Distribution d’appâts vaccinaux | Montréal se prépare à l’arrivée de la rage du raton laveur

Face à la progression de l’épidémie de rage du raton laveur en Montérégie, Montréal commence cette semaine à immuniser les ratons et moufettes qui vivent sur son territoire en distribuant des appâts vaccinaux dans ses grands parcs.
Publié à
« Des arbres creux, les ratons vont aller là-dedans », pour dormir durant le jour, montre la biologiste Marianne Gagnier en interrompant la discussion pour aller lancer quelques appâts vaccinaux au pied d’un gros érable doté d’une importante cavité en hauteur.
La scène a de quoi surprendre, en plein cœur du parc Jean-Drapeau, à un jet de pierre du pont Jacques-Cartier, de la Biosphère et de la Ronde, avec le centre-ville de Montréal en arrière-plan.
Mais la possibilité que la rage du raton laveur atteigne la métropole s’accroît à mesure que les animaux infectés s’en approchent, indique Mme Gagnier, qui est la coordonnatrice provinciale de la surveillance et du contrôle de la rage au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Il faut parfois penser en hauteur pour trouver un repère de ratons laveurs.
Le cas confirmé le plus proche de Montréal a été détecté à Candiac, en juillet, loin du foyer initial de Saint-Armand, souligne-t-elle en passant devant l’ancien restaurant Hélène-De Champlain, fermé depuis plus de 10 ans, cherchant des indices de la présence de ratons.
Le MELCCFP formera ce mercredi cinq employés de la Ville de Montréal pour qu’ils poursuivent au cours des prochaines semaines l’épandage d’appâts vaccinaux dans une dizaine d’autres grands parcs de la métropole, de l’emblématique parc du Mont-Royal au parc Angrignon en passant par le Jardin botanique, le Grand parc de l’Ouest et différents parcs nature.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
La biologiste et coordonnatrice provinciale de la surveillance et du contrôle de la rage au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Marianne Gagnier
Ce n’est pas ça qui va faire que la rage n’entrera pas à Montréal, mais on commence à bâtir une immunité dans des endroits névralgiques.
Les ratons laveurs sont susceptibles d’emprunter des ponts ferroviaires ou de passer sous la structure d’un pont routier pour entrer sur l’île, explique Mme Gagnier.
Plus rarement, ils peuvent aussi monter sur un camion ou un train et se déplacer sur de grandes distances ; un raton laveur (qui n’était pas atteint de la rage) a d’ailleurs pris le train de banlieue de Toronto, en 2015, a rapporté la CBC à l’époque.
Trois personnes ont été attaquées par un chat porteur du virus, en juillet, en Montérégie, et ont dû recevoir un traitement post-exposition, ce qui est essentiel puisque la rage est mortelle dans 100 % des cas, y compris chez les humains, dès que les symptômes apparaissent.
Défis urbains
Distribuer des appâts vaccinaux en milieu urbain présente des défis particuliers, notamment celui de cibler avec une grande précision les endroits fréquentés par les ratons laveurs.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Le parc Jean-Drapeau, avec ses 2,7 km2, ne compte probablement pas plus d’une quarantaine de ratons laveurs, indique la biologiste Marianne Gagnier.
« Leur domaine vital est généralement plus petit », ce qui veut dire qu’ils parcourent de très petites distances entre le lieu où ils dorment et celui où ils se nourrissent, explique Mme Gagnier, qui recherche autant des fèces au pied des arbres, qui trahiraient la présence de ratons, que de cavités en hauteur.
« Là, il y a un beau trou [dans un tronc d’arbre], mais c’est trop clean autour », dit-elle, montrant un gros arbre au milieu d’un espace gazonné.
Le risque qu’un écureuil « vole » les appâts vaccinaux, qui ont l’apparence d’un ravioli vert et qui dégagent une odeur sucrée, serait trop grand, juge-t-elle.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Les appâts vaccinaux ont l’apparence d’un ravioli vert et dégagent une odeur sucrée.
Règle générale, la densité de ratons laveurs n’est pas plus grande en milieu urbain que rural, et tourne autour de 15 bêtes par kilomètre carré (km2), si bien que le parc Jean-Drapeau, avec ses 2,7 km2, n’en compte probablement pas plus d’une quarantaine, indique Mme Gagnier.
Seul le mont Royal fait exception à la règle, avec une très forte densité, « parce que les gens les nourrissent », se désole la biologiste, qui rappelle qu’il ne faut jamais nourrir ni toucher les animaux sauvages.
Pire qu’en 2006-2009
Avec 259 cas d’animaux infectés par la rage du raton laveur en date du 31 août, l’épidémie qui sévit depuis près de deux ans est beaucoup plus importante que celle qui avait duré de 2006 à 2009, durant laquelle 104 cas avaient été recensés en Montérégie et en Estrie.
« La situation n’est pas maîtrisée », constate la biologiste Marianne Gagnier, qui prévient qu’il faudra plusieurs années pour venir à bout de l’épidémie et qui rappelle l’importance de faire vacciner les animaux de compagnie.
« On est une poignée de personnes en Amérique du Nord qui travaillent sur la rage du raton laveur, on échange constamment [sur les meilleures approches] », indique Mme Gagnier.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Les ratons laveurs sont susceptibles d’emprunter des ponts ferroviaires ou de passer sous la structure d’un pont routier pour entrer sur l’île, explique la biologiste Marianne Gagnier.
Parmi les nombreux facteurs expliquant la plus grande propagation de cette épidémie, les autorités soupçonnent fortement que des déplacements d’animaux infectés par des humains y ont contribué, tant elle a fait des bonds rapides sur de grandes distances.
Des ressources humaines et financières supplémentaires seront d’ailleurs ajoutées prochainement, mais les opérations ralentiront avec l’arrivée du temps froid, puisque les appâts vaccinaux ne sont plus efficaces quand ils gèlent.
Que faire en cas de contact avec un raton ?
Toute personne ayant été mordue ou griffée, ou qui a été en contact avec la salive d’un animal suspect, doit nettoyer la plaie avec de l’eau et du savon pendant 10 à 15 minutes, puis communiquer rapidement avec le service Info-Santé 811. La population des régions de l’Estrie et de la Montérégie est d’ailleurs invitée à signaler les ratons laveurs, les moufettes et les renards morts ou qui semblent désorientés, blessés, anormalement agressifs ou encore paralysés, en remplissant un formulaire en ligne.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.