Le rythme effréné de Fyore
« On était vraiment trololol ! » En entrevue, Élodie Kpanté dit beaucoup, beaucoup de choses, mais c’est avec ces quatre mots qu’elle résume le mieux l’esprit qui règne sur son premier album, qui porte son nom et qui sera présenté le 7 novembre dans le cadre de Coup de cœur francophone à Montréal.
FYORE est un immense terrain de jeu pour la jeune artiste et pour son coréalisateur, Cedrik Heynemand : les 16 pièces défilent à toute allure, changent de rythme sans crier gare et parviennent à regrouper une panoplie d’idées en seulement 37 minutes. Tout y est, de l’afropop à l’hyperpop, en passant par le funk brésilien et les solos de tama, un « tambour parlant » originaire d’Afrique de l’Ouest.
« On a juste fait quelque chose qu’on aimait faire, je pense que ça s’entend. »
Tout au long de ce projet, Fyore parle d’elle à la première personne et explore ses multitudes. « J’adore parler de moi, lance-t-elle avec une certaine ironie. Je n’aurais pas su de quoi parler d’autre. Faire de la musique et écrire sur soi, c’est aussi s’immortaliser dans le temps. » On y découvre ainsi ses nombreuses réalités : celles de femme, de personne noire, de Québécoise aux origines togolaises, de membre de la communauté LGBTQ+, etc.
« Raconter mon histoire, ça touche à plein d’identités. Donc, ça peut toucher plein de personnes, avec des histoires d’immigration et de personnes queers. Mon histoire existe à cause de toutes les personnes qui sont passées avant moi. »
L’album laisse par moments de la place à des communautés dont elle ne fait pas partie. Sur la pièce FYORE, qu’elle décrit en spectacle comme sa « chanson-thème », elle fait directement référence à Marsha P. Johnson et à Sylvia Rivera, deux militantes trans fréquemment associées aux émeutes de Stonewall dans les années 1960. « Je voulais essayer de canaliser Marsha et Sylvia dans le courage et la force, mais aussi le besoin viscéral que ça prend pour décider de prendre une brique et de la lancer à quelqu’un qui ne veut pas que tu existes. »
La musique comme outil de survie
2026 est une grande année pour Fyore : au printemps, elle a pu casser ses nouvelles chansons jusqu’en finale des dernières Francouvertes. Au même moment, elle se bâtissait un auditoire vertigineux sur Instagram, où elle cumule maintenant plus de 30 000 abonnés. Enfin, le 23 octobre, elle faisait paraître son premier disque de façon complètement indépendante.
Sur la pièce AUTOPORTRAIT, on peut entendre sa grand-mère, satisfaite d’avoir su faire sa place. « Maintenant, aujourd’hui, je suis bien contente […] d’être rendue où je suis rendue. » Fyore est-elle contente d’être rendue où elle est rendue ? « Tellement contente ! Littéralement, quand je suis arrivée à Montréal, j’étais en dépression. Je voulais mourir. Et faire de la musique, c’est ce qui a fait en sorte que j’ai décidé de vivre. »
« J’avais lâché le cégep, j’avais un emploi que je détestais. Je vivais beaucoup d’anxiété, de dépression, d’idées noires. » Puis, Élodie s’est attelée à créer un premier microalbum, nommé DZIDZI, qui a vu le jour en 2024. Même si elle savait depuis toute jeune qu’elle voulait chanter, cette première collection de ballades s’est avérée un accident de parcours plus qu’un véritable départ. « Quand c’est sorti, je me suis dit : “Wow, je déteste écouter ce EP !” Je savais déjà que je voulais faire la musique que je fais en ce moment. Mais ce n’est pas arrivé pour toutes sortes de raisons. »
Nombreux sont les artistes qui prétendent vivre pour leur musique, mais, Fyore ne s’en cache pas, cette affirmation est à prendre au premier degré avec elle. « Il faut que j’aille bien, sinon je ne pourrai pas faire de musique. Il faut que je vive, parce que, sinon, je ne pourrai pas créer. Il faut que je prenne soin de moi, parce que si je ne prends pas soin de mon corps et de ma vie, je ne pourrai pas faire de musique… parce que je vais être morte ! »
En plus de sa grand-mère, Fyore invite quatre artistes noirs à prendre la parole sur ce premier album. On y trouve ainsi des duos avec Raccoon, Fraud Perry et Dlbinks. Dans le morceau d’ouverture, toutefois, toute la place est donnée à Komēdza. « Sur mon album, je voulais mettre de l’avant la musique afro-québécoise, mais je voyais que je n’étais vraiment pas la seule qui pouvait témoigner de comment on peut se faire percevoir comme personne noire qui fait de la musique au Québec. » C’est son coréalisateur qui a mis les deux artistes aux origines togolaises en contact.
Komēdza conclut la pièce en demandant en mina, une des langues parlées au Togo, si l’on écoute vraiment. « Je ne suis ni dans la pop, ni dans le rap / ni dans cette case urbaine dans laquelle on cherche à m’enfermer », affirme-t-il.
« Je lui avais juste envoyé tout mon album, explique Fyore, je lui avais expliqué de quoi ça parlait, surtout la pièce AFROKEB, en lui demandant : “Toi, comment tu vis cette expérience ?” Et puis sa voix… Ouh ! »
Si Komēdza a également participé aux dernières Francouvertes, l’organisation ne l’a pas fait jouer les mêmes soirs que Fyore. Qu’à cela ne tienne, c’est lui qui aura la chance de faire la première partie de la chanteuse lors de son lancement du 7 novembre.
De son côté, Fyore promet que le spectacle qu’elle s’apprête à faire sera bien différent de celui présenté lors du concours-vitrine. En plus d’accueillir sur scène tous ses collaborateurs, elle promet des projections, des danseurs, de nouveaux arrangements, de la mise en scène et plus encore. « J’imagine mon lancement comme un coucher de soleil, mais qui termine comme un club dans une jungle, vraiment party bioluminescent ! »
« J’ai jamais organisé quelque chose d’aussi gros de ma vie. »
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