«C’est parti!»: l’appel à la piste de danse de Lydia Képinski
Lydia Képinski veut voir son public suer. Quatre ans après son deuxième album, l’indie-pop Depuis, l’artiste revient avec un disque nommé C’est parti !, point d’exclamation inclus. Sur 13 pièces, la jeune Gémeaux balance des rythmes inspirés de l’âge d’or de la musique EDM des années 2010 à un rythme effréné.
« On dirait que pour Depuis, je voulais créer la meilleure œuvre, quelque chose de recherché et de complexe, explique-t-elle depuis le studio montréalais Makina. Mais là, je voulais faire quelque chose d’extrêmement simple, de très fonctionnel. Je veux faire quelque chose qui va me motiver, me faire plaisir, plus “dans ta face”, avec moins de mots. »
Terminé, donc, les grandes envolées d’autrice-compositrice-interprète. Inspirée par la musique de club européenne, efficace et formatée pour le plancher de danse, Lydia Képinski a laissé tomber les pièces de plus de trois minutes trente. L’écriture est plus directe, les introductions sont plus courtes et le rythme ne descend pratiquement jamais sur un album à la direction extrêmement claire et précise.
« Avant, je me disais qu’il n’y avait aucune limite, explique-t-elle au sujet de son processus de création. Mais cette fois-ci, je me suis forcée à m’en mettre. Des fois, de se mettre des limites comme ça, c’est aussi jouer de sa propre liberté. Dans le sens où je n’étais pas obligée de faire ça, mais je l’ai décidé pour faire quelque chose de plus conceptuel. »
Prise de court
De toute évidence, il y a une forte demande pour de la musique électronique énergique et sans compromis. Il y a deux ans à peine, alors que Lydia savait déjà quelle direction prendrait son troisième opus, la Britannique Charli XCX obtenait un succès monstre avec son album Brat. L’album mêlait habilement hyperpop déjantée et textes brutalement honnêtes. Au même moment, au Québec, des artistes comme Virginie B, BéLi et thaïs étaient sur le point de présenter leurs propres visions d’une musique électro-pop capable d’écorcher au passage. Les deux dernières l’ont d’ailleurs fait avec l’aide de Blaise Borboën-Léonard, complice de longue date de Lydia Képinski.
« Quand Brat est sorti, je me disais : “Ah non, tout le monde va se mettre à faire ça”, “tout le monde va penser que je suis une tendance”. » Deux ans plus tard, elle parvient à avoir un recul nécessaire. « Je n’ai pas besoin de revendiquer d’être à l’avant- ou l’arrière-garde d’un mouvement quand personne ne sait combien de temps il va durer. J’ai la prétention de croire que je peux exister en retrait de ces modes-là. »
Si Lydia semble plus confiante en entrevue aujourd’hui, elle avoue quand même avoir eu plusieurs doutes durant la création de l’album. « Est-ce que je vais être capable de rallier les gens qui n’écoutent pas nécessairement cette musique-là, ceux qui considèrent la musique eurodance comme quelque chose de très daté ? Il y a toujours eu une touche électronique, mais il y avait aussi de la guitare, des influences plus indie-rock. Est-ce que des gens vont moins me suivre parce qu’ils aimaient le côté littéraire de ce que je faisais avant ? Je pense que c’était plus cette prise de risque là qui m’angoissait. »
De Vaslaw à Gdańsk
Ce virage électronique ne vient pas de nulle part. Déjà, en 2019, Lydia Képinski a fait paraître Premier juin remix, projet dans le cadre duquel huit producteurs ont remanié les pièces de son premier disque. Mais c’est durant la tournée de son album Depuis qu’elle a davantage pris une tangente dance. « Pendant le spectacle, sur Vaslaw, qui était la dernière chanson, on faisait un gros jam à la fin. Et avec le temps, je me disais que ce serait cool si le jam devenait plus comme la musique de Rihanna des années 2010. J’avais tellement de plaisir pendant ce moment-là. »
Lydia ne s’en cache toutefois pas : elle s’identifie toujours aussi fièrement comme une emo girl, tant dans ses paroles que par sa personnalité. « Je suis vraiment la personne la plus romantique, au sens baudelairien du terme. Amoureux transis, pensées sombres, un amour qui dévore et fait mal. La couleur noire, des corbeaux, du sang, une forêt sombre… Ça, ça va toujours rester au cœur de ce que j’écris. »
Dans toute cette noirceur, l’artiste semble avoir trouvé une source de lumière depuis son dernier projet. C’est qu’après de nombreuses années à enchaîner, de son propre aveu, des relations courtes et intenses, elle sort depuis cinq ans avec un certain William, enseignant de mathématiques. « Ça m’a offert la stabilité émotionnelle qui m’a permis de faire cet album. Il s’est passé plein de choses vraiment étranges dans ma vie, et c’était bien de pouvoir toujours revenir à cette personne-là. » Cette relation a directement influencé plusieurs pièces, comme À l’extérieur, Harfang et, bien sûr, William.
Le jour de l’entrevue, l’artiste blond platine préparait avec ses musiciens son nouveau spectacle, qu’elle qualifie de « sportif ». « Ça va être intense, suant. J’ai pas hâte de jouer ça en canicule. J’aimerais mieux jouer ça à l’air climatisé ou, si c’est en festival, évidemment, la nuit tombée, parce que ça va être intense, et j’espère que les gens vont embarquer et suer et avoir chaud. »
C’est que, peu importe que l’art de Lydia Képinski soit simple ou compliqué, une chose est certaine : elle s’y investit toujours à 100 %.
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