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Friday, September 25, 2026

«The Stunt Driver»: un saut insensé pour mieux exister

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En 1976, le cascadeur montréalais Ken Carter, un spécialiste des sauts en voiture surnommé le « Mad Canadian », planifie un coup d’éclat. En effet, propulsé dans un bolide-fusée sur une rampe haute de 10 étages, il entend planer au-dessus du fleuve Saint-Laurent sur une distance de 1,6 kilomètre. Rien que ça. Près de cinq ans plus tard, ladite rampe a beau être construite, Ken n’a toujours pas mis son plan à exécution.

Biographie tragicomique d’un personnage haut en couleur, The Stunt Driver (Le grand saut) réunit le réalisateur Michael Dowse et l’acteur Jay Baruchel, qu’on a rencontrés en compagnie de Laurence Leboeuf, également de la distribution.

Ce film constituait en l’occurrence un vieux rêve pour Michael Dowse. « Je suis toujours à la recherche d’histoires intéressantes, explique-t-il. Dès que j’ai entendu parler de ce type, je me suis pris d’affection pour lui, en plus d’être estomaqué par l’ampleur du saut en question. Après avoir vu le documentaire [The Devil at Your Heels, de Robert Fortier], j’ai trouvé qu’il y avait plusieurs parallèles avec ma propre vie. Je ne risque pas ma peau en faisant des films, on s’entend, mais en tant que cinéaste, à chaque projet, on essaie toujours un peu d’ériger nos propres rampes de sauts démesurés. »

Le réalisateur de FUBAR et de Goon (Goon. Dur à cuire) se rendit en outre vite compte que tout le monde pouvait comprendre les enjeux d’un tel saut — et qu’au fond, l’histoire de Ken Carter avait quelque chose d’universel. « Je pense qu’il y a un peu de Ken en chacun de nous. Cette ambition aveugle, cette capacité à rire de soi, mais aussi cette volonté farouche d’accomplir quelque chose d’impossible, de fou… Et puis, cette Lincoln jaune canari, cette rampe haute de 27,5 mètres : sur le plan visuel, je trouvais que ça avait un potentiel incroyable. »

Intrinsèquement drôle

Ami de longue date du réalisateur, qui l’a justement dirigé dans Goon, Jay Baruchel (This is the End ; BlackBerry) eut pour sa part un coup de cœur non seulement pour Ken Carter, mais pour le scénario de Michael Dowse.

« Mike a écrit un scénario génial. Sauf que, quand je lis quelque chose que j’adore, je suis envahi par un sentiment d’urgence, comme une impression qu’il est déjà trop tard, qu’on a peut-être déjà trouvé un autre acteur. Ce qui fait que, arrivé à la quarantième page, j’ai envoyé un message texte à Mike en prétendant avoir fini de lire le scénario. »

Après l’avoir lu et relu en entier, l’acteur n’a pas changé d’opinion.

« C’est l’un des meilleurs scénarios que j’aie lus. C’est du pur Mike, notamment par l’entremise de ce personnage qui est drôle, mais intrinsèquement, et non parce qu’on le place dans des situations ridicules. Il y a énormément de compassion dans le regard de Mike. C’est pour ça, je pense, qu’il arrive à repérer ce qu’il y a de comique chez les gens. Et ce ne serait pas un film de Mike s’il n’y avait pas un fil conducteur, disons… “Tragique” est un grand mot, presque trop grand, pourtant, il y a bel et bien une dimension tragique dans le fait que Ken ne parvienne pas à réaliser le saut qu’il avait prévu. Or, on retrouve chez tous les héros de Mike cette même caractéristique : une pureté d’ambition et un grand cœur, mais le tout contrarié par la réalité, par les circonstances, ou par le protagoniste lui-même. »

Une force tranquille

Son de cloche similaire du côté de Laurence Leboeuf (Turbo Kid ; Deux femmes en or), qui incarne Gloria, le roc de Ken.

« Je suis moi aussi tombée sous le charme du scénario de Michael, confie l’actrice. Quand je lis un scénario bien écrit, surtout en ce qui a trait aux personnages, ça me touche profondément. Je sais alors immédiatement que les fondations sont solides. Je sais que les racines sont là, et que le film ne pourra que grandir et s’épanouir. La relation entre Ken et Gloria était déjà magnifiquement définie dans le scénario. Gloria, elle représente une espèce de force tranquille, et ça, ça m’émeut. J’adore voir deux personnes se trouver et se soutenir mutuellement, et c’est ce que j’ai perçu dans le scénario. À travers l’intimité de Ken et Gloria, on mesure tout ce que Ken a à perdre. Grâce à Gloria, le personnage de Ken gagne en vulnérabilité. »

S’il fut lui aussi ému par la dynamique entre Ken et Gloria, Jay Baruchel précise que l’aspect du projet qui le toucha le plus était d’ordre personnel.

« Ce rôle, c’était aussi l’occasion pour moi de montrer au monde à quoi ressemblaient les hommes du fin fond du Montréal anglophone de mon enfance. Parce que ces types-là, je les ai côtoyés quand j’étais petit. Mon père parlait comme Ken, les pères de mes amis parlaient comme Ken… Je ne viens pas du West Island ni de Westmount : j’ai grandi à NDG [Notre-Dame-de-Grâce], près de la voie ferrée, et je traînais à Verdun, à Saint-Henri et à LaSalle. En fait, j’ai adoré le scénario pour les mêmes raisons que j’avais adoré le documentaire de Robert Fortier. »

Le vrai du faux

D’ailleurs, de nombreux extraits dudit documentaire (disponible gratuitement sur le site de l’ONF) montrant les cascades de Ken Carter furent repris par Michael Dowse.

« Ces images d’archives, c’était un cadeau. La première étape a consisté à trouver le moyen de faire le lien, visuellement, entre l’univers du documentaire et celui du film. C’est-à-dire à harmoniser la facture. Nous avons donc tourné certaines scènes en pellicule 16 mm [comme le documentaire], et les séquences plus longues en “faux” 16 mm. Nous gardions toujours le matériel 16 mm à portée de main dans le camion : dès que nous savions que nous allions intégrer des archives avant ou après la scène du moment, nous tournions en vrai 16 mm, pour flouter la ligne de démarcation entre notre matériel et les images d’archives. C’était un défi, mais un vrai plaisir. Il a fallu un certain temps pour trouver le bon langage visuel en salle de montage, afin de s’assurer que le public s’habituerait vite à cette esthétique particulière. Mais comme j’ai moi-même été monteur, j’étais confiant quant à la cohésion du rendu final. »

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