La pénurie de main-d’œuvre, grande oubliée de la campagne électorale
Après les débats, une question s’impose dans le milieu des affaires : où est passé l’enjeu primordial de la main-d’œuvre dans cette campagne électorale ?
Dans le contexte de la guerre commerciale, cette campagne se démarque par l’importance de l’économie dans les discours et les propositions de tous les partis. Chaque chef y est allé de ses promesses en fiscalité, en réduction du poids de la réglementation, en investissements et en projets d’infrastructures.
Si l’objectif de stimuler les investissements privés, d’attirer et de retenir des entreprises dans toutes les régions du Québec est le bon, les partis semblent oublier qu’il faudra des gens pour les réaliser.
Or, la pénurie de main-d’œuvre est une question pratiquement absente de cette campagne, et le milieu économique québécois est extrêmement préoccupé parce que cet enjeu met à risque toutes les propositions mises de l’avant pour améliorer notre environnement d’affaires.
On peut promettre des milliards en investissements, rassurer les entreprises sur les améliorations pour leur simplifier la vie, mais sans main-d’œuvre, ces investissements seront vains.
Notre problème est structurel. Le Québec sait depuis longtemps ce qui s’en vient avec le vieillissement de la population.
Selon les dernières projections du ministère de l’Emploi, la croissance de l’économie et les départs à la retraite nécessiteront de pourvoir 1,3 million d’emplois entre 2025 et 2034. En même temps, la population en âge de travailler devrait baisser de 200 000 personnes entre 2025 et 2030 et il y a aujourd’hui 120 000 postes vacants. Si l’intelligence artificielle et l’automatisation sont brandies rapidement comme les solutions potentielles, elles ne demeurent que partielles.
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) avance d’autres solutions, dans une stratégie intégrée pour renforcer les compétences de base et la littératie numérique : mieux arrimer la formation aux besoins des entreprises, améliorer le maintien des travailleurs expérimentés, mieux intégrer les jeunes et personnes éloignées du marché du travail et permettre à l’immigration économique de répondre aux besoins réels de l’économie, maintenant.
Les entreprises québécoises veulent investir ici pour moderniser leurs installations, accroître leur productivité et développer leurs activités afin de créer de la richesse dans toutes les régions du Québec. Avant d’investir, elles doivent toutefois pouvoir répondre à une question toute simple : aurons-nous les travailleurs nécessaires pour bâtir nos projets, donner les services essentiels à une population qui en a bien besoin, puis pour faire rouler nos usines ?
Aucun parti politique ne peut se revendiquer comme celui de l’économie sans une proposition sérieuse en la matière. La main-d’œuvre doit être considérée comme l’actif le plus stratégique. Et il est temps que ça sorte de l’angle mort de cette campagne électorale.
* Ont cosigné cette lettre : Laurent Ferreira, président et chef de la direction de la Banque Nationale ; Guillaume Chevasson, président-directeur général d’Airbus Canada ; Eric La Flèche, président et chef de la direction de Metro ; Stéphane Bérubé, président-directeur général de L’Oréal Canada ; Martin Brassard, président et chef de la direction de Héroux-Devtek ; Frédéric Perron, président et chef de la direction de Cogeco inc. et de Cogeco Communications inc. ; Jean-François Verret, vice-président de Glencore Nickel – Mine Raglan ; Jean Trudel, président et chef de la direction d’Innergex Énergie Renouvelable Inc. ; Benoit Hudon, président et chef de la direction de Drakkar ; Vincent Trudel, président-directeur général de Marmen ; Hugue Meloche, président et chef de la direction de Groupe Meloche ; Marc Dutil, président et chef de la direction du Groupe Canam ; Luc Thériault, président, Canada et chef de la direction de Pâte et produits du bois, Domtar ; Hugues Simon, président et chef de la direction de Cascades ; Martial Hamel, chef de la direction de Sanimax ; Dimitri Gourdin, président du conseil d’administration du Conseil du patronat du Québec.
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