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Friday, September 25, 2026

Une politique de l’abandon

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Jusqu’à la dernière minute, tout le monde caressait à mots couverts l’espoir d’un changement de cap. Eh puis, non : le 18 septembre, le cégep installé entre les murs du pénitencier de Cowansville a donné son dernier cours. Un moment chargé d’émotions, m’a-t-on dit, qui a tiré les larmes à tout le monde, aux profs comme aux étudiants réunis pour souligner la fin de ce chapitre.

C’est la troisième fois que je vous parle de cette histoire. Je n’en démords pas. Le fait que, pendant plus de 50 ans, une formation postsecondaire, axée sur des valeurs humanistes et le développement de la pensée critique, ait été offerte aux personnes incarcérées dans les pénitenciers du Québec relève de l’anomalie en milieu carcéral. C’était à peine croyable qu’un tel îlot d’humanité planté au beau milieu de la prison ait résisté aux délires de la gouvernance néolibérale et aux politiques paranoïaques de répression du crime. Et pourtant.

Lorsque le Service correctionnel du Canada (SCC) a annoncé l’abolition du cégep en détention en janvier dernier, la levée de boucliers a été immédiate. Enseignants, professionnels du milieu correctionnel, étudiants et diplômés du programme, groupes de défense des droits des personnes incarcérées : tout le monde a dénoncé cette décision. La recherche aussi est claire, y compris celle menée par le SCC lui-même sur ses programmes : l’accès à l’éducation en détention favorise la réinsertion sociale et assure une protection contre les risques criminogènes. Tout le monde y gagne, les personnes incarcérées et la société dans son ensemble. On le sait intuitivement. L’équation n’est pas très difficile à faire.

Une professionnelle de l’éducation qui œuvrait à Cowansville me l’a répété encore cette semaine : pour les étudiants, le cégep, c’était un havre, un « safe space ». Un lieu où se réfugier quand ça allait moins bien, quand ils se sentaient glisser à nouveau vers de mauvaises habitudes. Un lieu où ils pouvaient cultiver des rapports humains positifs, pour rester sur le bon chemin.

Le plus étrange, c’est que personne ne nie tout cela — des agents correctionnels jusqu’aux hautes instances du SCC. Mais personne ne semble vouloir porter le poids de cette décision ni expliquer clairement ce qui la motive.

Au mois de juillet, la sénatrice indépendante de l’Ontario Bernadette Clement s’est rendue à Cowansville pour y observer le fonctionnement du cégep. Lorsque nous avons discuté en début de semaine, elle m’a parlé de la fierté des étudiants comme des enseignants, de la conviction qu’ils avaient de participer à quelque chose de constructif et de profondément transformateur.

En juin, la sénatrice a également soumis une demande de renseignements au gouvernement concernant les diverses compressions annoncées au SCC, dont celles visant le programme collégial dans les pénitenciers du Québec. Dans les réponses transmises par le SCC, celui-ci indiquait qu’il a « réévalué cette mesure dans le cadre de l’examen exhaustif des dépenses et a décidé de maintenir sa décision de ne pas renouveler le protocole d’entente [avec le Cégep Marie-Victorin], puisque cette initiative a une incidence mineure sur les délinquants ».

Une incidence mineure sur les délinquants. Quand je pense aux témoignages que m’ont livrés des diplômés du programme, puis aux lettres écrites et envoyées par les hommes inscrits au cégep à Cowansville et aux récits transmis par les enseignants et les autres intervenants, cette affirmation tourne à l’insulte.

En septembre, la sénatrice Clement a eu l’occasion de s’entretenir avec le nouveau commissaire du SCC, Talal Dakalbab, au sujet des suites à donner au programme fraîchement aboli. Là encore, un flottement. On dit vouloir continuer à développer l’offre de programmes éducatifs en prison, mais sans en préciser la forme. Sans surprise, on suggère que ce sont des solutions numériques qui seront privilégiées. Des cours en virtuel, en gros, faisant abstraction de la valeur des liens pédagogiques et humains qui se tissent dans une salle de classe lorsqu’on s’y trouve en chair et en os. Mais en vrai, nous n’en sommes même pas là. Depuis vendredi dernier, il n’y a tout simplement plus de possibilités d’éducation collégiale dans les pénitenciers du Québec.

Pour Me Alexandra Paquette, qui a déposé, au nom d’un client, une demande de contrôle judiciaire en Cour fédérale concernant l’abolition du programme collégial de Cowansville, le SCC se trouve carrément en défaut face aux obligations découlant de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition en matière d’offre de programmes favorisant la réinsertion sociale des personnes incarcérées. Avec la fin du cégep, les personnes qui purgent une peine dans un pénitencier québécois n’ont plus accès à l’équivalent d’une douzième année, contrairement à ce que prescrivent la loi et les directives du SCC.

Dans le reste du Canada, cette exigence est couverte par l’offre des études secondaires, mais au Québec, le secondaire s’arrête à l’équivalent de la 11e année. Concrètement, les personnes incarcérées au Québec se retrouvent dans une situation où elles ont accès à moins de perspectives d’éducation que les autres. A priori, cela ressemble beaucoup à un traitement discriminatoire.

Tous les leviers semblent avoir été activés pour sauver les meubles. Les étudiants se sont mobilisés, les profs ont parlé, les groupes de défense des droits ont dénoncé, les journalistes ont écrit. L’affaire esquisse tristement une autre page de l’histoire des institutions carcérales au Canada — une histoire marquée d’un bout à l’autre par une politique de l’indifférence et de l’abandon. À défaut d’avoir pu renverser la vapeur, nous consignerons aux archives la trace de ce gâchis.

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