Espagne, Grèce, Portugal: face à la crise du logement, des revendications variées mais une colère commune

De l’Espagne à la Grèce, en passant par l’Italie et le Portugal, ces dernières semaines, les militants pour le droit au logement assiègent les rues pour dénoncer la hausse des loyers et les difficultés d’accès aux logements. Une mobilisation européenne qui laisse place à diverses revendications.
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C'est une colère que les Européens partagent malgré eux. Dans plusieurs pays du Vieux continent, il est compliqué de trouver un toit à prix abordable, surtout en zone urbaine, en particulier pour les étudiants et les jeunes actifs.
Entre 2015 et 2024, le prix du logement dans l’Union européenne a augmenté de 53 %. Le Portugal, lui, a atteint une hausse de 124,4 % sur cette même période. Ce constat s’explique entre autres par le décalage entre l’offre et la demande. Dans les grandes villes, la hausse des loyers oblige les habitants à faire des choix difficiles : consacrer une part croissante de leurs revenus à leur logement ou s’éloigner des centres urbains.
Selon Eurostat, en 2023, 31 % des Grecs consacraient 40 % de leurs revenus à leur loyer. L’un des pourcentages recensés les plus élevés de l’Union européenne jusqu’alors.
Des centres-villes de moins en moins accessibles
S’ajoute à cette tension européenne la pression du tourisme. Car ces nations partagent un point commun : leur économie dépend fortement du secteur touristique. Cela entraîne une concentration de locations de courte durée dans les grandes villes, créant ainsi une concurrence entre les visiteurs et les résidents.
Les militants européens du droit au logement demandent de restreindre drastiquement ce système lucratif pour rendre les logements au marché locatif de longue durée. Ce phénomène pousse les municipalités les plus touchées à interdire le marché locatif de courte durée.
L’essor incontrôlé de ces locations saisonnières sévit notamment à Athènes, où des milliers de propriétaires ont retiré leurs biens immobiliers du marché traditionnel pour céder à la location de courte durée. Dans les alentours de l’Acropole grecque, une majorité des appartements sont dédiés au tourisme : de quoi créer une pénurie de logements de longue durée pour les locaux. La capitale grecque compte ainsi plus de 12 000 annonces actives sur la plateforme Airbnb en 2026, un total en hausse de 26,5 % depuis l’année dernière.
Du cortège traditionnel au campement de rue
Au-delà des divergences des revendications dans chaque pays, les mobilisations peuvent trouver des points communs. Le 3 octobre dernier, l’Espagne a connu un tournant de son histoire sociale. Après l’expulsion, le 23 septembre à Madrid, de Maricarmen Abascal, âgée de 87 ans et maintenant décédée, des syndicats de locataires ont appelé les Espagnols à se mobiliser.
Cette initiative a rassemblé des milliers de personnes dans plusieurs villes du pays pour réclamer un encadrement des loyers et une meilleure protection contre les expulsions.
Inspirée des campements espagnols, dont celui de l’emblématique Puerta del Sol à Madrid, depuis le 17 octobre, la capitale portugaise, Lisbonne, se mobilise elle aussi pour dénoncer la hausse des prix de l’immobilier. Sur la place du Rossio, quelques centaines de manifestants ont dormi à la belle étoile dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 octobre. Les militants pour le droit au logement ont renoncé pour cette énième nuit à dresser des tentes pour défier les forces de l’ordre sur place et faire entendre leur voix. « On m’a obligé à sortir dans la rue pour crier » ou encore « Lisbonne n’est pas à vendre », pouvait-on lire à l’aube, sur les pancartes brandies face aux forces de l’ordre sur la place.
Les étudiants en première ligne
Victime de plein fouet de la pénurie de chambres, en Italie la jeunesse milanaise, elle, a préféré s’installer devant les universités. Sa colère se cristallise principalement sur un scandale précis : celui de l’utilisation des fonds du plan de relance européen (PNRR). Les étudiants accusent le gouvernement Meloni d’avoir manqué à ses promesses de construire plus de logements publics abordables. À la place, il est mis en cause pour avoir financé des résidences étudiantes privées.
Un mode de fonctionnement qui séduit aussi la jeunesse grecque. Dans la soirée du 20 octobre, des étudiants installaient eux aussi leur tente sur la place Syntagma, en face du Parlement, à Athènes, et dans les rues piétonnes de Thessalonique, selon l’AFP. Des campements qui auront servi, mercredi 21 octobre, de point de départ à une manifestation nationale de grande envergure menée entre autres par les enseignants et les fonctionnaires.
« Ce ne sera pas une mobilisation isolée. Nous avons un plan pour poursuivre nos protestations », a promis Katia Koubousidou, présidente des étudiants de philosophie et de pédagogie de l’université Aristote de Thessalonique. Plusieurs mobilisations ont eu lieu cette même semaine pour dénoncer la hausse du coût des logements.
Des mesures « de long terme » pour répondre à la crise ?
Face à la colère des habitants, les gouvernements tentent tant bien que mal d’apporter des réponses, mais leurs stratégies diffèrent. En Espagne, le gouvernement de coalition de gauche mené par Pedro Sanchez est en première ligne. Après le rejet au Parlement le 2 octobre de premières mesures d’urgence visant à protéger les locataires, le Premier ministre a dû convoquer des élections générales anticipées dimanche 29 novembre.
À Athènes, le gouvernement reconnaît que les coûts du logement exerçaient une pression chez les ménages. Aux étudiants, la ministre de l’Éducation, Sofia Zacharaki, a indiqué que des projets d’une valeur de plus de 733 millions d’euros étaient en cours pour la construction de nouvelles résidences étudiantes et la modernisation des infrastructures.
Vie chère, crise du logement, inflation, la dynamique des revendications ne semble pas près de retomber, en témoignent les nouveaux appels à manifester en France et ailleurs.
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