Collège des Hauts Sommets | « Cocon » pour élèves en difficulté cherche stabilité

(Saint-Tite-des-Caps) Dans le débat sur le système d’éducation à trois vitesses, le Collège des Hauts Sommets se positionne en quatrième vitesse, fait valoir son directeur général. Mais pour Charly, 16 ans, le débat est secondaire : elle, tout ce qu’elle trouve, c’est que ça va trop vite.
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photos : MARIKA VACHON Collaboration spéciale
C’est une drôle de bête qui est nichée dans la Côte-de-Beaupré, non loin de la route 138, à l’est de Québec. Une école privée qui accueille presque exclusivement des adolescents aux prises avec des difficultés d’apprentissage et d’adaptation, dont l’équipe-école est réunie en coopérative de travail, et où les adolescents peuvent être hébergés en résidence.
Ce trio de caractéristiques fait du Collège des Hauts Sommets un spécimen rare (unique ?) au sein du réseau des quelque 200 établissements d’enseignement privés du Québec. Mais il appartient bel et bien à cette catégorie : le fréquenter coûte environ 15 000 $ annuellement.
Une facture qui inclut l’hébergement, oui, mais qui n’est pas forcément à la portée de tous, convient Marc Charbonneau, directeur général du Collège. « Mais il y en a beaucoup qui paieraient plus, et pour ceux qui ne sont pas capables, on a une fondation qui est solide et des mécènes. Il y a plusieurs jeunes ici qui ne paient rien », avance-t-il.
PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Le directeur général du Collège des Hauts Sommets, Marc Charbonneau
« On ne veut pas que l’argent soit un frein », poursuit celui qui est en poste depuis 2008. « Nous, on n’est pas dans les trois vitesses. On est un peu une quatrième ou une cinquième vitesse. Une autre vitesse qui fait que les jeunes peuvent trouver leur place et réussir. »
Le Collège, du passé au présent et vers le futur
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Le Collège des Hauts Sommets est niché dans la Côte-de-Beaupré, à l’est de Québec.
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Les préparatifs vont bon train en vue du tout premier spectacle-bénéfice au profit de la Fondation du Collège des Hauts Sommets. Pendant que les techniciens installent la scène et que les musiciens font leurs balances de son en alternance, c’est une journée portes ouvertes à l’établissement niché sur un promontoire naturel, d’où la vue sur le fleuve Saint-Laurent est imprenable. Située dans la MRC de La Côte-de-Beaupré, l’école secondaire était autrefois une résidence pour personnes âgées.
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L’école accueille un peu plus de 100 élèves d’âge secondaire, soit environ une vingtaine par année scolaire. De ce nombre, 98 % ont un plan d’intervention, 69 % ont un diagnostic de trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/TDAH) et 46 % ont des troubles d’apprentissage. « Je m’identifie énormément à ces jeunes-là », confie Benoît Letarte, directeur de la Fondation du Collège des Hauts Sommets. Ancien décrocheur, l’homme de 36 ans vient d’apprendre qu’il a un TDAH.
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La vaste majorité des élèves du collège sont pensionnaires. Les garçons et les filles sont séparés, et ensuite regroupés par cycle. Les lieux n’ont rien de faste, comme en témoigne l’aire commune de la résidence des garçons de 1re et 2e secondaire, où des décorations d’Halloween ont déjà été accrochées. « On a une vie étudiante de soir ; on s’organise pour avoir de l’art-thérapie, de la zoothérapie, des cours de cuisine », explique Benoît Letarte.
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Rien de faste, pièce à conviction numéro deux : les chambres à coucher, qui peuvent accueillir deux, trois ou quatre élèves. Si tout se passe comme prévu, l’école et ses résidences déménageront dans un nouveau bâtiment au cœur du village pour l’année 2029-2030, grâce au projet concocté en partenariat avec la municipalité. Le projet en question ferait plus que doubler la capacité d’accueil du collège, à un maximum de 274 élèves, et il passe par la vente du terrain à un promoteur.
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Le maire de Saint-Tite-des-Caps, Sébastien Sylvain, ne s’est pas fait prier pour embarquer. Il s’emballe en songeant aux potentielles retombées pour la petite ville de 1605 âmes. « Ça va amener une soixantaine d’employés scolaires, et dans une mini-ville, c’est énorme. En plus, ici, il y a un manque de main-d’œuvre, alors les élèves vont pouvoir travailler les soirs », s’imagine-t-il. « C’est une école qui me tient à cœur, ajoute le maire. J’aurais eu besoin d’une école comme celle-là. »
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D’ici là, on profite de la vue de la terrasse qui surplombe le fleuve. En répétition : le groupe rock Causalist, dont trois des quatre membres sont d’anciens élèves du Collège. Ils ont été suivis par P’tit Gros Bison.
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« C’est tellement formidable ici ! »
Parlant de réussite : la cohorte 2025-2026 tout entière a décroché son diplôme d’études secondaires. « La moyenne, c’est 85 % de taux de diplomation, alors c’est vraiment exceptionnel », se réjouit Benoît Letarte, directeur de la Fondation du Collège des Hauts Sommets.
Si leurs résultats scolaires se maintiennent, Charly Tremblay et Daphnée Weekers devraient aussi pouvoir sortir avec une toge et un mortier. Mais pour l’heure, elles préfèrent ne pas trop y penser (ou songer plutôt à leur robe pour le bal de finissants).
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Charly Tremblay et Daphnée Weekers
« C’est tellement formidable ici ! Ça m’attriste vraiment beaucoup que ce soit la dernière année », lance la dynamique Charly. À ses côtés, Daphnée opine, en ajoutant qu’il y a aussi une dose de stress : « On est tellement bien ici, on dirait qu’on s’est fait un cocon dont on n’a plus envie de partir. »
Trouble de l’attention avec hyperactivité, dysorthographie, dyslexie, trouble d’anxiété généralisé : les adolescentes ont à leur fiche de multiples diagnostics. Avant d’atterrir au Collège, leur parcours scolaire a été semé d’obstacles.
« J’avais des zéros partout en secondaire un. Cette année-là, je ne la revivrais jamais », s’exclame Daphnée en gesticulant.
À l’inverse, le Collège aura été « comme une piste d’envol », image Charly, qui aimerait « aller jusqu’à l’université ».
« Les gens y croient »
Partir pour mieux revenir ? La question se pose. Car à l’évidence, il est difficile de résister à la force gravitationnelle de l’établissement aux portes de Charlevoix, comme en témoigne le trajet de la technicienne en éducation spécialisée (TES) Audrey-Ann Paradis.
Elle aussi avait collectionné les diagnostics au primaire. Et pour elle aussi, le Collège a été une bouée.
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La technicienne en éducation spécialisée Audrey-Ann Paradis
« C’est un milieu qui m’a permis de me dépasser et qui m’a appris à me connaître en tant que personne », expose la TES Audrey-Ann Paradis dans le petit local de musique de l’école.
Et maintenant, elle passe au suivant – ce qu’elle fait à titre de membre de la coopérative de travail en investissant 5 % de son salaire, jusqu’à concurrence de 10 000 $, à l’instar de tous ces employés qui ont adhéré au modèle mis sur pied par Mario Esculier.
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Mario Esculier, membre fondateur de la coopérative du Collège des Hauts Sommets
Ce membre fondateur de la coopérative de travail y voit une preuve que « les gens croient en l’école, en la façon de faire qui est différente », « complémentaire à ce qui se fait ailleurs ». Les établissements dont les élèves suivent le programme d’enseignement régulier avec une vingtaine de camarades, un enseignant et un TES ne sont pas légion, relève-t-il.
Demande de permis
Dans les hauteurs de Saint-Tite-des-Caps, on espère un feu vert de Québec quant à l’octroi du statut d’école spécialisée en adaptation scolaire (et de l’argent qui irait avec ce statut). On veut en finir avec l’incertitude budgétaire qui plane année après année, et assurer la pérennité de l’établissement scolaire.
La Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP), dont le Collège des Hauts Sommets est membre, fait pression en ce sens depuis un moment. La Fédération vient d’ailleurs de lancer une offensive publicitaire, en pleine campagne électorale.
Jusqu’ici, les partis n’ont pas pris d’engagement par rapport à la demande de la FEEP. L’enjeu du système d’éducation à trois vitesses est toutefois revenu périodiquement dans l’actualité depuis que les caravanes ont commencé à sillonner les routes de la province.
À l’exception de Québec solidaire, aucune formation n’a proposé de retirer le financement du privé.
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