«Heart of the Beast»: entre chien et nous
Un vétéran des forces spéciales américaines et son chien de combat, tous deux souffrant de choc post-traumatique, tentent de (re)trouver un sens à leur existence en sillonnant et en survolant la nature indomptée et indomptable de l’Alaska. La bête, c’est elle. Ils plongent dans son cœur lorsque l’homme est victime d’une crise cardiaque et que l’hydravion qu’il pilote s’écrase à près de 100 kilomètres de la civilisation. Commence pour eux le combat d’une vie.
Il y a 12 ans, David Ayer avait enfermé Brad Pitt dans un tank cerné par l’armée allemande à quelques jours de la fin de la guerre mondiale. C’était Fury. Dans Heart of the Beast (Au cœur de la bête en V.F.), le réalisateur de Training Day, End of Watch et Suicide Squad (à oublier) le plonge dans une autre cage, celle-là sans murs, sans toit, sans limites, mais tout aussi mortelle. De la guerre pendant la guerre à la guerre après la guerre.
Dans un décor naturel grandiose (magnifiquement filmé par Mauro Fiore, un complice régulier d’Ayer) qui rappelle ici et là les paysages vus dans The Lord of the Rings (pour cause, le long métrage a été tourné en Nouvelle-Zélande — l’Alaska n’était pas libre ou était plus cher ?), l’homme et le chien vont donc, entre autres, affronter un grizzly et des loups impitoyables, tous sortis de la même matrice très artificielle (la CGI, l’imagerie générée par ordinateur, est extrêmement laide, pardon aux animaux qui ont servi de modèles) de même que des eaux blanches aux bien noires « intentions ».
David Ayer sait tourner la tension, le suspense. Ils sont ici au maximum. Dans la salle, le bout des sièges sera mis à rude épreuve lors d’une traversée épique au-dessus d’un torrent ou pendant l’attaque vicieuse d’une meute lupine. Vous êtes prévenus.
Cœur de chien-loup
Et puis, il a ces deux cœurs. Celui qui flanche et celui qui aime d’inconditionnelle façon.
Le premier est celui de James Belmont (Brad Pitt, très solide), qui a quitté les forces armées dans des circonstances horribles. On le comprend par des retours en arrière sépia, très courts, filmés caméra à l’épaule, d’une violence extrême (David Ayer est ce qu’il est). Ils sont aussi très répétitifs et peu utiles. Jusqu’à ce qu’ils le deviennent en toute fin de parcours afin d’expliquer ce qu’on a compris depuis longtemps. Mais rendus là, on s’en fiche parce qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, on a le nez dans un kleenex, et que ce qui défile à l’écran nous confirme que l’on est dans le bon (!) état d’esprit.
Cela dit sans cynisme aucun. Il est difficile de résister au grand finale de ce film. Ce, malgré les défauts de l’ensemble. L’un, assez imposant, est la minceur et la prévisibilité de l’histoire signée Cameron Alexander (Jack London peut reposer en paix). L’autre, insupportable, est la trame sonore puissamment envahissante de Jared Michael Fry (qui a participé à celle de The Beekeeper d’Ayer). Ce compositeur n’enrobe pas les images, il les englue.
Quant au second cœur qui bat dans Heart of the Beast, c’est celui d’Odin (principalement interprété par le berger allemand Uber, parfois « doublé » par Seeka, Ryker et Hondo). L’amour entier de l’animal face à son maître. Qui le lui rend d’ailleurs bien. La complicité entre les deux acteurs (?) qui se partagent tout l’écran (si l’on fait exception de l’apparition anecdotique de J.K. Simmons et de celle, utilitaire, d’Anna Lambe) fait le film.
En fait, au-delà du malaise que cause, à l’écran, la mention de tous ces chiens de combat décrits comme de véritables héros tombés au front (mais qui, ça semble un détail, n’ont certainement pas demandé à être là), cette belle bête (Uber, s’entend) mérite un os(car).
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