souvient l’officier retraité, en entrevue avec La Presse.
« Je leur ai dit : “Nous sommes prêts si vous voulez venir. Laissez-moi savoir ce que votre gouvernement dit”. C’était le jour du 11 septembre ou le lendemain », raconte-t-il.
Il ignore si l’invitation a suscité beaucoup de débats internes chez les décideurs canadiens. « Tout ce que je sais, dit-il, c’est que j’ai eu un retour d’appel : “On s’en vient.” »
À l’époque, Robert Harward connaissait déjà la très secrète unité d’élite de l’armée canadienne, connue sous l’acronyme anglais JTF-2, pour Joint Task Force 2. Il savait de quoi elle était capable.
« Vos gars sont bons en maudit », insiste-t-il.
L’avis de Robert Harward compte aux États-Unis. Pressenti en 2017 pour le poste de conseiller à la sécurité nationale dans l’équipe du président Trump, il a décliné respectueusement l’offre, mais est demeuré un commentateur influent sur les questions militaires. Alors que les relations entre les deux pays sont mises à mal et que le secrétaire à la Défense américain se moque publiquement des Forces armées canadiennes, M. Harward continue de mettre en lumière les Canadiens qui se sont battus à ses côtés il y a un quart de siècle, lorsque son pays a été attaqué.
PHOTO ARCHIVES WIKIPEDIA COMMONS
Robert Harward, en 2011
« Ils pouvaient se retourner en une heure »
C’est en décembre 2001 que le Canada a déployé le JTF-2 dans le sud de l’Afghanistan, au sein du groupe d’opérations commandé par Robert Harward.
À l’époque, l’Afghanistan était séparé en deux théâtres d’opérations bien différents. Dans le nord, les Américains combattaient côte à côte avec ce qu’on appelait l’Alliance du nord, une force de dizaines de milliers de combattants locaux opposés aux talibans.
Dans le sud du pays, la mission était complètement différente. Harward commandait un groupe constitué des unités spéciales américaines, canadiennes, norvégiennes, néo-zélandaises, allemandes, danoises et turques, qui menaient des raids contre des cibles jugées prioritaires.
« Là, nous n’utilisions pas des Afghans pour combattre des Afghans. C’était nous, les Américains, les Canadiens et les autres membres de la coalition, qui devions traquer ces gars et les capturer. Et si nous ne pouvions pas les capturer, les tuer », relate l’ex-officier.
Le Canada avait envoyé quelques dizaines de militaires, qui se sont rapidement illustrées, selon lui.
« Ils ont accompli certaines des missions les plus difficiles sur les plus grandes distances, raconte-t-il. Tous les types de missions : reconnaissance stratégique, action directe, interception de véhicules, grimper dans les montagnes pour identifier les bons et les méchants en bas, entrer dans un village pour attraper un ennemi… »
PHOTO ARCHIVES U. S. ARMY SGT. JOHN P SKLANEY III, 2-45TH AGRIBUSINESS DEVELOPMENT TEAM
Robert Harward serre la main du lieutenant-colonel de l’US Air Force Marchal Magee, tandis que le lieutenant-colonel de l’US Army Steve Boesen attend de saluer Harward.
Au cours de l’année 2002, le JTF-2 est devenu l’équipe de choix de la coalition pour les missions de dernières minutes en territoire hostile.
« Quand on leur donnait une mission – et il s’agissait parfois de missions très urgentes – ils étaient très rapides à obtenir l’approbation des dirigeants politiques pour agir. Ils pouvaient se retourner en une heure, parfois encore plus rapidement », explique Robert Harward.
Les militaires d’autres pays devaient souvent composer avec des délais plus longs pour obtenir un feu vert. « Quand on leur donnait une mission, ça leur prenait un jour ou deux avant de parler avec leur gouvernement et obtenir l’approbation », poursuit-il.
« J’étais très reconnaissant »
« J’étais très reconnaissant, car le professionnalisme et les capacités de vos forces sont remarquables. Et pas seulement les tireurs, mais le personnel de soutien aussi », souligne le vice-amiral à la retraite.
Pendant l’entrevue, Robert Harward se met à fouiller dans son téléphone et retrouve une photo prise en Afghanistan avec les commandants des forces spéciales de chaque pays qui se battaient à ses côtés. « C’était lorsque nous avons capturé l’aéroport de Kandahar », dit-il.
La photo est autographiée par le lieutenant-colonel Michael Beaudette, des Forces armées canadiennes. « Il incarnait le professionnalisme et la compétence. J’avais une confiance totale en lui et il était si important pour nos opérations », se remémore Mr Harward.
PHOTO FOURNIE PAR L’AMIRAL À LA RETRAITE ROBERT HARWARD
Les commandants des forces spéciales des sept pays alliés après la prise de l’aéroport de Kandahar en 2002.
Au départ, le gouvernement canadien n’avait pas publicisé le déploiement du JTF-2 en Afghanistan. C’est la publication d’une photo prise par un photojournaliste de l’Associated Press qui avait révélé au grand jour la présence des commandos canadiens.
Sur la photo, les militaires portent des tenues de camouflages vert forêt, plutôt que les uniformes couleur sable que revêtaient les Américains dans le Sud de l’Afghanistan. La couleur des uniformes avait suscité des discussions au Canada. Notre armée s’habillait-elle de façon inadéquate ?
« Ça ne dérangeait pas, parce que nous opérions de nuit ! La couleur de l’uniforme ne change rien dans le noir. C’était notre avantage : avec les lunettes de visions nocturnes, nous pouvions voir les ennemis. Dès que le soleil se couchait, nous étions sur le terrain. Et nous essayions d’être partis avant que le soleil se lève », raconte-t-il.
Une décoration du président George W. Bush
La suite de l’implication canadienne en Afghanistan a suscité son lot de controverses. Le nombre de victimes canadiennes et civiles, l’occupation du pays par des troupes étrangères, le mince bilan des efforts de reconstruction et le retour au pouvoir des talibans en 2021 ont laissé un goût amer à plusieurs. Robert Harward dit être conscient par ailleurs que le traitement des prisonniers a provoqué des frictions.
Mais il maintient à ce jour que l’assaut de 2001-2002 mené par les unités spéciales dans le sud du pays a été un succès sur toute la ligne. « Je ne vois pas comment ça pourrait avoir été mieux. Nous avons accompli toutes les missions qui nous étaient assignées, à coup de cinq ou six par nuit. Nous n’avons jamais perdu un seul homme. Je n’ai jamais vu un tel bilan », dit-il.
Après son retour aux États-Unis, il a tenu à ce que l’aide canadienne soit soulignée.
« J’étais à la Maison-Blanche, en réunion avec le président Bush », se souvient-il. La discussion portait sur la « Presidential unit citation », une décoration remise par les présidents américains à des unités militaires ayant démontré un « héroïsme extraordinaire ». Harward a fait remarquer au président que tous les membres de son groupe, y compris les militaires des pays alliés, méritaient la décoration.
« Il a répondu : “Oh, je ne savais pas ça ! Je pourrais donc la remettre à tout le monde, d’accord ?” Et il s’est rendu en Californie et nous avons réuni tout le monde et nous avons eu une célébration. »
C’était seulement la deuxième fois depuis la Seconde Guerre mondiale que la décoration était remise à des militaires canadiens par un président américain.
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