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Saturday, September 26, 2026

Aqueducs vétustes à Montréal | Pas d’eau, pas de réponse

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À Montréal, les nids-de-poule, les cônes orange et la saleté sont visibles un peu partout. Ils font partie d’un paysage qu’on trouve de plus en plus normal. Et puis, il y a ces autres problèmes, moins apparents, mais tout aussi gênants pour notre métropole.

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Prenez l’eau potable.

Même si l’eau est essentielle à la vie, elle ne se rend pas toujours au 4e étage d’un immeuble de 16 logements du centre-ville depuis… la fin mai. La pression n’est pas assez forte.

Certains jours, il est impossible d’utiliser la toilette ou de prendre une douche. Parfois, un filet permet à peine de se laver les mains. « Ça part et ça revient », déplore Cécile Brault, gestionnaire des lieux et femme du propriétaire. Malgré son acharnement, elle n’arrive pas à obtenir de réponses de la Ville, ce qui, en soi, est un autre échec municipal. Elle a eu beau composer le 311 à répétition tout l’été, rien ne bouge.

L’un de ses locataires, Quentin Veyrat, se sent « complètement abandonné par la Ville » qu’il juge « totalement perdue » depuis le début, dans ce dossier.

Il a tout documenté, fait des vidéos, écrit un courriel et téléphoné au 311. Il s’est aussi rendu au bureau de l’arrondissement, croyant que la personne sur place serait gênée de rester les bras croisés. Il a même demandé conseil au Comité logement du Plateau Mont-Royal, celui de l’arrondissement de Ville-Marie étant fermé.

Malgré ses démarches, le Montréalais a dû prendre sa douche au gym ou à la piscine publique, comme d’autres locataires à son étage, à moult reprises depuis juin.

Qu’est-ce qui provoque cette pénurie d’eau intermittente ? Après quelques journées de recherches, la Ville a fini par me préciser que le manque de pression s’explique par la fermeture simultanée de deux conduites, dont celle sous l’avenue Atwater.

« Ces fermetures sont survenues dans un secteur hydraulique extrêmement complexe, si bien que nos modèles prédictifs n’ont pas permis d’envisager un tel impact si localisé », reconnaît l’administration municipale. On ne m’a pas dit combien d’adresses sont touchées ni de date précise de rétablissement. Le calvaire finira « lors de la remise en service prochaine de la conduite sous l’avenue Atwater ».

En attendant, des Montréalais n’ont pas toujours assez d’eau pour faire cuire des spaghettis et laver leur vaisselle, à moins de faire des réserves. C’est ce qui arrive dans cette grande ville qui souffre d’un déficit d’entretien astronomique.

Il y a une dizaine de jours, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, et la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, ont justement uni leurs voix pour interpeller Québec au sujet du piètre état des infrastructures municipales. Elles réclament une aide financière « pérenne ». L’Union des municipalités du Québec calcule qu’il faudrait 50 milliards pour effectuer les mises à niveau requises dans la province.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, ARCHIVES LA PRESSE

« Après quelques journées de recherches, la Ville a fini par me préciser que le manque de pression s’explique par la fermeture simultanée de deux conduites, dont celle sous l’avenue Atwater », écrit Marie-Eve Fournier.

En évoquant les travaux d’aqueduc d’urgence sous l’avenue Atwater, la mairesse Martinez Ferrada a déclaré qu’il était « quand même assez incroyable que la deuxième plus grande ville du Canada, Montréal, ait eu un risque réel de manque d’eau potable ». Elle ne croyait pas si bien dire. En réalité, certains de ses citoyens ont manqué d’eau certaines journées et ce n’est pas fini.

Ce service essentiel ne devrait pourtant pas dépendre de la hauteur de ses robinets par rapport au niveau de la rue.

Même si elle gagne en intérêt, la question des infrastructures est loin d’être sexy. Avez-vous parlé du point de presse des mairesses en famille ? Autour de la machine à café ? Les contribuables développent généralement leur passion pour la chose le jour où leur sous-sol est inondé à cause des égouts vétustes.

Cécile Brault, elle, n’a pas le choix de s’intéresser à l’état des tuyaux du centre-ville. D’abord parce qu’elle est prise en étau entre ses locataires et la Ville. Ensuite parce que l’immeuble qu’elle habite, sur le boulevard De Maisonneuve, manque lui aussi d’eau, à l’occasion ! « Des fois, la pression est très basse, des fois, c’est coupé totalement. » Résultat, elle se douche au YMCA. Sa réaction, à mon grand étonnement, est celle d’une personne résignée. « La Ville n’est pas capable de nous donner du service, alors on s’arrange… »

La Montréalaise est moins patiente envers le 311, qu’elle dit avoir appelé plus de 20 fois.

« Au 311, je ne sais pas ce qu’ils font là, mon Dieu Seigneur. Ils prennent les messages, mais disent qu’ils ne peuvent rien faire pour nous. Pourquoi appeler le 311 d’abord ? » Cécile Brault déplore que personne ne la rappelle, pas même l’inspecteur venu constater la situation en juin qui lui avait laissé son numéro de téléphone et promis un suivi. La Ville rétorque qu’elle a effectué « plusieurs suivis internes ».

J’ai publié une chronique⁠1 au printemps sur l’un des grands paradoxes de notre époque. Tout le monde se promène avec un téléphone, l’IA peut répondre en trois secondes à nos questions, l’internet nous permet d’échanger avec des personnes à l’autre bout du monde. Nous vivons à l’ère des communications. Mais nous n’avons jamais eu autant de mal à parler de vive voix avec la bonne personne, celle qui va répondre à nos questions et résoudre notre problème.

On peut comprendre qu’un réseau vieillissant ait des ratés. Mais si l’eau courante est un service essentiel, les réponses devraient l’être aussi.

1. Liser la chronique « L’ère des communications, mon œil ! »

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