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Friday, September 25, 2026

Un oubli nommé Montréal

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À 11 jours des élections, alors que les débats télévisés sont derrière nous, l’heure des bilans approche. Parmi les enjeux négligés de la campagne, la place et l’importance de Montréal, métropole culturelle et économique du Québec, ressort avec une désolante acuité.

Pour l’anecdote, le parcours des caravanes des cinq chefs est plutôt révélateur. Selon une compilation du Devoir, Québec a reçu deux fois plus de visites des chefs que Montréal (43 contre 21). La montée du Parti conservateur du Québec (PCQ) n’y est pas étrangère. Les faveurs des électeurs de la Rive-Sud de la région de Québec sont parmi les plus convoitées. Ce déséquilibre est dérangeant, voire insultant pour la région métropolitaine de Montréal, où se concentre la moitié de la population (4,6 millions de personnes) et plus de la moitié du PIB du Québec.

Les chefs ont négligé Montréal dans leurs déplacements. Québec solidaire (QS) fait exception avec la moitié de toutes ses visites à Montréal, où se concentre la majorité de ses appuis. Certes, bouder Montréal ne signifie pas pour autant que les chefs sont indifférents aux préoccupations de ses électeurs. C’est seulement qu’ils mettent de l’essence dans l’autobus pour aller à la rencontre des segments de l’électorat susceptibles d’améliorer leur représentation à l’Assemblée nationale. À ce chapitre, aucun parti n’échappe à ce calcul électoral.

Il reste difficile de dissocier ces stratégies d’un désintérêt général pour la métropole. Le refrain est connu. Les caquistes rêvent de Québec comme une deuxième métropole à bâtir, puisque la véritable métropole, Montréal, est dévorée par les affres du multiculturalisme. Les péquistes se tournent vers l’est de l’île et les régions. Les libéraux tiennent l’ouest de l’île pour acquis et placent le reste au rayon des pertes. Les solidaires peinent à sortir des quartiers centraux de Montréal. Et les conservateurs ne voient que trois ponts à Québec.

La métropole, sa culture vibrante et sa contribution à l’économie du Québec sont demeurées largement ignorées dans la campagne. Parlez-en à la mairesse, Soraya Martinez Ferrada. En début de campagne, elle a interpellé les partis afin qu’ils réinstaurent un « réflexe Montréal » dans les priorités. Elle a un peu, beaucoup, prêché dans le désert quant à sa volonté de retrouver le statut de partie prenante des solutions qui seront décidées pour Montréal.

C’est le cas en transport collectif, alors que l’expansion du réseau est famélique et que le déficit de maintien des infrastructures est criant. C’est le cas en itinérance, en logement abordable, en santé mentale et en dépendances, autant de « crises » permanentes qui parfois se chevauchent et s’entrecroisent. « Montréal a fait sa part. On a investi davantage, a dit la mairesse. Mais force est de constater qu’une large partie des réponses à ces crises relève du gouvernement du Québec. Ce n’est pas normal que les contribuables montréalais doivent compenser chaque fois que les ressources ne sont pas au rendez-vous. » Elle a parfaitement raison. Et les formations continuent d’ignorer Montréal, de parler pour elle ou contre elle.

Le Parti québécois (PQ) promet le prolongement du REM entre la station Honoré-Beaugrand et la Pointe-de-l’Île, puis vers Repentigny, ainsi que le remplacement des vieux trains du métro. La Coalition avenir Québec (CAQ) privilégie elle aussi un REM de l’Est jusqu’à Repentigny. Le Parti libéral du Québec (PLQ) veut d’abord bâtir un consensus sur le mode de transport, REM ou tramway. QS promet pour sa part un projet structurant et la remise en état du métro. Ces annonces ne dissipent pas les questions sur le financement, les échéances et la place du pouvoir montréalais dans les décisions.

Les crises de l’itinérance et du logement abordable ont aussi mobilisé l’énergie des chefs. La découverte d’un bambin d’un an au campement Notre-Dame a éveillé un sentiment d’indignation collective face aux atteintes à la dignité humaine que révèle chaque tente dressée dans un parc ou sur un terrain en friche. On nous promet des centaines de millions de dollars, des plans, des stratégies, des centaines de milliers de logements par année. On fera le tout sans creuser le déficit du Québec, ni augmenter les impôts, sans même égratigner la cote de crédit du Québec.

La crise de l’itinérance justifie depuis belle lurette la tenue d’un sommet que les partis se sont engagés à organiser dans l’avenir, à l’instigation de l’ex-première ministre Pauline Marois. Le gouvernement caquiste a un peu, beaucoup attendu avant de comprendre que les mesures ponctuelles et les bonifications d’enveloppes budgétaires ne génèrent pas l’effet d’une stratégie concertée.

En sillonnant le territoire, nos chefs ont perdu de vue que l’essor du Québec passe par une métropole forte, vibrante et en santé. Une pluie de promesses ne suffit pas. Il faut d’abord entendre la voix de Montréal et lui accorder une véritable place à la table des décisions. Il ne s’agit pas d’opposer la métropole aux régions, mais plutôt de reconnaître que leurs destins sont liés.

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