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Thursday, September 24, 2026

Notre sélection bédé de septembre

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Xavier Dorison et Louis-David Delahaye revisitent le procès de l’icône Jeanne d’Arc en 1431 en l’observant du point de vue de son accusateur. Les deux scénaristes placent ainsi Pierre Cauchon, évêque de Beauvais rallié aux Anglais, au cœur du récit. Le prélat est chargé de prouver que Jeanne d’Arc n’est qu’une hérétique. Mais ses certitudes vont peu à peu se lézarder devant la position inébranlable et la liberté de parole de la Pucelle d’Orléans. D’une taille imposante par son format, l’album fait penser à un ouvrage d’archives. Cauchon est-il un être mal intentionné ou, au contraire, un véritable enquêteur de la foi ? Les auteurs gardent le mystère, car ce qui les intéresse, c’est de faire le portrait d’un homme écartelé entre devoir religieux et conscience morale. Les audiences se révèlent un combat dans lequel la menace du bûcher n’est jamais très loin. Les planches de Joël Parnotte traduisent bien cette tension avec moult détails. Les couleurs sont directes et les cadrages cinématographiques font de cette fresque spectaculaire un témoignage à la fois humain et historique.

Ismaël Houdassine

Les couleurs de la colère

Tout commence par la mort de Philando Castile, un Afro-Américain tué par un policier lors d’un contrôle routier au Minnesota. Ben, jeune homme absorbé par son cellulaire, est alors projeté par son père dans l’histoire des résistances noires américaines. De Robert Charles, qui affronta la police à La Nouvelle-Orléans en 1900, à George Floyd, Ben Passmore relie plus d’un siècle de révoltes et de luttes pour l’émancipation. Formé au Savannah College of Art and Design, Ben Passmore est notamment l’auteur de l’acclamé Your Black Friend (Silver Sprocket, 2016). Il ne signe pas là un manuel, mais un essai autobiographique où Ben devient le double d’un artiste en quête d’une réponse aux stéréotypes imposés aux Noirs. Le trait, frontal et nerveux, épouse cette urgence. Le gris, le noir et le rose vif donnent forme à des foules compactes, à des corps caricaturaux et à des policiers monstrueux. Par leur grotesque inquiétant, ces figures évoquent certaines peintures de Philip Guston, où la caricature se transforme en arme contre la violence politique.

Ismaël Houdassine

Cachez ces œuvres que nous ne saurions voir

Nous avons célébré, cet été, le cinquantenaire des Jeux olympiques de Montréal. Si on s’est souvenu autant des exploits sportifs que des histoires de corruption, de dépassements de coûts et de ce stade qui ne sera jamais vraiment tout à fait terminé, on doit aussi faire un devoir de mémoire pour le démantèlement sauvage de l’exposition Corridart. Pensée comme une grande manifestation d’art public sur la rue Sherbrooke présentée en marge des Olympiques, l’exposition fut démantelée sauvagement, en pleine nuit, par des employés de la Ville de Montréal, sous les ordres du maire Jean Drapeau. Et pour comprendre le pourquoi du comment de ce gâchis, et ses conséquences pour les artistes qui ont vu leur travail littéralement mis aux poubelles, Marc Tessier et Siris nous présentent un album documentaire méthodique et bien fouillé. Le dessin de Siris, extrêmement évocateur de l’époque ici présentée, est tout à fait dans le ton, alors que Tessier a su élaguer avec soin un texte qui aurait pu facilement se perdre dans la complexité de toute cette triste histoire.

François Lemay

Si Pupilles, de Jeik Dion, Cab et Gautier Langevin n’est pas à proprement parler une adaptation du roman 10-30, publié cet été par ce dernier, il se déroule dans le même univers futuriste à la limite du monde apocalyptique. Nous sommes donc en 2070, dans un univers où les frontières canado-américaines ont été redéfinies et où les paris, les jeux vidéo et les investissements en Bourse sont les seuls moyens de gagner un tant soit peu sa vie. À travers ça, Cameron Pilot, 15 ans, rêve d’être recrutée par le projet Pupilles et de devenir, par le fait même, joueuse professionnelle. À mi-chemin entre les mangas et les films du genre Ready Player One, le triumvirat d’auteurs maîtrise parfaitement les codes inhérents au genre. Et si on ne révolutionne rien en matière de storytelling, et ce n’est pas ce à quoi on s’attendait, le rythme est assez soutenu pour nous permettre de tolérer toutes les informations qui nous sont données lors des balbutiements de ce que l’on devine être le premier album d’une série. À suivre !

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