Meurtre de Josianne Faucher | L’accusé craque pendant son interrogatoire : « J’ai vu noir. »

David Tota fume une cigarette. Ça fait des heures qu’il discute avec l’enquêteur au lendemain du meurtre de son ex-conjointe. « Ça prend du courage. Je suis fier de toi », l’encourage le policier. Le fruit est mûr. David Tota craque et passe aux aveux.
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« J’ai vu noir. Je stab avec le couteau. C’est tellement rapide. C’était bang, bang et là c’est fait. Y’a rien de prédéterminé. C’est de la pure panique », avoue-t-il au sergent-détective (SD) Pier-Luc Brisson de la Sûreté du Québec.
David Tota prend une autre fumée de cigarette et poursuit son glacial récit.
Je pense que je lui ai donné trois coups. Un dans le torse. Elle était toute nue. On venait de finir de baiser. J’ai donné trois coups. Peut-être un dans la face. Elle a crié quand je suis venu avec le couteau.
Ces aveux constituent le point d’orgue de son interrogatoire policier, que le jury a visionné pendant trois jours cette semaine au palais de justice de Longueuil. David Tota, 40 ans, est accusé du meurtre non prémédité de son ex-conjointe, Josianne Faucher, dans la nuit du 8 au 9 avril 2024, à Candiac.
Selon la Couronne, l’enjeu du procès concerne « l’état d’esprit » de David Tota au moment de tuer la victime. Par ailleurs, Josianne Faucher a reçu 62 coups de couteau, et non deux ou trois, comme le prétend l’accusé, selon la Poursuite.
PHOTO TIRÉE DU FACEBOOK DE JOSIANNE FAUCHER
David Tota et Josianne Faucher
Tota raconte sa vie
Au fil de l’interrogatoire, le SD Brisson noue une relation de confiance avec David Tota. L’enquêteur n’hésite pas à lui parler de sa vie et de son enfance. « Aujourd’hui, j’ai parlé avec mon cœur. Je suis loin d’être parfait. J’en ai commis des erreurs », affirme l’enquêteur.
D’abord silencieux, David Tota finit par s’ouvrir sur sa vie et sa relation compliquée avec Josianne Faucher. Il se confie sur sa famille, son expulsion d’une prestigieuse école privée à l’adolescence et sur sa passion des paris sportifs. Il a d’ailleurs travaillé dans ce domaine.
L’enquêteur est empathique envers David Tota. Il l’écoute attentivement et l’encourage à se confier, lui touchant parfois l’épaule. Tout pour gagner sa confiance.
David Tota et Josianne Faucher – une femme de 27 ans qui travaillait dans une banque – ont formé un couple pendant quatre ans. Mais selon David Tota, Josianne était « mélangeante ». À un moment, elle lui a reproché de ne pas l’avoir demandé en mariage. Ensuite, elle voulait un enfant, puis elle n’en parlait plus.
D’ailleurs, à ses yeux, Josianne était « violente » et méchante avec lui. Il relate une fois où elle l’a aspergé d’un verre d’eau au visage. Il évoque aussi du « griffage » et du « serrage d’ongles ».
Quand Josianne Faucher met fin à leur relation, à la fin février 2024, David Tota le prend très mal. D’ailleurs, il admet l’avoir harcelé par texto durant cette période. « Je lui ai déjà dit : “Tu es une salope”. J’étais fâché. Tu me niaises. Tu joues avec émotions », raconte-t-il, en fumant une cigarette.
PHOTO TIRÉE DU FACEBOOK DE JOSIANNE FAUCHER
Josianne Faucher
« La fille joue avec mes sentiments »
Après leur rupture, les deux habitent toujours au même appartement, à Candiac, jusqu’à fin du bail. Josianne Faucher s’absente parfois pendant quelques jours. David Tota semble néanmoins s’accrocher à l’espoir de sauver son couple. D’ailleurs, le soir fatidique, ils vont ensemble dans un magasin de jouets sexuels, puis au restaurant.
À leur retour au condo, ils ont une relation sexuelle. Mais un conflit éclate. Selon l’accusé, Josianne Faucher lui arrache des mains son cellulaire pour « tout checker » son contenu. Elle menace même d’appeler la police. « Elle essayait de me griffer, de m’agripper. Tout pour avoir le cell en sa possession », raconte l’accusé à l’enquêteur.
Ils se « débattent » ensuite pendant « 3-4 minutes » pour la possession du cellulaire.
« La fille joue avec mes sentiments, tu veux que je fasse quoi ? », s’interroge-t-il à voix haute.
C’est là que David Tota prend un couteau dans la cuisine. « Pas un gros couteau de viande. Un plus mince », décrit-il à l’enquêteur. Puis, il se dirige dans la chambre de Josiane.
« J’ai vu noir. J’ai juste vu noir », lâche David Tota.
L’enquêteur saute sur l’occasion et encourage le suspect à poursuivre son récit.
« C’est du courage avec du gros C. C’est pas tout le monde qui est capable d’assumer, avec autant d’aplomb », souligne l’enquêteur.
Pris de « panique », David Tota se rend dans un club de danseuses. « J’ai pris 2-3 danses », dit-il. Il stationne ensuite sa voiture, sans plan précis, à l’aéroport Montréal-Trudeau. Sur des images présentées au jury, on peut le voir en pleine nuit faire les cent pas dans des hôtels de l’aéroport.
Selon David Tota, Josianne Faucher l’a « poussé au maximum ».
« C’est comme si elle prenait ta tête et te câlissait dans l’eau pendant une minute », décrit-il à l’enquêteur, en mimant la scène.
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