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Tuesday, September 29, 2026

Comment rattraper l’IA ?

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À grande vitesse, l’intelligence artificielle (IA) change nos conditions de vie. Elle influe sur l’exercice de nos droits et sur la capacité d’appliquer les lois. Cela fragilise la souveraineté des États. Leur marge de manœuvre semble se rétrécir à mesure que s’accroît l’influence des plateformes numériques capables de neutraliser plusieurs lois. L’omniprésence des technologies numériques opérant en réseaux planétaires à la vitesse de la lumière fait paraître dérisoire la vitesse d’intervention de nos États.

Mais ces questions paraissent trop abstraites pour figurer au cœur des programmes politiques proposés aux électeurs. À moins que cela soit un indice de la résignation de nos dirigeants. Le rattrapage des retards de nos lois face aux situations de fait imposées par les géants du numérique paraît utopique à certains.

Les exemples sont quotidiens : déficit de « découvrabilité » des œuvres émanant de nos créateurs, tarification dynamique des biens et des services, géolocalisation, reconnaissance faciale, véhicules connectés aux lunettes « intelligentes », etc. En outre, la plupart des domaines d’activité sont dépendants des systèmes connectés de paiement, de livraison, de communication, etc. De la rédaction d’un roman à l’optimisation des itinéraires, pratiquement toutes nos activités sont susceptibles d’être régies par les choix technologiques des géants du numérique.

Voilà des enjeux qui forgent l’avenir. Mais il est à craindre qu’ils viennent à l’ordre du jour des débats publics uniquement lorsque se produira une catastrophe. Tant qu’un sujet n’implique pas de conséquences immédiatement visibles, il semble sans importance.

Cela peut expliquer pourquoi tant de promesses faites au cours de la présente campagne électorale portent sur des préoccupations à très court terme, comme la réduction de quelques sous du prix du litre d’essence. Répondre à la nécessité de prévenir une trop grande dépendance aux hydrocarbures ne semble pas apporter de votes. De même, les risques auxquels l’IA mal utilisée nous expose semblent trop abstraits pour certaines personnes.

Peut-être le développement de l’IA est-il trop rapide. Dépasserait-il nos capacités de comprendre et d’agir ?

Dans un texte de réflexion publié début septembre, le dirigeant de la société LexRock AI, Alain Lavoie, observe que « l’IA avance à une vitesse que nos institutions, et peut-être même notre société, ont de plus en plus de difficulté à suivre ». Il ajoute qu’« en quelques semaines, l’IA générative était déjà utilisée à une échelle mondiale, bien avant que les écoles, les entreprises, les gouvernements et les citoyens aient pu convenir de règles communes ou même comprendre pleinement ce qui venait de se passer ». Ce décalage entre adoption et compréhension n’est plus exceptionnel. Il devient la norme. Pour cet acteur québécois de l’IA, le défi « n’est pas seulement d’innover plus vite. Il est de prendre le temps de comprendre avant de perdre la capacité de choisir ».

La frontière s’efface entre les univers physiques traditionnellement encadrés par les lois des États et les univers numériques dans lesquels les grandes plateformes possédées par les multinationales d’Internet font la loi. Lorsque la frontière entre ces deux univers tend à s’estomper, ce sont les lois des géants d’Internet qui prévalent, même sur celles que nos États, trop lents à agir, tentent de mettre en place.

Contrairement aux règles émanant des processus démocratiques, la réglementation découlant de l’IA s’impose sans réelle discussion. Comme tout objet technique, l’IA impose ses conditions, elle réglemente. Avec leurs réglages par défaut, les dispositifs techniques contribuent à faciliter, à interdire ou à changer les attitudes et les façons de faire.

La question n’est donc pas de savoir si, oui ou non, il faut « réglementer » l’IA et ses usages, mais plutôt si la réglementation imposée par ces objets techniques est compatible avec les droits et libertés, avec la dignité humaine, avec le droit à la sécurité.

Si les États ne font pas le nécessaire pour imposer des conditions à ceux qui mettent en circulation des objets carburant à l’IA ou à ceux qui font usage de tels dispositifs, ils cèdent tout bonnement leur souveraineté aux entreprises qui fabriquent ces objets.

Alain Lavoie appelle de ses vœux le développement d’un écosystème capable de faire contrepoids aux poids lourds que représentent les géants des technologies. On peut se demander si cet univers en réseau dans lequel se développent les technologies numériques n’appelle pas au développement de capacités des sociétés démocratiques à agir en réseau. Il faut multiplier les concertations et les actions convergentes afin de faire vraiment contrepoids aux tendances imposées par les réglementations émanant des géants du numérique.

Alain Lavoie estime que les universités, et sans doute les autres producteurs de connaissances, ont un rôle à jouer dans la construction d’un écosystème de contrepoids. Cet appel souligne qu’il faut gérer les risques auxquels font face nos sociétés. Par exemple, plusieurs personnes réclament que les États mettent des règles en place pour gérer les risques découlant de l’usage de ces technologies. Mais, dans les espaces numériques, les États sont en concurrence avec des entreprises organisées sur une base planétaire et capables d’agir rapidement en réseau. Faire des règlements ne suffit pas : les pouvoirs publics doivent agir en concertation, notamment avec les États partageant des valeurs semblables.

Alain Lavoie nous met en garde : la nécessité d’accroître la vélocité des processus démocratiques ne doit pas servir d’alibi pour mettre de côté les garanties essentielles. Il ne s’agit pas de faire courir la démocratie aussi vite que la technologie, mais de lui donner les moyens de continuer à faire de vrais choix en dépit du fait que la technologie et les processus démocratiques opèrent à des vitesses différentes.

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