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Sunday, October 25, 2026

Les fossiles du Pérou pour comprendre le changement climatique

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Dans la réserve nationale de Paracas, au sud de la capitale Lima, les fossiles étudiés par les paléontologues sont uniques au monde. L’étude des temps anciens leur permet de comprendre un peu mieux les changements climatiques.

De notre correspondant à Lima,

Le calme du désert est d’un seul coup interrompu par la voix de Rodolfo Salas : « Vous trouvez quelque chose par là-bas ? » Le paléontologue péruvien se repère à partir de son téléphone et de ses coordonnées GPS. Après une petite centaine de mètres, il s’accroupit et sort un petit pinceau : « Ici, l'érosion a un peu abîmé une partie du crâne, mais ce que l’on voit, c'est bien un dauphin », constate-t-il, soit une preuve de la vie passée extrêmement florissante.

« Le Pérou est l'un des endroits au monde les plus riches, et où les espèces marines du Cénozoïque sont le mieux préservées », explique Rodolfo Salas. Avant que ce soit une grande étendue de sable, une mer recouvrait la Terre, quelques millions d’années avant que ce soit le Pérou.

Ces vestiges du passé l’aident à comprendre le présent : « Nous avons, sur la côte péruvienne, un registre extrêmement complet des changements environnementaux, climatiques et faunistiques survenus au fil du temps. » Rodolfo Salas sort ensuite une petite pipette et dépose quelques gouttes de glue sur le fossile, pour éviter l’érosion et conserver les ossements dans ce désert balayé par les vents.

Les fossiles : vieux témoins du passé

Parce que ces fossiles sont de vraies archives des temps passés. « C’est comme si on ouvrait un livre d’histoire à chaque fossile », image Rodolfo Salas. Il en a lu un chapitre précis, sur les crocodiles marins de Sacaco, plus au sud du pays. Il y a environ quatre millions d’années, cette espèce disparait de toute la côte péruvienne, et même du reste de la planète. « On pourrait penser que c’est la baisse des températures, parce que ce sont des animaux de zones chaudes. Mais nos analyses suggèrent que ce n’est pas la principale raison. C’est plutôt la perte d’habitat. » À l’époque le climat se refroidit, la glace gagne les pôles, le niveau de la mer baisse, et les milieux côtiers, les plus riches en vie, disparaissent avec le recul de l’eau.

Pour le paléontologue, c’est l’une des leçons qui valent aussi pour aujourd’hui : « Si maintenant, que ce soit par la pollution, l’activité humaine ou la surexploitation, on détruit les milieux côtiers, cela peut être bien plus dangereux même que le changement climatique. »

La perte d’habitat, la dégradation des écosystèmes et l’adaptation ou non des espèces se lisent dans les temps passés et peuvent donc être étudiés précisément.

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Initier les plus jeunes aux temps anciens

Une mission pour les scientifiques péruviens de demain. Des projets pour les former se mettent déjà en place au Pérou. Dans les jardins du musée d’Histoire naturelle, où les chants des oiseaux masquent difficilement le bruit incessant des klaxons des rues de Lima, des lycéens écoutent attentivement des chercheurs en paléontologie. Ils sont une trentaine, entre 15 et 17 ans, à participer au Jurassic Camp. Une semaine de découverte de la paléontoclimatologie mise en place dans le cadre du projet Changement climatique et Sciences en Amérique latine : éduquer pour un futur meilleur (CSIELO) portée par l’Institut de recherche pour le développement et l’Office pour l'éducation climatique (OCE).

Christian, 16 ans, n’avait d’abord pas l’air emballé, mais a terminé la matinée le nez collé à la vitrine pleine de fossiles : « En fait, c'est une science plutôt intéressante, et comme je suis fan de Jurassic Park et de ce genre de films, je suis ravi de participer à cette initiative. » Les jeunes chercheurs qui accompagnent les élèves veulent transmettre leur savoir : « Beaucoup de ces jeunes vont occuper des postes importants, peut-être politiques, et les gens qui prennent les décisions finissent aussi par omettre cette information », s’enthousiasme Camila Zamora Vega, chercheuse qui part terminer ses études dans la prestigieuse université de Cambridge. « C’est bien que l’on montre ça aux lycéens, pour qu’ils commencent déjà à penser et à incorporer le concept que le passé ça compte », continue-t-elle.

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Le Pérou comme laboratoire de paléontologie

C’est déjà une piste que rêve d’explorer Daniela. À la fin de la semaine, elle y voit plus clair : « Maintenant que j'ai pu explorer les fossiles, les découvrir, les toucher, les étudier, la science m'attire beaucoup plus, indique-t-elle. Grâce à la paléontologie, nous pouvons anticiper ce qui pourrait se passer dans le futur, à partir de ce qui s’est produit dans le passé. Le tout en étudiant des fossiles dans leur propre pays, comme s’enorgueillit Julieth : « J'ai appris cette semaine que le Pérou était une Lagerstätte : un lieu où les fossiles sont exceptionnellement bien conservés, ce qui a permis la découverte de nouvelles espèces, affirme-t-elle, ébahie par la multitude de découvertes faites au Pérou. C'est ça, la particularité du Pérou : il a toujours réuni des espèces très singulières et très intéressantes. »

Tous ont maintenant conscience que le réchauffement climatique n’implique pas uniquement les changements de température, mais aussi la modification de nombreux écosystèmes. Et cela entraine la possible extinction de nombreuses espèces, notamment au Pérou qui est l’une des plus grandes réserves de biodiversité au monde.

Rodolfo Salas, accueilli en star par les étudiants, espère que ce genre de projets leur donnera le goût de la recherche scientifique au Pérou. Pour lui, tout passe par la formation : « Plus il y aura de personnes, de scientifiques, de paléontologues, plus nous pourrons protéger les fossiles. » Mais le Pérou connait une grave crise politique depuis plus de 10 ans : la recherche en pâtit et perd chaque année de nouveaux financements.

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