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Friday, September 25, 2026

Donald Trump et la maoïsation de l’Amérique

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Donald Trump a mis les petits plats dans les grands cette semaine à Washington afin d’accueillir le président chinois, Xi Jinping, pour un sommet sino-américain scruté à la loupe par le reste du monde.

Tout sépare ces deux hommes mis en tension par les guerres commerciales lancées par les États-Unis contre le reste du monde, par le bourbier israélo-américain en Iran, par une compétition existentielle dans le monde de l’intelligence artificielle et par les terres rares, minerais critiques pour l’industrie technologique américaine dont le leader chinois contrôle en grande partie l’approvisionnement mondial.

Mais devant les caméras, les États-Unis et la Chine vont certainement chercher à cultiver une image d’apaisement et de stabilité : les deux dirigeants en ont besoin pour traverser les crises qui se forment actuellement dans leur maison respective. Le ralentissement économique et le chômage croissant chez les jeunes dans l’empire du Milieu affaiblissent l’emprise du président chinois sur son peuple. L’augmentation du coût de la vie aux États-Unis a fait descendre la popularité de Donald Trump à son point le plus bas historiquement, et ce, à l’approche d’élections législatives qui s’annoncent complexes pour le parti au pouvoir.

Pourtant, les deux dirigeants pourraient facilement parler la même langue quand on regarde la manière dont Donald Trump mène la charge à l’intérieur et à l’extérieur de son pays lors de cette deuxième présidence. Une présidence au style brutal, qui n’est pas sans rappeler celle de Mao Zedong, en Chine, à une autre époque.

Les États-Unis seraient-ils en train de se « maoïser » par l’entremise du leader du mouvement MAGA ? Un début de réponse était déjà donné en 2017, au commencement du premier mandat du populiste, par le sinologue britannique Kerry Brown dans les pages du magazine The Diplomat. L’universitaire affirmait alors que le véritable « héritier moderne de Mao » n’était finalement pas Xi Jinping, mais plutôt Donald Trump. Il soutenait que le républicain marchait dans les traces du tristement célèbre autocrate chinois en partageant avec lui trois choses : son goût prononcé pour le culte de la personnalité, le déni des faits et la manipulation de la vérité, et sa propension à promouvoir deux idées contradictoires en même temps.

Le retour de l’ex-vedette de la téléréalité à Washington l’an dernier a accentué les points de comparaison, avec entre autres sa campagne de démantèlement de la fonction publique américaine orchestrée par le magnat de la conquête spatiale et de la voiture électrique Elon Musk. Annoncée en grande pompe, la purge a entraîné à ce jour une diminution de 12 % des effectifs dans l’appareil gouvernemental fédéral, selon les récentes données de l’Office of Personnel Management.

Dans un esprit très maoïste, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, avait également laissé entendre à l’époque que le gouvernement Trump pourrait fournir les usines américaines en main-d’œuvre avec cette fonction publique nouvellement licenciée.

Purge et satisfaction

Trump, Mao : « ces deux dirigeants prennent plaisir à démanteler les agences gouvernementales et à bouleverser les normes sociales et politiques », écrivait l’an dernier Lawrence MacDonald, ex-correspondant américain en Chine, sur la plateforme de blogage Medium. « Trump prétend détruire “l’État profond” pour “rendre sa grandeur à l’Amérique”, alors que ses véritables objectifs, comme ceux de Mao, sont de consolider son pouvoir et de punir ses ennemis, réels ou imaginaires. »

Cette punition passe également pour Donald Trump par des attaques ciblées contre l’élite américaine et les intellectuels. Les grandes universités en ont fait les frais, menacées de perdre une partie de leur financement à moins de prendre part aux guerres culturelles du populiste.

La pression s’est aussi amplifiée sur les journalistes et les grands réseaux défendant une couverture journalistique fondée sur les faits plus que sur les croyances du mouvement MAGA. La semaine dernière, la Maison-Blanche a exclu trois médias d’envergure, dont CNN et Politico, en raison de reportages jugés trop négatifs à l’égard des politiques de Donald Trump. Ils ont finalement été réintégrés jeudi en vertu d’une décision de justice.

Par esprit de vengeance, après avoir été marginalisé au sein du parti dans la foulée du désastre de son Grand Bond en avant, Mao avait pris ce même chemin de l’humiliation et de l’anéantissement de l’élite en lançant sa Révolution culturelle quelques années plus tard. Il l’a toutefois fait avec une violence supérieure à celle déployée à ce jour par Donald Trump, mais avec un point commun : le Grand Timonier a mis en œuvre son programme révolutionnaire avec l’aide d’une équipe politiquement inexpérimentée : sa femme Jiang Qing, ex-actrice de seconde zone, l’ouvrier Wang Hongwen, l’idéologue Zhang Chunqiao ou encore le critique littéraire et polémiste Yao Wenyuan.

Cette Bande des quatre, comme on l’appelait, n’est pas sans rappeler celle plus grande qui s’est formée autour du président et qui comprend entre autres l’expert économique patenté Pete Navarro, conseiller en guerre tarifaire, l’avocat écologiste Robert F. Kennedy Jr., devenu gardien de la santé publique des Américains, ou encore Pete Hegseth, placé à la tête des armées avec comme principal fait d’armes d’avoir été commentateur politique sur les ondes de Fox News.

« Le parallèle entre Mao et Trump est intéressant », admet Jeremy Brown, historien de la Chine à l’Université Simon Fraser, joint il y a quelques semaines par Le Devoir en Colombie-Britannique. « Mais il n’est pas toujours convaincant en raison du contexte totalement différent entre les deux périodes et les manières très différentes de faire entre les deux hommes. Rappelons que la guerre culturelle de Mao a entraîné la mort de millions de personnes, ainsi que des conflits militaires et une guerre civile. »

Et les Américains, qui depuis l’an dernier se font promettre un nouvel « âge d’or » pour l’Amérique, comme Mao promettait une Chine forte, moderne et socialiste, pourraient désormais espérer que les réticences à la comparaison formulées par l’universitaire tombent justes. À sa mort en 1976, Mao a laissé derrière lui un peuple appauvri et une Chine très faible sur l’échiquier international, qui a pris plusieurs décennies à se relever.

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