Pas de marge de manoeuvre pour des promesses coûteuses

Le rapport de la vérificatrice générale sur les finances publiques confirme que le Québec navigue en eaux troubles et fait face à des défis considérables. Si le ministre des Finances, Eric Girard, tente de rester positif, les projections financières ne sont pas rassurantes.
L’analyse de la vérificatrice générale, Christine Roy, déposée lundi, est très riche en informations fondamentales sur l’état de santé des finances et de l’économie du Québec. Certes, les prévisions financières du gouvernement sont plausibles, mais il y a des défis à relever et des écarts à résorber pour atteindre l’équilibre budgétaire, qui nécessiteront des efforts importants.
Sans vouloir dresser un portrait trop sombre de la situation, la vérificatrice générale met en lumière plusieurs indicateurs qui montrent combien, structurellement, le Québec fait face à des vents contraires de plus en plus forts. Pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2029-2030, comme prévu par le gouvernement, les choix à faire risquent de faire mal.
1- Austérité?
D’abord, sur le plan des dépenses, la croissance prévue dans les prochaines années n’est pas sans rappeler les années de rigueur, que certains ont nommée austérité, sous le gouvernement de Philippe Couillard. Ça pourrait amener une réduction de financement de certaines activités ou de programmes, et ça pourrait toucher certains bénéficiaires
, a dit Christine Roy en entrevue à Zone info, lundi.
Pendant 10 ans, de 2016 à 2026, le taux de croissance moyen des dépenses de portefeuilles s’est élevé à 6 %. Aujourd’hui, le ministre Girard prévoit une hausse moyenne de 2,3 % pour les trois prochaines années, soit de 3,4 % en 2026-2027, de 2,5 % en 2027-2028 et de 1 % seulement en 2028-2029, un niveau sous l’inflation attendue, d’environ 2 %.
2- Des trous dans le plan de match
La vérificatrice générale affirme que le gouvernement doit fournir des efforts budgétaires de 3 milliards de dollars en 2028-2029 pour atteindre ses objectifs, ce qui s’ajoute à un écart à résorber, c’est-à-dire une somme non identifiée pour respecter les objectifs financiers. Cela a pour conséquence qu'il faut trouver presque 5 milliards de dollars pour atteindre les objectifs prévus.
Elle écrit : Une part importante des efforts à réaliser ne reposent sur aucune mesure définie. L’ampleur des mesures qu’il reste à déterminer n’est pas divulguée. L’absence de ces mesures s’ajoute au fait qu’il y a également un écart à résorber de 1,85 milliard $ en 2028-2029 pour que le solde budgétaire prévu soit atteint.
Est-ce que le travail du ministère est incomplet?
Je ne suis pas d’accord avec elle, a dit le ministre Eric Girard à Zone économie, lundi soir. On a déjà terminé l’examen des dépenses fiscales. Elles augmentaient de 7 % par année, ce sera 2 % à l’avenir.
Il reconnaît néanmoins qu’il y a encore des efforts à identifier
.
La vérificatrice générale ajoute également que la cible de dette prévue en 2038 par le gouvernement nécessiterait l’atteinte du déficit zéro durant neuf années consécutives, ce qui serait du jamais vu.

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3- Économie au ralenti
En ce qui a trait aux revenus, beaucoup d’indicateurs montrent un ralentissement dans la demande intérieure, en plus d’investissements résidentiels qui seront en baisse au cours des quatre prochaines années. La contribution de la consommation des ménages au PIB québécois est appelée à diminuer, tout comme les investissements des gouvernements et des entreprises.
La vérificatrice générale prévient qu’un ralentissement marqué de la croissance des revenus autonomes, excluant les revenus provenant des entreprises de l’État, s’annonce.
La croissance des revenus autonomes (excluant les entreprises du gouvernement) ne sera que de 3,3 % en moyenne de 2026-2027 à 2028-2029 contre 6,2 % lors des cinq années précédentes et 4,4 % lors de la décennie de 2010 à 2020.
4- Déclin démographique
La stagnation de la population freinera l’économie du Québec, justement sur le plan de la demande intérieure que nous venons d’évoquer. De 2025 à 2029, le nombre de personnes âgées de 20 à 64 ans va décroître de 3,8 % alors qu’il va augmenter de 10,2 % chez les 65 ans et plus, et de 20,2 % chez les 85 ans et plus.
Dans l’ensemble, la diminution du nombre de personnes en âge de travailler créera une pression à la baisse sur l’emploi, alors que la forte croissance du nombre de personnes âgées va créer une pression à la hausse sur les services publics, notamment en santé et services sociaux
, écrit la vérificatrice générale du Québec dans son analyse.
Le ralentissement de l’immigration, le nombre de décès qui dépasse depuis deux ans le niveau des naissances et le vieillissement de la population représentent un poids structurel important sur les finances publiques du Québec.
5- Incertitudes
À tout cela s’ajoutent des incertitudes multiples qui ont un impact bien réel sur l’économie du Québec. L’ajout de tarifs douaniers de 50 % par les Américains ferait passer le taux effectif sur les biens exportés aux États-Unis de 7 % à un peu plus de 11 %. Le Québec serait ainsi la province la plus touchée au Canada.
Les sommes astronomiques nécessaires pour entretenir les infrastructures, le niveau des transferts d'Ottawa et l'inflation générée par la guerre en Iran représentent également des facteurs d’incertitude et des pressions sur les finances du Québec.
Alors, le ministre Girard est d’avis que les finances publiques sont en ordre, mais force est de constater que le chemin vers l’équilibre budgétaire sera cahoteux. Le gouvernement se trouve dans une situation où il devra composer avec une croissance économique plus faible et l’obligation de mieux contrôler ses dépenses pour atteindre ses cibles financières.
Cela n’a pas empêché Christine Fréchette de dépenser 799 millions de dollars de plus que prévu dans le budget, en annonçant notamment un crédit pour l’accès à la propriété, un versement spécial pour l’épicerie et l’énergie, la détaxation de certains produits, un rabais sur les droits d’immatriculation et une baisse d’impôt pour les PME.
À la lumière du rapport préélectoral du ministère des Finances et de l’analyse de la vérificatrice générale, les partis politiques n'ont clairement pas la marge de manoeuvre pour annoncer des promesses coûteuses durant la campagne électorale qui s’amorcera dans les prochains jours.
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