Au FNC, le cinéma canadien à l’avant-plan
Depuis maintenant 55 ans, le Festival du nouveau cinéma (FNC) présente des œuvres locales et internationales qui se veulent originales, libres — « nouvelles », en somme. Mais alors qu’au Québec, la tendance, compréhensible, fait généralement en sorte que les festivals généralistes proposent des sections consacrées au cinéma québécois, le FNC ouvre ses programmes « nationaux » au septième art canadien de tous horizons.
Cette année ne fait pas exception, d’autant que l’organisme offre son prix de carrière annuel au réalisateur torontois Atom Egoyan, un habitué du festival. Ce sera l’occasion de découvrir une copie restaurée de son chef-d’œuvre, The Sweet Hereafter, qui avait remporté trois prix à Cannes en 1997.
« Sans pouvoir m’avancer sur les motivations du FNC dans ses débuts, il m’apparaît évident que, dans la dernière décennie au moins, on a voulu se démarquer, tandis que les Rendez-vous Québec Cinéma, Regard ou Cinemania misent beaucoup sur le cinéma québécois », explique Émilie Poirier, responsable de la programmation par intérim pendant le congé de sa directrice artistique, Zoé Protat. Mme Poirier programmait auparavant surtout les courts métrages au FNC, et ce, depuis 10 ans.
Un cinéma encore marginal au Québec
La programmatrice, originaire du Saguenay, insiste sur l’importance historique du cinéma québécois pour le festival. Notons la présence de Fernand Bélanger, dès la première édition, en 1971. « Aujourd’hui, des titres comme Still Night, Burning House, de Carol Nguyen, qui s’était fait connaître pour son court métrage No Crying at the Dinner Table (2019), ou Les ombres lumineuses, de Nicolas Dufour-Laperrière, qui s’inspire de l’œuvre de Pierre Perrault, restent parmi les incontournables de notre compétition nationale de longs métrages », dit-elle.
N’empêche, le FNC présente comme chaque année des œuvres de différentes régions canadiennes. Dans cette même compétition, notons aussi Clubfoot (Nathan Donovan, Alberta), In the Heart of the South (Nyla Innuksuk, Nunavut et Ontario), Manhunt (Wayne Wapeemukwa, Colombie-Britannique), The Color of the Sun (Xavier Tera, Québec) ou encore Un feu au loin (Marlene Edoyan, Québec).
« C’est arrivé souvent qu’on sélectionne des films canadiens qui se sont ensuite retrouvés en salle au Québec précisément parce qu’on les avait d’abord fait découvrir ici, affirme Émilie Poirier. Les grands auteurs, même de Toronto, ne sont souvent pas distribués ici. On essaie donc de donner une idée de ce qui se fait à la grandeur du pays. Cela passe aussi, je pense, par le fait de ne pas toujours se limiter aux premières nationales et de collaborer avec d’autres festivals, comme ceux de Vancouver ou d’Halifax, pour s’assurer qu’on présente chacun les meilleures œuvres possibles sans trop se faire concurrence. »
Contacté par Le Devoir, Téléfilm Canada dit encourager ce genre d’initiative. Son Programme d’aide aux festivals exige par exemple que les films canadiens aient représenté au moins 15 % de la programmation d’un organisme au cours de l’année précédant sa demande. Selon la même logique, « pour être admissible au Programme d’aide à la diffusion en salle, un requérant doit avoir présenté un minimum de quatre longs métrages canadiens au cours de l’année précédente », précise Virginie Pichet, gestionnaire des communications externes. Téléfilm ne compile toutefois pas de données sur la diffusion au Québec de films provenant du reste du pays, tout en soulignant l’importance des festivals à cet égard.
Atom Egoyan récompensé
C’est d’ailleurs l’un des cinéastes canadiens les plus célébrés à l’international, Atom Egoyan, qui recevra mercredi prochain la Louve d’honneur du FNC. Joint au téléphone à Toronto, il explique « se souvenir très bien de [son] premier passage au Québec, alors que le FNC se déroulait au cinéma Parallèle ».
« Ce festival a même, en quelque sorte, changé ma vie, raconte-t-il. J’y présentais en 1987 mon deuxième long métrage, Family Viewing. Wim Wenders était invité la même année pour Les ailes du désir. Il y a remporté un prix d’une valeur de 5000 dollars. Et dans un élan de générosité qui m’a beaucoup touché, Wim a décidé de m’offrir son chèque parce qu’il avait beaucoup apprécié mon film. Parce que lui commençait à être connu, ce geste a été couvert dans les médias et m’a aidé à montrer Family Viewing dans d’autres festivals, notamment en Allemagne. »
Modeste, le réalisateur d’Exotica (1994) et de Chloe (2009) ne précise pas qu’il a lui-même, quatre ans plus tard, remis son prix à un cinéaste de Colombie-Britannique au FNC, avec une somme de 25 000 dollars.
Quoi qu’il en soit, Egoyan se dit « heureux d’accompagner le public montréalais dans une toute nouvelle restauration de The Sweet Hereafter, menée par Criterion Collection ». « J’ai moi-même été tellement inspiré par le cinéma québécois depuis Toronto dans les années 1970 et 1980. Je me sens de plus en plus à la maison ici. »
Le Festival du nouveau cinéma se déroule dans quelques salles de Montréal du 8 au 18 octobre 2026.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.