Travaux d’urgence | Que faut-il faire du pont Honoré-Mercier ?

Il fait l’objet de rénovations depuis des années, mais le pont Honoré-Mercier est tout de même en piteux état, au point où il fera l’objet de travaux d’urgence ce week-end après la fermeture d’une voie. Comment expliquer sa dégradation ? Et à quoi faut-il s’attendre d’ici à son remplacement ? La Presse fait le point sur la question avec des spécialistes.
Publié à
En fin de vie utile
La première chose à comprendre, « c’est que le pont Honoré-Mercier est en fin de vie utile », résume l’expert en planification des transports Pierre Barrieau. La première version du pont remonte en effet à 1934. « Ça fait en sorte qu’aujourd’hui, il sera en rénovation éternelle jusqu’à ce qu’on le remplace, un peu comme l’autoroute Métropolitaine », évoque le spécialiste. Selon lui, le prochain gouvernement péquiste de Paul St-Pierre Plamondon devra potentiellement envisager des mesures spéciales dans les prochaines années pour le pont Honoré-Mercier, « un peu comme quand on avait acheté la super-poutre du pont Champlain en urgence ».
PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
La super-poutre du pont Champlain
Malgré tout, encore sécuritaire
Dans l’immédiat, des travaux de réparation seront menés en urgence ce week-end sur le pont, en raison de la découverte d’une fissure sur une poutre d’acier qui a forcé la fermeture d’une voie vers Montréal depuis mardi. Une fois les réparations terminées, l’ensemble des voies de circulation devrait être remis en service. N’empêche, la pression politique s’accentue depuis quelques jours pour remplacer la structure quasi centenaire. Le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) a d’ailleurs senti le besoin de préciser, jeudi, que « bien que certains éléments du pont puissent présenter des marques d’usure ou de corrosion, leur apparence ne reflète pas nécessairement leur état structural ». « Toutes les inspections et analyses effectuées par les experts confirment que le pont demeure sécuritaire », a ajouté le MTMD.
Vision « trop réactive »
Pour le professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal Jean-Philippe Meloche, « l’enjeu principal, c’est que l’on fonctionne beaucoup trop de manière réactive face à nos infrastructures au Québec ». « La réalité, c’est que beaucoup de gouvernements se disent : si j’attends un an ou deux, personne ne va s’en apercevoir, je vais avoir fini mon mandat et ce sera à un autre de gérer. On a une gestion des infrastructures qui est à courte vue, puis ça donne un rattrapage tellement important à faire », remarque-t-il. Pour s’attaquer au phénomène, M. Meloche appelle d’ailleurs à dépolitiser l’entretien des routes, « un peu comme on l’a fait avec Hydro-Québec ».
Trop de priorités
La situation du pont Honoré-Mercier s’explique aussi par une question de priorités, affirme M. Barrieau. Le ministère des Transports « a dû faire des choix », rappelle-t-il. « Honnêtement, je pense que si on n’avait pas eu les travaux d’urgence de remplacement du pont de l’Île-aux-Tourtes, on serait peut-être déjà en train de construire un nouveau pont Mercier », avance-t-il. Sur le site du gouvernement du Québec, on peut lire que le projet de reconstruction du pont Honoré-Mercier en est toujours « à l’étape de planification ». « Plusieurs études et inventaires sont nécessaires pour notamment bien comprendre le milieu dans lequel s’insérera la nouvelle structure », préviennent d’emblée les autorités.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Chantier du pont de l’Île-aux-Tourtes, en mai 2025
Rouvrir le débat sur les péages
Les deux experts s’entendent sur une chose : le contexte actuel appelle à une réouverture du débat sur les péages routiers, une idée déjà recommandée au gouvernement dans un récent rapport sur l’état des infrastructures québécoises. « Un gouvernement qui gère intelligemment l’ensemble des infrastructures pourrait choisir de les rendre payantes par des péages. Ça lui permettrait de rentabiliser son réseau, puis de pouvoir mieux prévoir les investissements », affirme M. Meloche. « Pour moi, il y a une réflexion à avoir, parce que les gouvernements du Québec et du Canada risquent d’être incapables de financer tous les travaux qui s’en viennent », ajoute M. Barrieau.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.